Faïçal Baltyuor, président du Saudi Film Council.
La carte des festivals de cinéma arabes a connu un net changement en 2018, qui a été induit par l’annonce de l’arrêt du Festival international de Dubaï au bout de 14 ans d’activité. Le vide laissé par cet événement cinématographique majeur sur les plans artistique et financier a permis à d’autres festivals — dotés également d’un statut international — de se profiler, comme celui du Caire, ou de prendre son envol, comme celui de Gouna, lancé en 2017. Ces deux derniers semblent avoir de belles perspectives devant eux. En effet, le festival de Gouna a pu s’attirer les plus importantes productions de l’année, en l’absence de Dubaï, qu’il s’agisse de films arabes ou étrangers. De même, le Festival du Caire a profité de la situation pour élargir son éventail, en offrant plusieurs premières de films égyptiens, contrairement aux 5 dernières éditions.
A l’ombre de la disparition du marché du film de Dubaï, organisé normalement en marge de son festival, et du recul du rôle du Doha Film Institute, les deux festivals égyptiens ont pu développer leurs plateformes de production et de distribution, à savoir CinéGouna et Cairo Film Connection, en présence de cinéastes et de représentants de sociétés de production.
En Europe, le Festival du film arabe de Malmö (Suède) a constitué un autre important lieu de rencontre, regroupant sur son marché créateurs et pourvoyeurs de fonds. Son influence a dépassé celle du festival de l’Institut du monde arabe à Paris, qui a perdu de son éclat après sa suspension et sa reprise. Celui-ci a été heureusement sauvé par la projection du film à succès de la Libanaise Nadine Labaki, Capharnaum.
Ce film, considéré par les spécialistes comme l’une des meilleures productions arabes de l’année, n’a pas été projeté dans les festivals arabes, hormis celui de Marrakech, qui s’est terminé le 8 décembre. Depuis sa création en 2001, celui-ci est un carrefour de rencontres pour les professionnels du cinéma, même si cette 17e édition a été un peu plus terne que prévue. En revanche, le premier Festival du film arabe de Casablanca, tenu du 10 au 15 décembre et lancé par l’animatrice de télévision Fatima Nouali Azar, a brillé de mille feux. Un coup d’envoi réussi, qui laisse prévoir un bel avenir. Une seule compétition pour les longs métrages de fiction, une section pour les hommages et un panorama dédié au cinéma marocain — cela a suffi pour garantir un succès qui ira grandissant, si le niveau est maintenu lors des prochaines éditions.
Un grand engouement
Le poster du Festival de Casablanca était inspiré d’un film classique du cinéma égyptien, soit Ayamna Al-Helwa (nos beaux jours, 1955) de Helmi Halim. Au cours de cette première édition également, la direction du festival a rendu hommage au réalisateur égyptien Khaled Youssef, et le scénariste égyptien Tamer Habib a fait partie du jury, présidé par le réalisateur algérien Ahmed Rachedi.
Les salles de projection, qui ont affiché complet durant les festivals de Gouna, du Caire, de Malmö, etc. ont montré que l’engouement du public n’est plus réservé seulement aux Journées cinématographiques de Carthage. D’autres événements arabes ont pu attirer un public assez large, affirmant que le monde arabe abonde de cinéphiles.
Les films primés dans ces festivals ont été par la suite projetés commercialement dans les salles obscures. On a dû profiter de la bonne publicité qui leur a été faite durant les festivals pour réaliser quelques profits. Et cela a été sans doute à l’avantage des spectateurs ordinaires, qui ne sont pas forcément des festivaliers. Du coup, l’hiver a été une belle saison pour les films arthouse.
La surprise de cette année a été la présence internationale plus intense de Faïçal Baltyuor, président du Saudi Film Council, dans tous les festivals arabes. Le Saudi Film Council se prépare à se lancer dans le domaine de la coproduction, dit-on. D’ailleurs, l’Arabie saoudite a tenu son premier pavillon au Festival de Cannes. Et les bruits courent autour de la tenue d’un premier festival cinématographique, à Jeddah, en 2020. Les détails de ce festival ne sont pas encore connus, et plusieurs questions planent sur le rôle à venir des instances de la censure dans la monarchie pétrolière.
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