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Louqsor, capitale du cinéma africain

Saad El-Qersh, Mardi, 26 mars 2019

La 8e édition du Festival du cinéma africain vient de prendre fin à Louqsor. Tour d’horizon de ses multiples projections et activités.

Louqsor, capitale du cinéma africain

C’est en 2011 qu’est né le rêve d’un festival égyptien sur le cinéma africain. Ce rêve est devenu réalité grâce à la création de l’association à but non lucratif Shabab Al-Fannanine Al-Mostaqelline (jeunes artistes indépendants), qui a lancé le Festival du cinéma africain de Louqsor. Sous l’initiative de Sayed Fouad et de Azza Al-Husseiny, la première édition du festival a eu lieu en février 2012.

Louqsor, capitale du cinéma africain
The Burial of Kojo.

A l’heure de sa 8e édition qui a eu lieu du 15 au 21 mars, le festival a gagné en maturité. Cette édition s’est caractérisée par une diversité d’activités et de participants, tous sous le charme de la magie du septième art. Les thèmes même abordés sont allés au-delà des limites du continent africain. La ville de Louqsor, riche en monuments, s’est transformée en un lieu d’interaction entre artistes de tous bords. Les journées du Festival de Louqsor ont ainsi offert aux visiteurs et aux habitants de la ville la possibilité de visionner des films dans 5 endroits différents : la salle de conférence, la bibliothèque nationale, le palais de la culture, l’arène de la mosquée Sidi Aboul-Haggag, en face du temple de Louqsor, et le théâtre en plein air de l’Université de Ganoub Al-Wadi.

Emad Abou-Ghazi, ministre de la Culture en 2011, s’était montré enthousiaste quant à la tenue de plusieurs activités culturelles loin de la capitale et des méandres bureaucratiques des institutions officielles. Heureusement aussi, le festival a survécu aux troubles de la période post-révolutionnaire. Il continue en quelque sorte à incarner le rêve du changement, grâce à la détermination de ses organisateurs et de son président honorifique, le comédien Mahmoud Hémeida.

La 8e édition, qui vient de s’achever, s’est tenue sous le slogan « Cinéma … Autres vies ». Les films participants étaient répartis en 5 compétitions, soit les longs métrages, les courts métrages, les documentaires, les films d’étudiants de cinéma et les films sur la liberté, section dédiée à la mémoire du feu journaliste, Al-Husseiny Abou-Deif, mort d’une balle dans la tête en 2012 pendant des accrochages post-révolutionnaires.

Louqsor, capitale du cinéma africain
Moubaraka (la guérisseuse).

Hors compétition ont été projetés des films du Rwanda, du Congo, du Cameroun, du Nigeria, de la Tunisie, d’Algérie, du Maroc et d’Egypte. Le cinéma tunisien était à l’honneur cette année. Du coup, six films tunisiens représentant divers courants et générations étaient au programme, dont Le Silence des palais, de Moufida Tlatli, Sondouq Al-Agab (la boîte des merveilles), de Réda Bahi, et Néhebbak Hadi, de Mohamad Attiya. Le festival a également honoré la productrice tunisienne Dorra Bouchoucha, la comédienne soudanaise Fayza Amssib et les acteurs égyptiens Asser Yassine et Lébléba, ainsi que le réalisateur Omar Abdel-Aziz.

Les fans de documentaires et de courts et longs métrages ont eu droit à une riche sélection de films, qui les a plongés dans les traditions et le patrimoine du continent noir. Et ce, loin de la banalisation du réalisme magique propre à l’Afrique et des clichés. Un monde encore plus ou moins à l’état vierge. C’était le cas à différentes doses dans le cinéma marocain à travers le film Moubaraka (la guérisseuse), du réalisateur Mohamad Zineddine, et du long métrage tunisien Gazala (gazelle) de la réalisatrice Hagar Nafzi.

Louqsor, capitale du cinéma africain
Hoqoul Al-Horriya.

Le niveau du film ghanéen projeté lors de la cérémonie d’ouverture The Burial of Kojou, écrit par Blitz Bazawule, était en deçà des autres films importants de la sélection des longs métrages. Il était en compétition avec dix autres films du Ghana, du Mozambique, d’Afrique du Sud, du Maroc, d’Algérie, de Tunisie et d’Egypte. La compétition des longs métrages réunissait des travaux remarquables tels que Hoqoul Al-Horriya réalisé par la Libyenne Naziha Oreiby, qui propose une lecture approfondie de l’actualité de la Libye après Kadhafi. Le réalisateur sénégalais Abdallah Fall a abordé le dossier épineux de la migration clandestine vers les pays européens, dans son film Migrants. Sans généraliser, le film relate l’itinéraire d’environ un million de Sénégalais qui ont pu, pour la plupart, accéder difficilement aux rives nord de la Méditerranée, mais qui sont devenus par la suite des laissés-pour-compte en Europe.

