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Le cinéma européen à l’honneur

Yasser Moheb, Mardi, 29 octobre 2019

Pour sa 12e édition, le Panorama du film européen du Caire, du 6 au 16 novembre, présentera 75 films en provenance de 30 pays. Une sélection de plus en plus diversifiée.

Le cinéma européen à l’honneur
Bacurau.

A partir du mercredi 6 novembre, le Panorama du film européen du Caire proposera au public égyptien une grande sélection de films, dont certains ont été primés à l’étranger. Pour cette 12e édition, déjà, la diversité et la richesse de la programmation sont au rendez-vous.

Les plus grands réalisateurs euro­péens reconnus, mais aussi les jeunes tout aussi talentueux, s’invitent sur le grand écran pour un panorama assez complet du cinéma européen du moment.

Cette édition 2019 est marquée par l’ajout d’une nouvelle section, « Ici et là. Films sans frontières », l’une des belles surprises du panorama de cette année.

Parmi les cinq films de cette nou­velle section, Parasite du Sud-Coréen Bong Joon-ho, lauréat de la Palme d’or à Cannes 2019. Connu par ses drames sociaux souvent présentés dans des thrillers, le cinéaste construit ici, dans son 7e long métrage, une fable sociale qui alarme autant qu’elle divertit, dans une fiction éblouissante de maîtrise. Une famille au chômage, sans un sou, s’intéresse fortement au train de vie de la riche famille Park. Un jour, leur fils réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park. C’est le début d’une succession incon­trôlable d’événements, dont personne ne sortira intact.

Un film brillant, captivant et très contemporain, où le cinéaste a réussi à réunir, dans un même traitement, les publics les plus opposés. Bien plus que l’opposition entre deux classes sociales, Parasite invite à capturer la façon dont un individu tente de trou­ver sa place dans l’espace, le sien ou celui d’un autre.

Dans cette même nouvelle section, le documentaire Talking About Trees (parler des arbres) du Soudanais Suhaib Gasmelbari, sélectionné à la dernière Berlinale, sera aussi projeté. Cette oeuvre parle de quatre amis retraités, unis dans un club du film soudanais, qui ont décidé de rénover une vieille salle de cinéma à Khartoum. Dans le but de transmettre leur passion du 7e art à une population qui n’a pas pu voir de films en salle, et n’a pas accès au cinéma indépen­dant, il partent en quête d’une salle. Malgré les années d’exil et les tour­ments incessants au Soudan, leur pas­sion est restée intacte.

Les cinéphiles pourront aussi aller voir le film franco-brésilien Bacurau de Kleber Mendoça Filho, Prix du Jury à Cannes. Le réalisateur utilise dans Bacurau des images de l’histoire brésilienne. A la fin du XIXe siècle, le village de Canudos, à l’intérieur de l’Etat de Bahia, entre en résistance puis en conflit ouvert avec les pouvoirs locaux et le nouveau régime républicain brésilien. La guerre qui en résulte aboutit donc, en 1897, à l’anéan­tissement total de Canudos et à la mort de la plupart de ses habi­tants. Dans Bacurau, le village est menacé par un groupe d’Etats-Uniens participant à un jeu de « chasse à l’homme », avec le soutien d’un couple de Brésiliens du sud du pays. Le film renvoie ainsi à l’image effrontée de la population du nord-est envers une partie des habitants du sud du pays.

Un film donc de résistance, où les valeurs des habitants du village, leur sens du collectif, de l’humanité et du respect des différences, sont des armes opérant contre les envahisseurs étrangers et les politiciens locaux corrompus. Soulignons surtout le pro­pos du film absolument universel, renforçant cette métaphore de la situa­tion politique brésilienne actuelle.

Gloire, chagrins et belles images

Le cinéma européen à l’honneur
Parasite.

