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Un peu de suspense, beaucoup de carences

Yasser Moheb, Mardi, 11 décembre 2018

Dans son nouveau film d’auteur Garimat Al-Imobiliya (crime de l’immeuble Imobiliya), le réalisateur Khaled Al-Hagar rend visite à une ancienne bâtisse du centre-ville cairote, à travers un psychodrame à la sauce polar.

Un peu de suspense, beaucoup de carences
Un immeuble riche en histoires, qui raconte peu de choses.

Après avoir remporté l’adhésion du public avec les deux psycho­drames Al-Chauq (la nostalgie) et Haram Al-Gassad (sainteté de la chair), le réalisateur Khaled Al-Hagar a décidé de continuer sur la même voie avec Garimat Al-Imobiliya (le crime de l’im­meuble Imobiliya). Il a tenté de faire de son mieux, mais beaucoup reste à dire sur le résultat.

L’oeuvre, qui vient de représenter l’Egypte au Festival du film de Marrakech, relate l’histoire d’un écrivain, Kamal Hélmi, inter­prété par Hani Adel, qui vit dans l’immeuble Imobiliya au centre-ville du Caire pendant les années 1940. Dévoré par la solitude à la suite de la mort de sa femme et du départ de ses enfants, il invite chez lui une jeune fille, Samah, campée par Nahed Al-Sébaï, dont il vient de faire la connaissance. Toutefois, il commence à rencontrer de nouveaux pro­blèmes encore plus compliqués, surtout au lendemain d’un crime qui a lieu dans l’un des appartements de l’immeuble, et à travers lequel il découvre de nouvelles vérités sur Samah.

Dans cette histoire, l’espace dramatique, le lieu, joue le rôle de l’unificateur des pro­tagonistes et de nombreux événements. Construit en 1938 dans l’un des plus beaux quartiers du Caire par le millionnaire Ahmad pacha Abboud, l’immeuble Imobiliya reste un joyau architectural qui a accueilli en son temps tout ce que l’Egypte comptait de personnalités et de célébrités.

Prenant ce bâtiment historique comme un simple espace fictif, c’est vouloir aussi abor­der tous les maux humains possibles. Le cinéaste tente d’être exhaustif en choisissant un lieu qui lui permet de dire tant de choses. Mais il finit par ne pas dire grand-chose. D’abord, il a voulu peindre l’amertume du sentiment de la solitude, puis le croisement des destins, pour arriver ensuite à un crime et à des tas de suspects. Un pêle-mêle drama­tique ascendant, mais qui manque de chaleur.

Au fond, l’immeuble Imobiliya, toujours debout, est le lien entre le passé et le présent des personnages et leur psychologie qui change au même rythme que leur entourage. Si le film commence par tailler un portrait du héros, l’oeuvre diverge ensuite rapidement vers une intrigue assez classique. Visant, selon son auteur, à « discuter profondément le for intérieur des personnages et leurs conflits, au sein d’un lieu clos comme le monde où ils vivent », le film passe malheureusement à côté de son sujet. La formule finale ne sauve pas l’idée du film, où la trame ne cesse de s’étaler en long et en large avec des protagonistes qui ne cessent de se croi­ser sans synergie dramatique bien claire. Résultat : le film stagne au niveau du récit et accumule des détails souvent gratuits. Il y a beaucoup de va-et-vient d’un person­nage à l’autre, sans qu’aucun possède la même force. De quoi laisser un goût d’ina­chevé.

Casting frais, mais sans originalité

Au niveau de l’action, sans grande peine, Hani Adel a réussi à se montrer plus accompli artistiquement, mais sans aucune surprise. Succès habituel, ou presque, pour Nahed Al-Sébaï qui, en jouant sur les côtés féminins de son personnage, nage dans ses mers préférées sans rien de neuf, sur les deux plans, visuel et fictif. Quelques seconds rôles bien francs, comme celui de Tareq Abdel-Aziz, à titre d’exemple, per­mettent de sauver une poignée de scènes.

Mais, malgré ses points faibles, on sent que des efforts ont été déployés pour que le film soit aussi soigné que possible, notam­ment au niveau de la production, cosignée Khaled Youssef, de l’image, conçue par l’Espagnol Néstor Calvo derrière la camé­ra, et de la bande musicale de Khaled Dagher.

Al-Hagar, en tant que réalisateur, parvient tout de même à imposer son rythme posé à l’ensemble du film. Il a tiré le maximum de ce qu’il pouvait de son propre travail de scé­nariste. Dommage que ce dernier travail com­porte tant de carences.

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