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Le piratage sème la zizanie

Yasser Moheb, Lundi, 09 septembre 2013

Le nouvel album de Amr Diab, intitulé Al-Leila (cette nuit), a été piraté sur Internet quinze jours avant sa sortie officielle. Des fuites sur le Web, faisant partie d’une nouvelle stratégie de communication, divisent la scène musicale.

Amr Diab

C’est le dilemme de toutes les maisons de cassettes : comment empêcher le piratage d’un album très attendu, avant ou après sa sortie officielle. Le CD de Amr Diab, qui a fait l’objet d’un plan de méfiance millimétré, n’échappe pas à la règle. Il était déjà dispo­nible sur Internet deux semaines avant sa sortie officielle !

C’est par hasard qu’Al-Hadaba (surnom de Diab, qui signifie le mont de la chanson) a eu la mauvaise surprise — pourtant habituelle avec chacun de ses albums — de découvrir que son nouvel album est entièrement télé­chargeable sur Internet. « De nombreux fans ont tweeté leur idole, lui disant qu’ils adorent son nouvel album et qu’ils sont contents de pouvoir enfin l’écouter. C’est ainsi que Diab a découvert la tricherie », dévoile Ahmad Zaghloul, agent de Amr Diab.

D’abord, trois nouvelles chansons étaient téléchargées illégalement sur Internet. De quoi conduire le chanteur à vouloir se débar­rasser de ces trois oeuvres afin de ne pas « brûler » son album. Puis, la sortie de la copie entière sur le Web a jeté de l’huile sur le feu, au point de pousser Diab à anticiper la rupture avec Rotana, sa boîte de production.

« D’après plusieurs chanteurs, cette boîte a l’habitude de faire la sourde oreille, face à la fuite des albums de ses chanteurs », com­mente Zaghloul, ajoutant : « C’est une manière de faire des économies, car la société ne se trouve dans l’obligation ni d’imprimer, ni de distribuer une deuxième édition de la cassette ».

Or, les fans du chanteur ont contourné ce stratagème par un autre. Ils ont acheté presque toutes les copies de la première édi­tion, dans le but d’obliger les responsables de Rotana à lancer une seconde édition du tube et d’en faire la publicité nécessaire. « La société n’a affiché jusqu’ici aucun panneau publicitaire. De même, elle n’a fait aucune annonce à la radio-télévision », précise l’im­présario de Amr Diab.

Pour sa part, la société Rotana vient de nier fermement — dans un communiqué de presse — sa responsabilité quant aux pertes causées par le piratage de la cassette. « Normalement, c’est le producteur qui souffre le plus des dégâts du piratage. Toutes les accusations adressées à la société s’avè­rent non fondées », note la maison de produc­tion.

Comme l’explique bien Tareq Essam, spécialiste en publicité numérique, « cer­taines stars décident impli­citement d’adopter les codes de leur époque et de se servir de la publicité générée par cette diffu­sion à grande échelle, dans le but de promouvoir leurs perfor­mances live ». Il ajoute : « En dépit des plaintes souvent faites par les chanteurs ou par leurs producteurs, la sortie des albums sur Internet, suivie le plus souvent par sa sortie en I Tunes ou en Ring tunes, demeure une source fondamentale de revenus. En fait, elle sert notamment comme bonus publici­taire ».

Par contre, le chanteur et compositeur Amr Moustapha estime que l’industrie a bien changé, jouant de mauvais tours aux artistes. « Autrefois, nous gagnions de l’argent, même en diffusant nos oeuvres sur Internet, avant que le piratage ne devienne si féroce. Aujourd’hui, personne ne gagne de l’argent, sauf les opérateurs télécoms et les sites web pilleurs », rétorque-t-il. Et de poursuivre : « J’ai crié sur tous les toits afin d’activer la protection des droits d’auteur, mais c’est la loi de la jungle ! Ceci me pousse à arrêter l’enregistrement et à ne plus traiter avec l’industrie du disque. Comme d’autres musi­ciens, je pense prendre du recul et me pro­duire uniquement sur scène ».

Il est évident, le phénomène électronique semble de plus en plus prometteur, loin de souffrir financièrement, avec un agenda d’ac­tivités bien rempli qui s’étend sur les mois à venir.

« Autrefois, les artistes se battaient pour qu’on ne leur vole pas leur musique. Mais depuis 2007, plusieurs artistes et producteurs occidentaux proposent leurs albums en téléchargement légal. Il s’agit d’un téléchargement payant par les cartes de cré­dit. Des milliards d’inter­nautes, aux quatre coins du monde, ont appliqué — d’après les princi­paux moteurs de recherche — ce système légal, ce qui a poussé les gouvernements en Europe à établir des lois et de nouveaux moyens, afin de mettre un terme au piratage. Ils sont même allés jusqu’à réclamer de pri­ver les pirates d’accès à Internet, suivant leurs IP ! », affirme Nada Al-Kordi, spécia­liste des réseaux de télécommunication.

Ce genre d’initiatives pourrait empêcher ce piratage dans l’avenir proche. Et la mutation sera aussi bien technique qu’artistique .

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