Autres sections, autres chefs-d’oeuvre ? Certes, puisque la section principale consacrée aux longs métrages regroupe 18 films parmi les poids lourds du cinéma européen contemporain, dont le dernier succès du matador espagnol Pedro Almodovar et le doué Antonio Banderas : Pain and Glory (douleur et gloire). Une série de retrouvailles après plusieurs décennies, certaines en chair et en os, d’autres par le sou­venir, dans la vie d’un réalisateur en souffrance, joué par Banderas, tout en jetant un clin d’oeil vers Almodovar. Ses premières amours, sa relation avec sa mère, avec la mort qui l’en­toure, et avec des acteurs avec qui il a travaillé, ce qui incarne l’impossibili­té de séparer création et vie privée.

Au menu de cette section égale­ment, le drame franco-britannique The Father (le père) joué par Anthony Hopkins et Olivia Colman. Hopkins qui a remporté un Oscar avec Le Silence des agneaux et Colman qui vient de remporter l’Oscar pour le film Le Favori. Dans The Father, le comédien vétéran y joue le rôle prin­cipal, celui d’un homme espiègle et très indépendant qui, à mesure qu’il vieillit, refuse toute aide de sa fille, Anne, campée par Colman. Pourtant, cette aide est devenue essentielle après la décision de la fille de s’instal­ler à Paris avec son partenaire. Alors que le père tente donc de comprendre l’évolution de sa situation, il com­mence à douter de ses proches, de son esprit et de la réalité elle-même.

D’une co-production islandaise-danoise-suédoise, le long métrage A White Day (une journée blanche), réalisé par Hlynur Palmason, sera parmi les films formant le bouquet cinématographique de ce panorama. Ce deuxième long métrage du cinéaste, présenté à la Semaine de la critique de Cannes, s’ouvre sur une déclaration troublante. « Quand tout est blanc et qu’on ne peut plus voir la différence entre la terre et le ciel, les morts peuvent nous parler, à nous qui sommes encore vivants ». Il s’agit de l’histoire d’un commissaire de police en congé dans une petite ville islan­daise isolée, hanté par tant d’idées : la mort tragique de sa femme et la petite possibilité qu’elle lui ait été infidèle, alors qu’il se croyait heureux en mariage. Alors qu’il se rapproche de sa fille et de sa petite-fille, ce com­missaire commence à chercher des indices sur la mort de sa femme et essaye de déceler les zones d’ombre de sa vie anté­rieure.

Sur une autre note assez proche, mais encore plus roman­tique, le public du panorama a rendez-vous avec le film franco-allemand The Most Beautiful Couple (le couple le plus magni­fique) réalisé par l’Allemand Sven Taddicken. Un thriller dramatique sur une agression sexuelle qui va amener un couple à avancer sur la corde raide qui sépare justice et ven­geance. Une vraie ode au pou­voir de l’amour comme meilleure arme pour surmonter toutes les épreuves de la vie.

D’autres premiers et seconds films pour leurs créateurs seront à découvrir dans cette cuvée 2019, surtout à tra­vers les projections de la section Mokhrégoune Saïdoune (des réalisa­teurs jaillissants) regroupant une dizaine d’oeuvres témoignant du talent prometteur de leurs réalisateurs. Et ce, en plus des autres sections du pano­rama : Séances spéciales, Films pour les enfants et la famille, Carte blanche et celle des Documentaires.

Pour cette 12e édition, le programme complet du panorama se déroulera dans les locaux de Zawya, à la salle de cinéma Karim et au cinéma Zamalek, en plus de la salle du cinéma Amir à Alexandrie, du cinéma Dina à Ismaïliya, avec aussi la projection de certains films dans les villes d’As­siout, de Damiette, de Mansoura, de Minya, de Qéna et de Zagazig.

Dix jours donc de découvertes ciné­matographiques européennes, de ren­contres artistiques, de films qui enri­chissent et qui parfois nous interro­gent ; bref, du cinéma de qualité pour un public exigeant et fidèle.

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