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La chambre du père

Alexandre Maher Jarrier, Mardi, 10 décembre 2019

La Chambre, film franco-algérien de Latifa Saïd, a remporté le prix du jury aux Journées cinématographiques de Kairouan, qui se sont déroulées du 20 au 23 novembre.

La chambre du père
La fille retrace la vie de son père, un immigré algérien, mort en France.

La Chambre de Latifa Saïd, c’est l’histoire d’un rendez-vous manqué, d’une ren­contre qui n’a pas eu lieu entre un père et sa fille. De son père algérien, qu’elle n’a presque pas connu, ce fantôme qui l’a hantée sa vie entière, Anne en cherche les contours et les traces dans la chambre du foyer qu’il a occu­pé jusqu’à sa mort. Il est long le chemin qui la mène jusqu’à sa chambre. Il est fait de colère, de doutes, de remords aussi. Certes, la mort sépare, mais elle peut rendre possible une dernière tentative de réconciliation, un début de pardon qui n’a pas pu avoir lieu avant.

Mais quel visage donner à l’absent, à celui qui était et qui n’est plus ? Comment évoquer le manque et les malentendus que le temps et la colère ont creusés si profondément ? Les objets du père que caresse Anne lui donnent un visage, des odeurs, des mots. Soudain, son père lui paraît plus proche, vivant, réel. La sobriété de la mise en scène fait écho à la pudeur des sentiments du père, de tous ces travailleurs immigrés. Des sentiments étouf­fés, qu’on a gardés pour soi. Des couleurs douces, presque éteintes, annoncent la non-relation entre Anne et son père. Un passé douloureux continue de marquer un présent encore fragile.

Ces hommes maghrébins, appelés autrefois pour reconstruire la France, ont frôlé ces murs. Ils en portent aussi sa mémoire. Pudiques, silencieux, discrets, leurs chemins ont rarement croisé les nôtres et pourtant, ils ont construit nos routes, bâti nos immeubles … Ils sont partout et nulle part à la fois. Ces hommes, qui sont-ils ? Qui étaient-ils ? Que reste-t-il d’eux aujourd’hui ?

Hommage aux immigrés

Le film de Latifa Saïd nous fait plonger dans tous ces questionnements. La réalisa­trice a tourné dans une chambre, dans un foyer de travailleurs immigrés situé dans la banlieue parisienne. Elle disposait de très peu d’espace pour nous montrer la réalité de ces hommes. D’où les points forts du film : des cadrages dans un espace très étroit et une grande maîtrise de la caméra. Le choix des couleurs et des images sobres est également en harmonie avec le scénario.

Latifa Saïd est née de parents algériens. Elle a voulu rendre hommage aux travailleurs immigrés. La Chambre a participé aux Festivals du film arabe de Fameck (France), au RomAfrica Film Festival (Italie), au Festival national de la littérature et du cinéma de la femme (Algérie), au Festival internatio­nal cinéma et migrations d’Agadir (Maroc) et à l’Aarhus Arab Film Festival (Danemark). Il vient de recevoir le prix du jury aux Journées cinématographiques de Kairouan, en Tunisie, le 19 novembre.

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