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Harley, encore un personnage à l’américaine !

Yasser Moheb , Vendredi, 12 mai 2023

Dans Harley, Ostourat Al-Asphalte (Harley, la légende de l’asphalte), la star Mohamad Ramadan reprend un thème classique : les motards et les motos Harley-Davidson. Peu convaincant.

Harley, encore un personnage à l’américaine !
Ramadan, peu crédible dans le rôle du motard avec une queue de cheval.

Il faut de prime abord le signaler : ce nouveau film d’aventure et d’action, Harley, Ostourat Al-Asphalte (Harley, la légende de l’asphalte), avait sans doute du potentiel. Sorti dans les salles à l’occasion du petit Baïram, ce long métrage n’a cependant pas rencontré les attentes du jeune public, malgré les quelques millions de L.E. qu’il a marqués à sa parution.

De solides thèses sont indispensables en fait pour en faire un beau film du genre, mais l’équipe du film a tellement joué sur la carte de l’action style Mohamad Ramadan que l’oeuvre a fini par perdre tout son sens. Une belle affiche, un casting prometteur, des clichés assez raisonnants … Ce premier long métrage du réalisateur Mohamad Samir narre la vie barbouillée d’un jeune ingénieur en mécanique, Mohamad Hachem — interprété par Mohamad Ramadan —, connu en tant que jeune motard doué, à tel point qu’il devient surnommé Harley par son entourage. Et ce, à cause de son grand amour pour les motos Harley-Davidson.

De retour en Egypte, après avoir passé sa scolarité dans l’un des pays du Golfe, il débute sa carrière comme développeur-moto. Il fait connaissance avec Yassine Haddad — campé par Mahmoud Hémeida —, un chef de gang qui se sert du jeune motard zélé afin d’accomplir ses commerces illégaux. Une longue relation d’affaires clandestines dure alors jusqu’au jour où Harley découvre que sa bien-aimée Assyl — jouée par May Omar — n’est que la fille de Yassine, le vilain mafioso. Harley venait de perdre son jeune frère, interprété par Ahmad Dach, mort sous l’effet de la drogue dans un accident de moto, alors il a décidé de tout arrêter.

De l’action excessive ? Sans doute oui. Et c’est l’habitué Mohamad Ramadan qui s’y colle. Etant donné les capacités hors du commun des motards professionnels, les combats et nombreuses poursuites viennent néanmoins parfois bien gratuits, presque exagérés et sans grande nécessité dramatique.

Une fois de plus, après quelques rares expériences dans le cinéma égyptien, un film vient s’intéresser à l’image du motard dont la mauvaise réputation s’est forgée au cours des années sur les grands écrans partout dans le monde. Peu de films peignent le portrait de motards héroïques, servants et défenseurs des moins puissants. De tout temps, le motard au cinéma international — et surtout hollywoodien — a été le vilain, celui qui commet ses méfaits avec l’aide de son gang de bikers et qui va même jusqu’à assassiner alors qu’il manie le guidon de sa bécane !

Ici, on se trouve face à une version égyptienne — quoique trop à l’américaine — de ce monde de films portant sur les motos et surtout les Harley-Davidson. Un film délirant berçant entre drogués et motards, dont l’histoire est signée Mohamad Sami et le scénario rédigé par le tandem Mohamad Samir Mabrouk et Hind Abdallah.

Au pire, la morale du film est sauvée, grâce au happy end presque traditionnel dans le cinéma égyptien, et la victoire du bien, à la fin, sur le mal. Une conclusion à l’image de la dernière partie du film : sans profondeur ni grande finesse, mais teintée de bonnes intentions.

Et alors ?

Ceux qui considèrent qu’une trame pareille — ayant d’innombrables références internationales — manque d’inventivité resteront certes de marbre face à ce film d’action plutôt commun. Tout au long de ses 95 minutes, le film cherche à entasser le suspense apocryphe et les incidents l’un plus abrupt et plat que l’autre, à tel point qu’on a du mal à saisir où l’oeuvre veut nous emporter. L’idée principale est pleine de clichés. La pointe de morale est aussi trop indéterminée pour parvenir à se glisser vraiment dans toute l’histoire. C’est vrai que les comédiens offrent dans leur ensemble une bonne énergie, mais on se demande plusieurs fois pendant la projection : « Et alors ? ».

Lorsqu’un caméraman et directeur de la photographie passe au long métrage, son principal souci est d’avoir un scénario solide et original. Mohamad Samir a beau avoir tourné des dizaines de films, de clips et de téléséries, mais raconter une histoire est une toute autre tâche. Avec Harley, il faut admettre qu’il a su concilier ses capacités de réalisateur à travers une histoire teintée d’action et de suspense.

Côté interprétation, un casting adéquat pour tous les personnages, quelque peu indécis, mêlant stars et jeunes acteurs, mais offrant dans leur majorité des prouesses qui n’attirent ni le bravo ni les huées. Mohamad Ramadan, lui, prouve une énième fois qu’il ne trouve tout son éclat qu’à travers les drames télévisés beaucoup plus qu’au cinéma. Ayant réussi à présenter, durant les quelques dernières années, des personnages tant populaires qu’héroïques sur le petit écran, ses rôles dans le cinéma ont fait diviser.

Là, ni la queue de cheval et le bandana qui caractérisent son look dans le film, ni la moto Harley qu’il conduit dans quelques scènes, ni même le dialecte dont le personnage se sert tout au long du métrage, rien ne rend Ramadan crédible dans ce genre de personnages à l’américaine.

Une performance relativement clichée pour tous, que ce soit pour May Omar, Mahmoud Hémeida, Ahmad Dach ou May Kassab. Leurs prestations sont sans grands défauts ni belles surprises. Bref, trop peu à se mettre sous la dent dans ce polar camelote.

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