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Calligraphie : De la musique pour les yeux

Lundi, 07 février 2022

Le plasticien syrien Mounir Al-Chaarani présente ses calligraphies rythmiques à la galerie Khan Al-Maghraby, après une période d’absence. Ses toiles s’enchaînent telles des mélodies visuelles.

Ceux qui manquent de logique, manquent de religion.
Ceux qui manquent de logique, manquent de religion.

En choisissant comme titre de son exposition à la galerie Khan Al-MaghrabyRythmes calligraphiques, le plasticien syrien Mounir Al- Chaarani nous incite à voir ses oeuvres comme une rencontre entre deux univers : l’écriture et la musique. Cela dit, une note est très comparable à un trait. Les attaques peuvent être legato (notes liées) ou staccato (notes détachées), les contrastes relèvent du forte ou du piano, et surtout par opposition, les pauses de silence introduisent la notion du rythme. Celui-ci est d’ailleurs aussi important en calligraphie qu’en musique, car il détermine la mesure ; il peut être syncopé, voire polyrythmique.

 

Calligraphie : De la musique pour les yeux
Al-Chaarani durant le vernissage.

 

 

 

 

 

Ainsi, le mouvement des lettres arabes, l’usage des couleurs et le recours aux points rouges cadencent les compositions calligraphiques d’Al-Chaarani. Tel un musiciencompositeur, ce dernier peut interpréter des écritures anciennes, les rendre plus contemporaines ou encore improviser des oeuvres plus gestuelles. Et comme la calligraphie a été toujours un art de communiquer, il continue à choisir des paroles qui lui permettent de diffuser des messages chers à son coeur, des messages d’amour, de sagesse et de liberté.

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Calligraphie : De la musique pour les yeuxLes citations que transforme Mounir Al-Chaarani en toiles deviennent partitions d’encre, avec des rythmes harmonieux et des silences. Sous son béret noir et sa barbe blanche, il échange avec les visiteurs de l’exposition, les aidant à saisir la musique visuelle de la calligraphie arabe, à capter sa mélodie intérieure, à traiter le tableau comme une belle composition, en attirant leur attention à la valeur rythmique du point dans ses oeuvres.Possédant une vaste culture générale, il plonge dans les domaines littéraire, philosophique, spirituel, etc. afin de faire sa sélection : un vers du poète et voyageur du Hijaz, mort en l’an 626 ap. J.-C., Al-Hakam Bin Abi Alssalt « Certaines résolutions sont favorisées par la fatalité » ; un dire du prophète Mohamad « Ceux qui manquent de logique, manquent de religion » ; un adage d’Ali Ibn Abi Taleb « Les soucis sont en proportion de la dévotion » ; une déclaration soufie d’Al-Roumi « Tu existes en tout ! ».

 

 

 

 

Des variations pour sublimer les lettres

 

Calligraphie : De la musique pour les yeux

Sa dernière exposition en Egypte date de 2018, puisqu’il est essentiellement basé à Damas depuis 2004, préférant vivre parmi les siens, contre vents et marées. Or, il a vécu environ 20 ans au Caire, à partir de 1985, après quelques années passées au Liban, étant un ancien membre du parti communiste. Ses convictions le poussent à défaire le lien entre l’histoire de la calligraphie arabe et celle de la religion. « Elle a bel et bien existé avant l’islam et est le fruit de toute une civilisation », réitère-t-il souvent.

 

 

 

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Calligraphie : De la musique pour les yeux
Certaines résolutions sont favorisées par la fatalité.

 

 

Ses oeuvres ont d’ailleurs quelque chose qui ressemble à l’un de ses musiciens favoris, à savoir le Tunisien Anouar Brahem, né comme le calligraphe dans les années 1950. Car Brahem crée une musique à la fois totalement ancrée dans une culture ancestrale, hautement sophistiquée et éminemment contemporaine dans son ambition universaliste. Il en est de même pour Al-Chaarani qui se livre à des variations rythmiques et calligraphiques, non sans rappeler le virtuose de jazz oriental. La musique de celui-ci peut servir de fond sonore durant l’exposition, pour accentuer la beauté cachée des mots, habilement agencés à l’intérieur d’un cercle ou d’un carré. Les phrases conçues dans un style coufique constituent parfois un seul bloc compact, aéré par la présence des points, alors que les autres, calligraphiées en diwanisonboli ou maghrébi, s’avèrent plus fluides. Une expérience esthétique d’une rare intensité.

Jusqu’au 17 février, à la galerie Khan Al- Maghraby, de 11h à 20h, sauf les vendredis. 3, rue Al-Morsaline, 2e étage, appart. 4, Zamalek.

 
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