Drames syriens

Louqsor, capitale du cinéma africain
Taub Al-Ira.

La situation désastreuse en Syrie s’est imposée à travers deux films projetés dans la section Films sur la liberté, soit Taub Al-Ira, de Line Al-Fayçal, et Beit Al-Nahreine (la maison des deux fleuves) de Maya Mounir. La sensibilité des réalisatrices confère une dimension très humaine au drame vécu par le peuple syrien. Dans Taub Al-Ira, la grand-mère, Sousou, se trouve obligée de quitter Damas après la fuite de ses enfants à la recherche de sécurité. Elle part vivre avec la famille de sa fille à Dubaï. Mais le sentiment de sécurité ne peut guère effacer sa nostalgie pour son pays natal, ravagé par la guerre.

Les événements du film La Maison des deux fleuves se déroulent à Damas. Les principaux protagonistes, Salam Al-Zoheiri et son épouse, sont des adeptes du mandéisme, religion qui vénère Jean Le Baptiste et qui interdit l’utilisation d’armes, même pour se défendre. Ils abandonnent l’Iraq pour s’installer à Damas en 2004, à la suite de l’invasion américaine en Iraq en 2003. Al-Zoheiri, un sculpteur, pensait pouvoir rentrer au bout d’un an en Iraq, mais il se rend compte que son sort est de plus en plus lié à Damas. C’est là qu’il a eu deux enfants avec sa femme, avant de se convertir au sabéisme et devenir un homme de religion. Il ne perd ni son sourire, ni son espoir de retourner dans son pays natal. Il ne perd pas non plus sa nostalgie pour la sculpture, mais n’arrive pas à concilier sa vocation d’artiste et son nouvel engagement religieux. Sa fille, qui est plutôt de tendance laïque, engage des dialogues profonds avec son père. Le film a reçu le prix de la meilleure participation artistique.

Le festival de Louqsor a lancé aussi un clin d’oeil au Festival du film arabe de Malmö (Suède), en organisant « une soirée spéciale Malmö », qui a commencé par une allocution du président de ce dernier, Mohamad Queblawi, qui a salué la coopération entre les deux festivals, lancés presque en même temps. Vers la fin de la soirée a été projeté le film palestinien Wajib (devoir) de la réalisatrice Anne Marie Jacir, avec les comédiens Mohamad Bakri et Saleh Bakri.

De nombreux ateliers

Au moment du lancement du Festival de Louqsor, le réalisateur éthiopien résidant aux Etats-Unis, Haile Gerima, s’était porté volontaire, avec son équipe, pour diriger l’atelier de scénario et de réalisation de courts métrages, auquel prennent part les étudiants de diverses écoles de cinéma ainsi que de jeunes réalisateurs africains. En 2018, c’est le réalisateur égyptien Khaïry Bichara qui a pris la relève. Puis, cette année, la réalisatrice franco-égyptienne Gihane El-Tahry s’en est occupée en aidant à développer six projets de documentaires.

Le festival a également organisé plusieurs ateliers de formation artistique : un atelier de scénario animé par Nasser Abdel-Rahmane, un atelier d’acteurs animé par Mohsen Sabri, un atelier de cinéma indépendant animé par Ahmad Rachwan, un atelier de mise en scène théâtrale animé par Gamal Sabet, un atelier d’animation par Shewikar Khalifa et un atelier d’arts plastiques animé par Mohamad Abla, pour les enfants de 6 à 12 ans.

En outre, tout au long de l’année, la direction du festival gère un club pour le cinéma africain. Il s’agit d’une rencontre hebdomadaire qui a eu lieu au Caire, précisément au centre Hanaguer, dans l’enceinte de l’Opéra, ainsi que dans les gouvernorats d’Alexandrie et de Qéna. En effet, depuis son lancement, le festival s’est doté d’un large éventail de films africains sous-titrés en arabe. Cela fait partie intégrante de sa mission, qui vise à répandre une meilleure connaissance du cinéma africain et de la culture du continent noir en général.

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