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L’ouragan islamiste

Dalia Chams, Mardi, 16 octobre 2018

A 74 ans, le cinéaste algérien Merzak Allouache signe son 5e film sur l’islamisme. Vent divin, finalisé en juillet dernier, a été donné en avant-première arabe au Festival de Gouna.

L’ouragan islamiste
Vent divin, une histoire de mort ou de mort.

Le noir et blanc est un peu austère, tout comme la vie des personnages. Amine (Mohamed Oughlis) passe le plus clair de son temps à réciter le Coran et à faire la prière, dans un petit village saharien. Et ce, bien avant l’arrivée de Nour (Sarrah Layssac), une djihadiste qui était en Syrie et qui est venue exprès pour préparer avec lui un attentat dans une raffinerie de pétrole algérienne. On ne sait pas ce qu’ils ont vécu par le passé, mais nous les suivons les jours qui précèdent leur opération suici­daire.

La femme s’impose en chef et traite Amine comme un soldat de rang inférieur. Ils atten­dent que d’autres membres de Daech leur apportent les explosifs nécessaires à leur mis­sion. Entre-temps, le jeune homme s’éprend de sa compagne mystérieuse, souvent en proie à des cauchemars. Cette dernière n’est pas non plus insensible à son charme, et le réalisateur Merzak Allouache imagine qu’une chose doit absolument se passer entre eux. Ils finissent par faire l’amour avant de se dire adieu. Peut-être une manière de leur faire subir la tentation, de leur attribuer une dimen­sion humaine, même si peu convaincante. Car deux kamikazes qui veulent aller droit au paradis commettront-ils le péché de succom­ber à un dernier plaisir charnel ? Pensaient-ils par moment tout laisser tomber ?

« Normalement, pour ce genre d’incident, nous avons très peu d’informations sur les auteurs d’un attentat suicide. Nous avons quelques nouvelles concernant leur acte, mais rarement d’informations sur leur vie ancienne. J’ai voulu travailler sur quelques moments de leur vie, montrer quelques contradictions. J’ai pris des libertés par rap­port à la réalité. J’ai raconté ce que j’ai voulu raconter », a précisé Allouache lors d’une projection-débat qui a eu lieu au Festival de Gouna, où le film a été donné en avant-première arabe. Et ce, après avoir par­ticipé à la compétition officielle du Festival international du film de Toronto en sep­tembre.

Promesse paradisiaque

Il s’agit du 5e film du cinéaste algérien Merzak Allouache sur la thématique de l’isla­misme, après Bab El-Oued City, L’Autre monde, Le Repenti et L’Enquête au paradis, une docu-fiction également en noir et blanc. Dans ce film, Allouache avait fait son enquête sur la vision que les gens ont du paradis. Il a voulu parler de l’imaginaire de tous ces combattants qui veulent rejoindre ce paradis, utilisé depuis quelque temps à des fins politiques. Mais son dernier long métrage, Vent divin, n’a abordé ni la foi des kamikazes en l’idée, ni l’impact de la propa­gande islamiste via Internet. Il n’a pas non plus réussi à disséquer la psychologie d’un kami­kaze, même si le titre du film Vent divin signifie kamikaze en japonais. Car si aujourd’hui un kamikaze est l’auteur de sa propre fin, cette notion date de la Deuxième Guerre mondiale, durant laquelle des soldats japonais se sont sacrifiés à bord de leurs avions en plongeant sur des navires de guerre.

Or, l’apparition du mot « kamikaze » ou « vent divin » en japonais remonte à encore plus loin, précisément au XIIIe siècle. Les Mongols ont voulu élargir leurs frontières, alors leur armée s’est attaquée à l’île de Kyushu. La nuit, un typhon appelé « vent divin » ou « kamikaze » a détruit la flotte mongole et a ainsi défendu la terre sacrée des Japonais.

L’origine recherchée du titre du film, chargé d’images et de symboles, ne s’étend ni à l’ana­lyse des personnages, ni aux sentiments dépeints. Le réalisateur ne montre pas assez le cheminement psychologique d’un kamikaze vers la mort. Nous ne voyons pas vraiment ce qui peut bien se passer dans la tête d’un kami­kaze au moment où il passe à l’acte. Pense-t-il détenir la vérité absolue ? Voit-il plutôt ce qui vient après l’acte de mourir ? La focalisation psychologique lui permet-elle de dépasser la peur ? Est-ce un révolté à la base ou un écorché vif ? Souffre-t-il d’une humiliation, de non-reconnaissance ? La certitude de la foi a-t-elle mis un terme à ses tortures psychiques ?

Nous restons sur notre faim, même si nous remarquons la différence de la construction des personnages. Tous les deux sont perturbés, mais Amine a l’air plus faible, moins convain­cu. La femme est plutôt une meneuse d’hommes. Elle est inspirée du profil d’une vraie combattante connue sous le nom de Nora la Française. D’origine algérienne, celle-ci a recruté plusieurs jeunes hommes à Grenoble et s’est fait exploser à Adrar, au Maroc. Allouache ne se sent aucunement dans l’obligation de tout expliquer, ni raconter. « Quand je tourne un film, ce n’est pas une série TV ou un talk show où l’on doit tout expliquer », répond-il à ceux qui ont voulu en savoir plus sur ses per­sonnages. Il a sans doute raison, n’empêche que les traits des deux kamikazes demeurent flous et peu subtils.

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