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Redzone, un voyage avec les artistes du monde arabe

Névine Lameï, Dimanche, 21 février 2021

Du 4 au 7 mars, le festival Redzone, organisé par la fondation Al-Mawred Al-Thaqafy (ressource culturelle), cherche à faire dialoguer plusieurs artistes du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Une série d’activités pluridisciplinaires est prévue dans le cadre de cette édition virtuelle.

Redzone, un voyage avec les artistes du monde arabe

En partenariat avec la fondation norvégienne Kirkelig Kulturverksted (KKV), la fondation régionale à but non lucratif, Al-Mawred Al-Thaqafy (ressource culturelle), basée actuellement au Liban, organise une nouvelle édition du festival annuel Redzone, du 4 au 7 mars prochain. Ce sera une première édition numérique, à cause des mesures de distanciation sociale.

Les éditions précédentes du festival pluridisciplinaire se sont déroulées respectivement au Caire, à Beyrouth, à Tunis, à Tanger et à Oslo, dans l’objectif de soutenir la liberté d’expression artistique. « Le festival Redzone fait office d’une plateforme internationale, destinée à soutenir les artistes de la région du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord et à promouvoir leurs arts dans toutes les disciplines (danse contemporaine, théâtre, musique, cinéma, arts plastiques…). Les performances en question doivent être centrées sur la liberté d’expression, les concepts de frontières, les hiérarchies sociales, le déplacement, la censure, les limites, les possibilités de voyage, les interdits, les tabous et d’autres idées pertinentes qui s’imposent à l’échelle mondiale. Les artistes ont besoin de nos jours de se faire remonter le moral en ces temps de confinement. Cette édition spéciale numérique invite tout le monde à se connecter et à communiquer à propos de leurs vécus, à travers l’art, développant des thèmes comme la claustrophobie et l’intimité », précise Rasha Salah, commissaire et directrice artistique du festival Redzone 2021, basée à Beyrouth.

Redzone, un voyage avec les artistes du monde arabe
Installation de Bassem Yousri.

Participe à cette édition un large éventail de jeunes artistes du Proche-Orient et d’Afrique du Nord, qui mettront en avant leurs productions artistiques à travers Internet. « Que pensent-ils sur l’art en temps de confinement ? Quelles sont leurs priorités sociales et relationnelles ? Conçoivent-ils leurs créations comme un outil de vaincre l’étouffement, un moyen de résistance, leur permettant de regarder à l’intérieur d’eux-mêmes ? Comment voient-ils l’avenir? Tous ces questionnements seront soulevés au Redzone 2021, sous la thématique principale : Inner Spaces (espaces intérieurs) », explique Rasha Salah. Et d’ajouter: « Nous avons connu de nombreux événements durant 2020, lesquels se poursuivent, l’épidémie, le confinement, l’isolement, la crise économique, une crise de création et de production artistique, des explosions… Dans ce contexte, Redzone s’intéresse à la pratique artistique, toutes disciplines confondues, offrant des visites d’ateliers en ligne, des débats sur Zoom, des performances live, etc. », explique Rasha Salah.

Deux visites d’atelier

Redzone, un voyage avec les artistes du monde arabe
Nicolas Khoury évoque sa vie personnelle dans Fiasco

Ainsi, on a droit à deux visites virtuelles, l’une dans l’atelier de la plasticienne syrienne Zeina Salameh, et l’autre dans celui de l’Egyptien Bassem Yousri. Tous les deux parleront de leurs travaux, de leurs sources d’inspiration, de leurs techniques et de leurs angoisses.

A partir de son atelier dans le quartier de Abdine, au centre-ville cairote, Bassem Yousri a travaillé son installation Dismantling (démantèlement) inspirée de la ville, de son architecture, de son quotidien, se livrant à un processus de déconstruction. Il finit par accepter que l’on soit témoin de la fin de quelque chose, de la mort d’une époque, de la ville telle qu’on l’a connue.

Les gravures en noir et blanc de la Syrienne Zeina Salameh font partie de son projet sur la Citadelle d’Alep ; elle les intitule 37 vues en isolement. L’artiste effectue une comparaison entre son confinement obligatoire et la guerre qu’elle a vécue à Alep. L’isolement et le mal du pays empêchent Zeina Salameh de mener une vie libre, sans interdits, ni peur, ni anxiété.

Le danseur parle aux oiseaux

Redzone, un voyage avec les artistes du monde arabe
Live, performance de Petra Serhal.

Chorégraphe, danseur, directeur artistique de la Cie Anania et du festival de danse contemporaine On Marche, le Marocain Taoufiq Izeddiou participe au festival Redzone avec une vidéo intitulée Inside (à l’intérieur). Cette dernière met en scène Izeddiou dans deux scènes de danse moderne, reflétant des états d’âme complètement opposés, allant de la claustrophobie à l’intimité. On y voit Izeddiou, frustré et enragé, s’exprimer avec beaucoup d’énergie. Puis, on le voit tout calme dans une cage, enfermé sur soi, parlant avec les oiseaux.

Jeune libanaise de l’art de la scène, Petra Serhal prend part à Redzone avec une performance live-art, jouant sur la relation entre le réel et l’irréel virtuel. Sa chorégraphie était censée être jouée en direct, devant le public, mais en fin de compte elle sera présentée en ligne, à travers les réseaux sociaux.

A travers la section cinéma Close up, deux jeunes photojournalistes et cameramen soudanais, Elsadig Abdelgayoum et Abuzar Adam, projettent leur film Put the Camera Away, We Are in Lockdown. Celui-ci aborde la révolution soudanaise et les mouvements de contestation, avec tous les hauts et les bas qui ont secoué le pays. Elsadig Abdelgayoum et Abuzar Adam se servent des photos qu’ils ont prises entre janvier et avril 2019. Ils se souviennent des moments difficiles, se sentent coupables d’être encore vivants alors que plusieurs de leurs confrères sont morts.

Fiasco est un travail de montage-vidéo effectué par le documentariste et monteur libanais Nicolas Khoury, lequel évoque sa vie personnelle, ses moments de solitude, les rapports étroits qu’il entretient avec sa mère et sa soeur. Diplômé en audiovisuel de l’Académie Libanaise des Beaux-Arts (ALBA), en 2010, Khoury est un féru du réel. Son aire de jeu est le documentaire, parce qu’il a les coudées franches.

La flûte solitaire

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Le Palestino-jordanien Faris Ishaq joue son ney.

Au dernier jour du festival, le flûtiste de jazz mondial et compositeur palestino-jordanien Faris Ishaq présentera une session-jam, de 45 minutes, sous le titre de NAY, une contraction de Nature Adresses You. Le flûtiste, diplômé du programme Global Jazz du Berklee College of Music, opère un voyage musical, explorant soi-même et se réconciliant avec la nature, et ce, en jouant sur son ney (flûte orientale) qui l’a accompagné dans son confinement.

Redzone cherche à ouvrir un débat entre artistes sur les différentes pratiques artistiques au Proche-Orient et en Afrique du Nord en ces temps difficiles. Un débat à distance, selon les diktats de la pandémie .

Du 4 au 7 mars. Le programme détaillé est disponible sur http://www.redzonefestival.com, la page Facebook d’Al-Mawred Al-Thaqafy et sur son site officiel : https://mawred.org

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