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Musiques sans frontiers

Névine Lameï, Samedi, 21 janvier 2023

Féru d’échange culturel, le chanteur français Eric La Garenne vient de sortir un nouvel album aux saveurs métissées. On y chante en français, en arabe, mais aussi en wolof.

Musiques sans frontiers
La Garenne présente son album Métis’sons lors d’un court séjour au Caire.

Eric rouger, 69 ans, connu sous le nom d’Eric La Garenne, se présente comme un ambassadeur de la chanson française, depuis 1992. Il aime naviguer autour du monde, bien au-delà des rives du confluent de la Garonne et de la Dordogne, au plaisir de ses auditeurs. D’ailleurs, il vient de sortir un nouvel album, enregistré à Dakar, au titre de Métis’sons. Un jeu de mots entre métissage musical et sons divers. Cet album, présenté pour la première fois le 4 novembre 2022 au logis La Garenne, à Mortagne-sur-Gironde, en pleine nature sur la route des vacances, comporte 12 titres. Il s’agit d’adaptations de chansons connues des grands noms de la chanson française, tels Chelon, Ferrat, Brel, Palaprat, Vanderlove, Stalla, Lama, Brassens, Perret et Moustaki, ainsi que d’autres chansons inédites, composées et coécrites par La Garenne. Et ce, en collaboration avec une équipe de paroliers, musiciens et chanteurs dont la Sénégalaise d’origine mauritanienne Laddy Nancy, la fidèle choriste de La Garenne depuis 2016, et la parolière française Annick Leblanc.

Partagé sur les différentes plateformes de streaming musical, Métis’sons a été lancé durant une tournée promotionnelle de showcase faite par La Garenne. Ce dernier a fait escale au Caire en décembre dernier, mais il a eu des échos également dans les médias libanais, tunisiens, sénégalais, capverdiens … La voix puissante de ce routier-troubadour a parcouru ainsi les ondes d’une quarantaine de pays.

« Ma mission d’artiste est de sensibiliser les auditeurs, leur apprendre la langue française par le biais d’une musique métissée née de continents divers, de voix qui chantent en arabe, en français ou même en wolof. On se sert d’instruments à différentes tessitures entre accordéon, percussions africaines, flûte, kora, saxophone … J’ai voulu dédier à l’Egypte la chanson Les bergers du Nil, faisant partie de mon nouvel album. Je l’ai composée moi-même et contribué à l’écriture avec Annick Leblanc. Cette chanson sentimentale que j’interprète en duo avec la Tunisienne Imen Khayati exprime la vive émotion que je ressens à l’égard de l’Egypte. Je chante en français, alors qu’Imen chante en arabe, sur les rythmes de la kora africaine, les percussions et les mélodies du luth, pour parler de l’Egypte d’aujourd’hui, de son peuple qui vit au bord du Nil », indique Eric La Garenne. Et d’ajouter : « Métis’sons nous invite au voyage, sans problèmes de tempo ni de dérive sectaire. Le tout est travaillé dans une harmonie et un équilibre aux subtiles allégresses qui vibrent et frissonnent ».

Chanter en wolof

Grâce aux beaux textes, aux histoires d’amour chaotiques, à des sujets inspirés de la vie réelle, les chansons ont de la moelle. C’est le cas de Yaarma qui parle des mamans et Saawadji qui traite des causes humaines engagées, rappelant l’éducatrice sénégalaise soufie Seyda Mariam Niasse, qui a dispersé les flux du Coran dans les cinq continents.

Ces deux chansons sont interprétées en wolof (langue parlée au Sénégal et en Mauritanie) par Laddy Nancy. « J’ai collaboré avec Laddy Nancy qui aime faire de la World Music dans tous les styles africains et du jazz. Avec elle, j’ai travaillé mon album intitulé La voix est libre, sorti fin juillet 2018 », précise La Garenne, qui a commencé par faire une carrière de chef cuisinier, dans l’équipage d’un navire français, après avoir terminé l’école hôtelière. Puis, il a très vite été attiré par la musique et le chant.


Eric La Garenne et Laddy Nancy.

Un jour, le 18 mai 1976, à la fête de Saint Eric, avec le reste de l’équipage, au nord de la Russie, certains invités russes demandent à entendre des chansons françaises. Là, Eric leur chante Aznavour et Joe Dassin. A ce jour, il constate qu’il est capable de chanter, avec succès, devant un public étranger, peu importe la langue. Et en 1977, il ouvre sa propre auberge, à Montagne-sur-Gironde, où il pousse la chansonnette en fin de soirée, jouant d’excellentes rencontres et des métissages musicaux entre lui et Pierre Nicolas (le contrebassiste de Georges Brassens), l’accordéoniste Roger Masselot (le premier accompagnateur de Jacques Brel), la chanteuse Valérie Ambroise, la troupe française Morelly. Aujourd’hui, il ne tient plus d’auberge, mais un logis halte, le logis La Garenne qui accueille ses répétitions depuis 2018. Il y rencontre sa fidèle clientèle, vend ses disques et partage de bons moments avec le public.

La Gironde

Ses chansons à textes engagés, sentimentales et poétiques, se mêlent à un humour très personnel. C’est le cas de Réjeane et Un doudou, de son dernier album Métis’sons. Dans la première, le saxophone, l’accordéon et la basse guitare accentuent les émotions, nous incitant à réfléchir sur les questions ayant trait aux genres ; le son mélancolique du saxophone prend le dessus avec grande élégance. Et dans Un doudou, le rythme du violon s’avère plus léger ; c’est une adaptation d’une chanson enjouée de la Capverdienne Césaria Evora. « Je chante la vie, l’amour, contre le racisme et la guerre », lance La Garenne.

Sa chanson Interdit aux nomades, une adaptation de celle de Christian Clochon, traite de la vie des nomades. Puis, La Garenne passe à une autre cause humaine dans Dire autrement, en parlant de la vie des Libanais, et leur pays devenu un enfer à cause des pénuries. « Pourtant, ils continuent à connaître la joie de vivre à leur manière », dit-il. Et d’ajouter : « Dans Métis’sons, il y a de tout, de la souffrance, du rire, des souvenirs d’enfance, de la poésie, des coups de coeur … ». Sa chanson Elle regarde passer les bateaux parle d’une femme de pêcheur dont le mari s’est noyé. « J’ai vécu cette même expérience. J’ai perdu mon père dans une noyade de bateau », évoque La Garenne, fils d’un artisan pêcheur de Mortagne-sur-Gironde. Sa chanson fétiche, La Gironde, ou plutôt sa version revisitée qu’il a sortie en l’an 2000, est d’ailleurs inspirée des pêcheurs de l’estuaire de la Gironde. « Y a deux terres qui se rencontrent. Y a deux mers qui se confondent. C’est le bout de la Gironde ici. Une Gironde de métissage musical. Telle est ma vie », exprime La Garenne, qui a déjà sorti plusieurs albums, dont A fleur de peau, Amert’Hume, Grâce de vie, A tout Coeur.

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