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Le Liban dans le noir

Rami Abdel-Razeq , Dimanche, 26 février 2023

La metteuse en scène libanaise Tania Khoury a présenté sa performance satirique Kahrabaa Lebnan (l’électricité au Liban), dans un vieux souk de légumes et de fruits aménagé en espace scénique. Tous les maux du pays sont évoqués autour d’un repas festif.

Le Liban dans le noir
Une table ronde sur les dessous de l’histoire du Liban.

La performance Kahrabaa Lebnan (l’électricité au Liban) de Tania Khoury a été l’un des shows les plus dynamiques et les plus touchants. En entrant en interaction avec le public, la performance plonge le public dans l’histoire du pays, ses hauts et ses bas politiques. Elle use d’anciens documents d’archives, de techniques cinématographiques, les mélange à l’histoire personnelle de l’artiste, pimentée d’un romantisme satirique.

La performance s’est déroulée dans l’ancien souk de Jbeil de légumes et de fruits, qui a été aménagé en espace scénique durant la biennale organisée par la fondation artistique de Sharjah.

Le décor se réduit à une table pour 9 personnes, rassemblant les convives des noces de Tania Khoury et de son mari et co-équipier, le chercheur Ziad Abou El-Rich. Durant la cérémonie de leur mariage, il y a 7 ans, s’est produite une panne d’électricité, comme on en a l’habitude au Liban. Cet incident qui a duré plus de deux heures leur a donné l’idée de travailler sur les origines des coupures fréquentes d’électricité et des problèmes d’énergie dont souffre le pays. Sur la table, Tania a posé une caisse, des gants et des jumelles, à côté des boissons et des plats exquis. Ils doivent servir aux spectateurs qui sont invités à examiner les documents d’archives, récoltés par Tania et son conjoint. Le couple a parcouru le Liban, les Etats-Unis, la Belgique, la Turquie, la Grande- Bretagne, pour mieux comprendre les raisons historiques et politiques de la crise qui frappe le pays. Installés de part et d’autre de la table, Tania et Ziad bavardent entre eux en évoquant leur long voyage pour élucider l’énigme de l’électricité. On découvre que les origines de la crise sont un secret de polichinelle, tout le monde les connaît sans vouloir en parler ouvertement.

Elucider l’énigme

Progressivement, à travers les photos projetées derrière eux sur un grand écran, les spectateurs semblent pouvoir reconstituer le puzzle. Ils suivent un ordre chronologiquement inversé, partant du plus ancien au plus récent, celui-ci gît au fond de la caisse ; il faut vraiment creuser pour y parvenir. Le public a l’impression de participer activement au forage autour de l’énergie. En partant des problèmes d’électricité, on évoque les maux du pays, autour de la table. Pourquoi veut-on éteindre les lumières du Liban ? Telle est la vraie question à laquelle tentent de répondre les deux créateurs, en énumérant les divers complices et en montrant du doigt les problèmes d’ordre confessionnel.

La metteuse en scène révèle que les réponses sont là, que tout le monde en est au courant, mais qu’on fait exprès de les dissimuler. Les dialogues entre Tania et Ziad sont assez spontanés, vivaces et satiriques. De quoi donner l’impression qu’il s’agit véritablement d’une conversation autour de la table, dans le noir. Pour se divertir, ils tournent leur vécu en dérision, rient à haute voix, jusqu’à l’arrivée de la lumière. Mais quand ceci va-t-il se produire ? Quand sortira-t-on du noir ? Rien ne peut présager la fin.

La performance a reçu une mention spéciale durant la cérémonie de distribution des prix, des mains de Hoor Al-Qassimi, directrice et commissaire de la biennale.

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