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La violence plein la vue

Yasser Moheb, Mardi, 20 août 2013

A travers le troisième volume de la trilogie Qalb al-assad (coeur de lion), le tandem Mohamad Ramadan et Ahmad Al-Sobki continue d’explorer son thème de prédilection : la description du quotidien de plus en plus amer. Les personnages principaux du film sont des hommes de main, qui envahissent actuellement l’écran.

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De la violence gratuite. Un truand se transforme en super-héros.

Il semble que le personnage du baltagui (homme de main) est loin de lasser le public du cinéma égyptien. Le producteur de Qalb al-assad (coeur de lion) craignait le pire pour la sortie de son film durant cette période chaotique, à l’occasion du petit Baïram. Mais cette fiction à laquelle participe notamment le jeune comédien Mohamad Ramadan, a enregistré plus de 2 000 entrées, avec des recettes tablant autour de 5 millions de L.E., devançant ainsi les cinq autres films concurrents de la fête.

Le duo commercial numéro 1 de la saison, Mohamad Ramadan et son producteur Ahmad Al-Sobki, renoue avec la violence et le personnage du truand moderne, avec ce thriller se trouvant aujourd’hui à la tête du box-office.

Sans gâcher l’histoire du film, Nasser Al-Guen (Nasser, le diable) — campé par Mohamad Ramadan — est un jeune homme, qui a été enlevé dès son enfance par un voleur — interprété par Sayed Ragab. Il l’a fait travailler dans un cirque où il est chargé de nettoyer la cage des lions. Il passe sa vie, étouffé par la pauvreté, avant de se transformer en voleur pour subvenir à ses besoins. Ensuite, il s’associe à un trafiquant d’armes — interprété par Hassan Hosni — et ne refuse aucune tâche afin de répondre aux exigences de son nouveau patron. Le film regorge, comme d’habitude, d’aventures, de suspense et de violence.

Durant la première demi-heure, nous assistons aux aventures décrivant la pauvreté et l’audace du personnage principal Nasser, dans un style autant narratif que dramatique.

Même si le film se veut un reflet du désordre et de la violence sociaux régnant actuellement dans la rue égyptienne, l’ensemble s’avère tiré par les cheveux, avec des protagonistes caricaturaux.

Une énième variation sur le même thème, signée par le duo Ramadan-Al-Sobki, mais cette fois-ci le truand marginal appartient au monde des riches corrompus. Effectivement, l’ouverture du film annonce clairement la couleur. Dès le générique, on est face à Mohamad Ramadan, toujours fidèle à lui-même, avec un petit changement dans la coiffure ou d’accessoires, une fois il se sert de revolvers, une autre fois il côtoie les animaux sauvages, etc. Alors que le jeune comédien a choisi de paraître avec un serpent géant, dans son dernier film Abdo Mota, cette fois-ci c’est le tour du lion, partageant l’affiche et le cours des événements.

Comme c’est le cas dans la plupart de ses films, il aborde également d’autres thèmes assez récurrents : la vengeance en tant que prétexte à la violence, la sensation d’emprisonnement au sein d’une grande ville, les conditions difficiles de la survie. Il s’agit donc d’une fiction où tout tourne autour des lois de la jungle et de la richesse, le pouvoir qu’elles procurent et la violence qui en résulte.

L’oeuvre crée une tension dès les premières minutes. L’histoire, qui se déroule en temps réel, relance sans arrêt l’intérêt du spectateur, agrippé par certains événements. Et ce, malgré un dénouement qui relève du déjà-vu. En fait, le regard sur la criminalité ordinaire demeure affreux.

De la violence, un déferlement d’action, un contexte choquant centré sur les démunis de la société et l’habituel vocabulaire défoulé : il n’en fallait pas plus pour déclencher la traditionnelle polémique sur le langage audacieux et les marginaux qui se transforment en super-héros. Comme de coutume dans la trilogie du jeune comédien et de son producteur, on est face à un protagoniste qui nous invite à plonger dans le quotidien actuel de la société égyptienne, toujours en ébullition.

La réalité embellie

Néanmoins, le modèle du super-héros semble ici peu convaincant. L’évolution de Nasser Al-Guen tout au long du film, loin d’en faire un personnage complexe, se limite à le présenter avec des stéréotypes du héros populaire. D’abord, vaguement enfantin, il devient ensuite criminel, pour finir en bandit !

Toutefois, si l’intrigue reste classique, cédant à la facilité de la fin ouverte, l’intérêt de ce thriller aux allures de western repose sur sa violence stylisée et son casting trois étoiles, avec une mention spéciale au directeur de la photo, Mohamad Azmi, pour ses cadres bien choisis et travaillés.

Côté réalisation : c’est le premier long métrage de Karim Al-Sobki. N’empêche qu’il a pu afficher des méthodes qui le distinguent parmi les autres tendances commerciales du cinéma actuel. Son style s’avère réaliste, créant des scènes d’action et de suspense avérées et des effets spéciaux peu nombreux, mais convaincants. Visuellement, son film a de la classe et un souci du détail habituel pour un premier film. Dialogues percutants, couleurs criardes, bande-son survoltée, le jeune réalisateur applique remarquablement les règles du film d’action des années 1990.

Côté interprétation, rien de décevant, mais rien de surprenant non plus. Mohamad Ramadan adopte presque les mêmes caractéristiques gestuelles, la même façon de parler à la Ahmad Zaki, et le même penchant à chanter et à danser pour plaire à ses fans. La jeune Houriya Hassan joue un rôle qui s’avère le plus faible de sa brève carrière, celui de Nana qui ne mise que sur sa beauté et son charme. Et Hassan Hosni dans le rôle du trafiquant d’armes ne présente rien de nouveau.

Aucune maestria, de la violence gratuite, sans réflexion aucune sur le statut des jeunes démunis. Une coquille vide, qui sera vite oubliée .

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