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La photo, outil d’expression préféré à Sharjah

Rami Abdel-Razeq , Vendredi, 24 février 2023

Fondée en 1993, la Biennale internationale de Sharjah a fêté ses 30 ans en développant son concept de base « penser l’histoire dans le présent ». Elle a commencé officiellement le 7 février, mais l’exposition des oeuvres se poursuivra jusqu’au 11 juin. Focus sur la 15e édition.

La photo, outil d’expression préféré à Sharjah
L’exil, une mission difficile, de l’artiste turque Nil Yalter.

Sharjah,

Correspondance

La biennale de Sharjah, du 7 février au 11 juin, célèbre son 30e anniversaire. Depuis 2003, cet événement artistique de taille est géré par une directrice émiratie, Hoor Al- Qassimi, laquelle a succédé au chercheur et critique américain, d’origine africaine, Okwui Enwezor, réputé pour avoir influencé l’évolution des institutions et des biennales dans le monde entier. Al-Qassimi a revisité la conception de ce dernier et a centré, de manière critique, le passé dans le moment contemporain. Durant cette édition, dont elle a été la principale commissaire, elle a continué à développer le concept de « penser l’histoire dans le présent ». Elle a positionné ainsi le passé vécu de Sharjah dans l’univers de la pensée transculturelle qu’ont représenté plus de 300 oeuvres de 160 artistes et collectifs. Installées dans 5 villes de l’émirat, elles ont varié entre photos, peintures, performances et vidéos. L’organisatrice a voulu ainsi échapper à l’idée de la centralité de la capitale et atteindre un plus large public, en exposant dans le quartier historique regroupant de vieilles maisons, au musée d’art, au rond-point de la Calligraphie, dans le Sahara d’Al-Zeida, etc.

Lancien dans le nouveau

Les photographies exposées ont merveilleusement développé cette ligne directrice du passé dans le présent, dont notamment l’Indien Pablo Bartholomew, 67 ans, à travers sa série intitulée Liens (1958-1980), où il a montré des photos de lui et de son père, Richard. Ce dernier était lui-même photographe, son oeuvre était très représentative de la modernité indienne, mais il n’a pas connu de grande célébrité de son vivant. Pablo fait le lien entre ses photos et celles prises par son père, à 25 ans d’intervalle, de manière assez curieuse. Cette série a été chaleureusement accueillie, mettant en avant la vie d’une famille de réfugiés indiens. Elle fait écho à une autre présentée par l’artiste vietnamien Pipo Nguyen-Duy, qui revisite ses souvenirs d’enfance pendant la guerre du Vietnam, en filmant des enfants dans des écoles, en plein air. Les photos ont l’air très modernes, mais ne sont pas sans refléter des aspects de la vie de l’artiste, des enfants et du pays.

Leurs histoires s’entremêlent ; les yeux des enfants n’ont pas connu la guerre, mais portent la mémoire des plus vieux. L’artiste turque Nil Yalter propose deux versions de photos de réfugiés et d’exilés à Paris depuis 1977. Elle retouche ses photos, y ajoute des dessins et des collages, a recours à plusieurs astuces pour faire disparaître ses personnages petit à petit. Ces derniers deviennent comparables à des arbres déracinés. La Bolivienne Marisol Mendez dévoile les conflits latents entre passé et présent à l’intérieur de nous-mêmes. Elle expose des portraits de femmes de chez elle, évoquant la réalité postcoloniale, en les mélangeant à d’autres issues des archives familiales. Elle fait habilement dialoguer les anciennes et nouvelles photos, mettant l’accent sur l’héritage du fascisme religieux, la culture postcoloniale, responsables de la société patriarcale actuelle.

Le thème « penser l’histoire dans le présent » est ainsi développé à travers des centaines de photos, lesquelles seront exposées durant les quatre mois à venir, dans l’émirat. La photographie a pris cette année le dessus sur les autres disciplines artistiques. Ce fait provient peut-être d’un souci de modernité et s’explique par un désir d’attirer de nouvelles tranches d’âge, des habitués de l’image sur Instagram ou TikTok, qui privilégient ce médium.

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