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La déferlante danse contemporaine

Houda Belabd, Lundi, 30 septembre 2013

Le Maroc est en phase de rendre à la danse contemporaine ses lettres de noblesse. Jadis négligé par la jeunesse marocaine, ce genre d’expression corporelle est à deux doigts de voler la vedette au hip-hop. Le Festival Action Danse, qui s’est déroulé entre Casablanca et Oujda du 20 au 28 septembre, permet de dresser un état des lieux.

Festival Action Danse
Un tableau signé Taoufik Izeddiou.

Au Maroc, la danse contemporaine a le vent en poupe. Marrakech, Rabat et Casablanca arrivent en tête des villes qui glorifient cette discipline. Pourtant, cette dernière, dont le prin­cipe est d’éliminer les frontières entre les dan­seurs du monde, était jadis l’apanage de quelques centres casablancais de remise en forme. Mais aujourd’hui, près d’une trentaine de danseurs contemporains ont réussi à créer leurs propres troupes dans ce pays. Au total, trois grandes compagnies de danse contempo­raine existent au Maroc.

« La danse contemporaine est une chorégra­phie des plus simples au monde. Il y a environ dix ans, j’étais un amateur en la matière. Aujourd’hui, grâce à des ateliers menés par l’Institut français de Marrakech, je suis devenu un chorégraphe profes­sionnel. Cette discipline m’a séduit par sa philosophie dont le but est de réduire les barrières culturelles entre les peuples et de les pousser à danser de la même manière. De nos jours, à l’échelle universelle, le nombre des troupes de danse contemporaine est estimé à plusieurs centaines de mil­liers », affirme Taoufik Izeddiou, lea­der de la biennale marrakchie « On marche ».

En 2005, ce jeune homme a eu l’espiègle idée d’organiser, avec l’aide du danseur Saïd Aït El Moumen, un spectacle de danse contemporaine à la célèbre place de Jamaa El Fna (Marrakech) dans le but de faire connaître son activité. Les deux danseurs-chorégraphes ont séduit plusieurs dizaines de jeunes qui ne soupçonnaient même pas l’existence de cette danse. La même année, ils ont lancé, avec la danseuse Bouchra Ouizguen, la biennale « On marche » et depuis, ces trois noms sont devenus indissociables de la danse contem­poraine marocaine.

« La danse contemporaine n’a pas de thème proprement dit. On danse en temps de crise, lors des guerres, mais aussi quand la joie est au rendez-vous. Cette danse née en Europe après la Deuxième Guerre mondiale symbolise l’union des peuples, plus qu’autre chose. Elle est faite pour réunir les humains que la politique a séparés. C’est pour cela qu’elle ne possède pas de politique, non plus … Elle se vit et se fait sentir. En voici tout l’art … », témoigne Bouchra Ouizguen.

Abstraite mais expressive …

« Pour beaucoup de Marocains, la danse contemporaine est une chorégraphie abstraite qui consiste à présenter des mouvements sans signification aucune. Voilà pourquoi on devait réfléchir à commencer par là. Nous organi­sons, aussi, des laboratoires qui accueillent des admirateurs de Shakira ou de Michael Jackson et nous essayons de les orienter vers la danse contemporaine », ajoute Taoufik Izeddiou.

Si le nombre de danseurs contemporains réussit à décupler au Maroc malgré les admo­nestations de certains, c’est en partie grâce aux festivals initiés par les entités culturelles étran­gères du pays. Parmi ceux-ci, il y a lieu de mentionner « Daba Maroc ». Initié par la Fédération Wallonie-Bruxelles, ce festival vieux de quelques années est conçu par Fabienne Verstraeten, directrice des Halles de Schaerbeek, engagée dans « les mondes arabes ».

Grâce à ce festival, les adeptes marocains de la danse contemporaine sillonnent les capitales culturelles du monde dans l’optique de découvrir le mode opératoire de cette discipline à part entière. De même, la fondation ONA finance par le biais de sa fameuse « Villa des Arts » le Festival « Action Danse » qui met l’accent sur les nouveaux courants d’expression corporelle, tels que le hip-hop, la danse contemporaine et la breakdance. Ce festival qui a été présenté entre Casablanca et Oujda du 20 au 28 septembre 2013 a réuni une belle palette de danseurs en provenance des quatre coins du monde.

Et de six pour « Action Danse » !

Après avoir fasciné les adeptes de la Villa des Arts de Casablanca le 20 septembre dernier, la sixième édition du Festival « Action Danse » a pris fin à Oujda le 28 septembre dernier. Organisé par la fondation ONA et la compagnie Fleur d’Orange, ce festival accueille des danseurs provenant du Canada, du Niger, de la Nouvelle Calédonie, de France et du Canada, qui ont présenté une belle panoplie de chorégraphies, non sans éblouir des centaines de festivaliers, épris de danse contemporaine, de breakdance ou de hip-hop.

Ce festival met, ainsi, l’accent sur la formation d’un large public de jeunes et sensibilise une nouvelle population d’adultes à l’importance de la danse dans le divertissement et l’équilibre psychologique de l’être humain. Dans le cadre de cette édition, des stages et ateliers (professionnels et amateurs) ont été orga­nisés. « Aujourd’hui, Action Danse devient un véritable tremplin artistique. Cela nous permet d’apporter à notre public des opportu­nités de collaboration et de perfectionnement grâce à l’acquisition de nouvelles techniques et de nouveaux mouvements artistiques émer­gents », affirme Hind Benali, directrice artistique du festival.

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