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Pour l’amour de Mère Nature

Névine Lameï, Dimanche, 14 juin 2020

Le rapport de l’homme à son environnement, le changement climatique et d’autres thèmes d’ordre écologique inspirent les peintures de Lina Osama, exposées en ligne sur la pageFacebook de la galerie Azad.

Pour l’amour de Mère Nature

L’artiste-peintre Lina Osama expose une ving­taine d’oeuvres sur la page Facebook de la galerie Azad, Zamalek (Azad Art Gallery Eg). Ce sont des oeuvres exposées pour la première fois, réalisées à l’aide de matériaux mixtes, faisant partie de son projet « Dinosaures domestiques ». Le projet vient d’aboutir cette année, alors qu’il est issu de recherches en écologie et en sociologie qui ont duré pendant de longues années.

Souvent qualifiée « d’artiste éco­logique », Lina Osama s’avère assez subtile. Elle aborde les rapports homme/environnement, sentiments humains/phénomènes terrestres, sociologie/écologie… Et pour ce faire, elle a recours à des créatures imaginaires, des communautés tri­bales isolées du monde, des dieux et des déesses à l’allure pharaonique, à des dinosaures, des mammifères effrayantes et désorientées, sur fond semi abstrait.

« L’écologie ébranle le monde ; elle intervient timidement dans l’art contemporain. A la fin de 2019, le monde a connu un changement cli­matique énorme qui a eu des consé­quences néfastes sur la faune et la flore et sur la santé humaine. Citons-en : les feux de forêt en Amazonie, le feu de brousse en Australie occiden­tale. Les incendies multiples des forêts de l’Arctique. Les incendies titanesques en Angola, au Congo, en Tanzanie et en Zambie. L’élévation du niveau de la mer a abouti à une transgression marine. Puis, 2020 s’est révélée encore plus critique, avec l’apparition du Covid-19. Ces moments historiques de grands changements sont explo­rés dans l’exposition en ligne Dinosaures domes­tiques », explique Lina Osama.

Naïma l’éléphante

Ses peintures sont dra­matiques, mais teintées d’humour. Dans Evolution contre extinc­tion, elle incarne méta­phoriquement la bataille éternelle entre le bien et le mal à travers le rap­port tendu entre le tyran­nosaure Rex ou T-Rex et le stégosaures, tout aussi puissant, mais herbivore. La scène dramatique regroupant des dino­saures est peinte sur un fond de monuments égyptiens et de rues cai­rotes. Ceux-ci reflètent un état d’instabilité, de changements sociaux et environnementaux assez fulgurants.

Un T-Rex apparaît sur une autre peinture telle une créature monstrueuse, représentant un homme/dinosaure. La peinture com­munique des sentiments contradic­toires, variant entre empathie envers la créature souffrante et hostilité envers elle. Le T-Rex est en effet un symbole historique et biologique, synonyme de violence, de destruc­tion, d’instincts humains et de rebon­dissements imprévus. « Le T-Rex est impi­toyable. J’ai aimé le représenter par des images répétitifs de che­vaux en rage », précise Osama, dont la peinture est inspirée des minia­tures persanes et se détache sur fond de pay­sages bucoliques, aux couleurs criardes et aux motifs floraux.

L’art persan est la prin­cipale source d’inspira­tion de la toile Le Dernier éléphant du zoo, qui reprend un accident survenu au jardin zoolo­gique de Guiza, en 2019, avec la mort du dernier éléphant du zoo, appelé Naïma. « Le zoo de Guiza fait partie inté­grante de la mémoire collective des Egyptiens. Enfant, je trouvais un grand plaisir à aller voir Naïma l’éléphante », raconte Osama.

Dans l’une de ses pein­tures qui ressemble à une fable, l’artiste peint Naïma comme un mammouth (pro­boscidien qui vivait aux temps pré­historiques), sur un fond de bandes dessinées, des miniatures persanes et des feuilles dorées. « L’éléphante me permet d’aborder la question du changement climatique, l’un des défis les plus urgents que nous affrontons aujourd’hui », assure Lina Osama.

Dans Premières gouttes de pluie, elle reprend l’un des moments célé­brant la force de la nature, lorsque les pluies diluviennes en Australie ont permis d’éteindre les incendies désastreux survenus en janvier 2020. « A l’époque, la scène du kangourou dansant a fait rage sur la toile et dans les médias internationaux. D’où la présence de quelques indi­gènesaustraliens, dans ma pein­ture », dit Osama.

La peinture phare de l’exposition s’intitule Midnight parade (défilé de minuit). Elle a été créée en pleine période de pandémie, d’où une com­position instable, des créatures étranges, des dinosaures portant des masques et une girafe blanche, tuée en mars 2020 par des braconniers au Kenya… L’ensemble est trempé d’une couleur rouge orangée, celle propre au paysage du désert égyp­tien, sous le soleil et l’effet de la tempête de sable qui a frappé Le Caire, quelques jours avant le coro­navirus.

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