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Khan, l’enfant terrible du cinéma arabe

Ramla Ayari, Mardi, 24 juillet 2018

Khan, le mentor, dernier film-documentaire du réalisateur égyptien Ahmed Rashwan, a été projeté récemment à l’Institut du monde arabe, à Paris, dans le cadre du Festival des cinémas arabes. Rashwan y rend hommage à celui qui a été, et continue d’être, son maître.

Khan, l’enfant terrible du cinéma arabe
Ahmed Rashwan avec Khan, le maître.

Comment évoquer l’enfant terrible du cinéma arabe en 53 minutes ? Quels aspects de la personnalité du plus égyptien des réalisateurs arabes mettre en avant ? Quels faits, quelles anecdotes choisir pour parler du chef de file de la génération des années 1980 du cinéma égyptien ? Dans le film documentaire consacré à Mohamad Khan, décédé en 2016, le réalisateur Ahmed Rashwan a privilégié un axe, soit celui de la relation le liant lui-même à celui qu’il considère à la fois comme son « maître et son père spirituel », tout en plaçant celle-ci dans les constellations relationnelles khaniennes. Commençant son oeuvre par une séquence dans laquelle son mentor marche au coeur du Caire, sur la Place Tahrir, Rashwan resitue le héros du documentaire dans le contexte qui lui était si cher — le centre-ville de la capitale égyptienne.

En effet, Khan n’a cessé de filmer ce West Al-Balad (centre-ville), comme s’il s’était donné pour mission d’archiver les images, par le biais de la fiction, d’une ville en mutation. Le Caire, celui de Khan, c’est celui des années 1970 jusqu’au début des années 2000. C’est cette ville en effervescence continue, avec ses quartiers populaires, ses quartiers bourgeois et ses quartiers paupérisés qu’il met en avant. Ce sont les ponts du Caire, ses rues et ses ruelles, ses immeubles, que Khan filme avec le pressentiment que, bientôt, ils ne seront plus.

Khan tournait au Caire, à l’extérieur et non pas en studio. Il captait sur pellicule la ville, ses embouteillages, ses mouvements, sur le vif, saisissant les images de la manière la plus authentique qui puisse être. Mais ce sont surtout les personnes, les Cairotes, les Egyptiens, à la personnalité si simple et si complexe à la fois, qu’il met en scène. Comment ne pas évoquer « Farès », s’interroge Ahmed Rashwan dans son film ? Farès est le prénom qui apparaît d’abord à Alexandrie pour désigner le héros de L’Oiseau sur la route (1981), puis celui du personnage qui apparaît dans Le Joueur de rues (1983) et qui est, enfin, attribué au personnage principal du Chevalier de l’asphalte (1991), les deux derniers films ayant pour cadre principal Le Caire.

Fraîcheur et mélancolie

Comment ne pas évoquer les femmes ? La femme égyptienne pour laquelle Khan avait une profonde tendresse et un immense respect. Celle issue de la classe populaire, apportant avec elle dans le film un vent de fraîcheur et de jeunesse, malgré les difficultés de son quotidien, comme les personnages de Hind et de Camélia dans Les Rêves de Hind et de Camélia (1988), ceux de Joumana et de Yasmine dans Les Filles du centreville (2005), celui de Nagwa dans Dans l’Appartement d’Héliopolis ou, plus proche chronologiquement, celui de Hyam dans La Fille de l’usine (2013). Ces personnages féminins-là contrastent avec les femmes qui apparaissent dans les autres films de Khan, où le chef de file du cinéma réaliste égyptien brosse le portrait de la femme bourgeoise. Celle-ci apparaît bien plus grave et plus mélancolique, écrasée par les codes de sa classe sociale. Tel est le rôle campé par la sublime Soad Hosni dans Rendez-vous à dîner (1981) ou celui de Mervat Amin dans L’Epouse d’un homme important (1988). Dans Khan, le Mentor, Rashwan évoque Khan, le réalisateur, avec qui il a travaillé comme deuxième, puis comme premier assistant. Il revient sur le lien humain et professionnel qui les unissait et les unit encore. Mais il filme aussi les témoignages des collaborateurs les plus proches de Khan, à l’instar du directeur de la photographie Saïd Shimi, du scénariste Bashir Al-Dick ou encore de la réalisatrice Nesrine Al-Zant. Wessam Soliman, l’épouse de Mohamad Khan et scénariste de plusieurs de ses films, apparaît également dans le documentaire de Rashwan pour souligner ce que tous les autres témoins ont évoqué : l’humanité de Khan et sa passion pour son travail. Dans sa narration, Ahmed Rashwan rend hommage à celui qui a été, qui est et qui continuera d’être son maître. Khan, le Mentor est sans doute l’un des plus beaux signes de reconnaissance qu’un disciple puisse donner à son maître. Un signe d’amour aussi.

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