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Confessions intimes

May Sélim, Dimanche, 13 décembre 2020

Dans son spectacle de micro-théâtre, intitulé Odéte Nomi (ma chambre à coucher), le metteur en scène Mahmoud Sayed touche à des sujets tabous. Il implique le public,à travers 4 histoires séparées, de 20 minutes chacune, qui se déroulent toutes dans la même chambre à coucher.

Confessions intimes
Une Cigarette avant de se lever du lit. (Photo : Bassam Al-Zoghby)

Dans l’immeuble Al-Chourbagui, situé à la rue Adli, au centre-ville cairote, l’associa­tion artistique Dawar a tenu une nouvelle expérience théâtrale, ini­tiée par le metteur en scène Mahmoud Sayed. Ce dernier a pré­senté, la semaine dernière, un spec­tacle dit de micro-théâtre, regrou­pant 4 pièces de 20 minutes cha­cune, réunies par un seul titre : Odéte Nomi (ma chambre à cou­cher).

Le public était invité à partager l’espace avec les comédiens, dans un appartement de ce vieil immeuble rénové, dont l’histoire remonte au début du siècle passé, précisément à l’année 1910. Dans la salle, à grandes fenêtres, une vingtaine de spectateurs portaient des masques médicaux et entou­raient deux comédiens, soi-disant un couple discutant dans sa chambre à coucher.

Quelques spectateurs étaient assis par terre, d’autres campaient dans un fauteuil ou sur le canapé, tout en respectant la distanciation sociale. Ils avaient la liberté d’errer dans la chambre, de sortir, d’y revenir, de changer leur place, pour disposer d’un nouvel angle de vision, etc.

Ils suivent ainsi l’histoire de cet homme et cette femme qui ont fait connaissance sur la toile à travers l’application Tinder. Ils se sont ren­contrés plus tard et ont passé trois jours ensemble. Ils avouent leurs sentiments, leurs désirs, leurs peurs et leurs chagrins, dans la chambre à coucher, et s’interrogent même sur leur relation, jusqu’ici sur le plaisir charnel, sans aucun engagement.

Ce sont les dialogues de la pre­mière mini-pièce, intitulée Une Cigarette avant de se lever du lit. « Toutes les histoires se déroulent dans la même chambre à coucher. J’ai voulu les présenter dans leurs lieux naturels, pour que le public se sente complice », explique Mahmoud Sayed qui aime toujours créer des spectacles dans des espaces qui sortent de l’ordinaire.

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Check-list. (Photo : Bassam Al-Zoghby)

Les comédiens étaient très convaincants, aucunement dérangés par les mouvements du public. Les craquements sporadiques sur le par­quet ne changeaient rien pour eux. Les spectateurs avaient parfois le droit de faire des commentaires, toujours sans gêne. A la fin de la pièce, lorsque l’homme décide de laisser sa conjointe et de partir vivre à l’étranger, l’un des specta­teurs dit vite: « Quoi alors? Vous allez partir et la laisser seule ? ».

Le comédien revient sur ses pas et demande à sa partenaire de l’emme­ner à l’aéroport. Cette dernière ne répond pas et claque la porte, alors que lui, il fait le lit, ramasse les verres de vin et les restes de pizza. D’une certaine manière, on prépa­rait l’espace à l’histoire prochaine.

Soulever des tabous

Dans la chambre à coucher, tout est permis. Le metteur en scène en a profité pour s’attaquer à des sujets tabous, sans trop rentrer dans les détails. Il évoque l’homosexualité, à titre d’exemple, à travers la deu­xième mini-pièce La Robe blanche.

La porte s’ouvre d’un coup. Les comédiens portent un cadavre ense­veli dans un linceul et le déposent sur le lit. Un homme âgé pleure sa soeur, qui vient de mourir. Achraf, le fils de cette dernière, est égale­ment présent, n’arrivant pas à cacher son sentiment de colère, puisque sa mère l’avait expulsé de la maison il y a 10 ans. Et ce, après avoir découvert son homosexualité. L’oncle avoue par la suite à son neveu que la défunte voulait lui pardonner et qu’elle l’avait cher­ché, sans parvenir à le trouver. Les comédiens sortent de la chambre, deux autres viennent emporter le cadavre, en écoutant la chanson My Immortal, avant d’accueillir la troi­sième pièce It Got Messed Up (c’est raté).

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C’est raté. (Photo : Bassam Al-Zoghby)

Celle-ci met l’accent sur l’infidé­lité et la violence contre les femmes, à travers les disputes au sein d’un couple. La tension monte et l’homme finit par étrangler la femme, après l’avoir battue. Certains spectateurs s’agitent, fai­sant part de leur effroi.

La quatrième mini-pièce, Check-list, aborde le conflit intérieur d’un artiste passant par un moment de doute existentiel. Il est épuisé par les tâches quotidiennes, sa dépres­sion, son sentiment de dépaysement et de solitude.

Les quatre petites pièces sont liées, notamment par le biais des dialogues, qui introduisent les per­sonnages comme des amis dont les destins s’entrecroisent. Le metteur en scène, Mahmoud Sayed, mise sur la sincérité du jeu, pour toucher le public et communiquer la détresse des protagonistes dans cet espace clos et intime. Chacun fait sa vie, ce qui lui plaît, et nous avoue ses pensées dans la même chambre à coucher .

Le spectacle Odéte Nomi sera repris pro­chainement à Alexandrie, puis au Caire, tous les derniers weekends du mois.

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