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La raison du plus fort n’est pas la meilleure

Yasser Moheb, Mardi, 04 juin 2013

Le duo Khaled Al-Sawi et Khaled Saleh n'est pas parvenu à sauver le premier long métrage du jeune réalisateur Mohamad Moustapha. Al-Harami wal-abit (le voleur et l’idiot) mélange le réel à un zeste comique, sans grande originalité.

la raison
Khaled Al-Sawi, un homme de main.

Il y a des films comme celui-ci qui passeraient totalement inaperçus sans la présence de comédiens « bankables » en haut de l’affiche. Ici, c’est le duo Khaled Al-Sawi et Khaled Saleh qui donne au long métrage une ampleur, peut-être pas méritée.

Salah Rossi — Khaled Al-Sawi — est un baltagui (homme de main) connu dans son entourage pour sa force et son obstination. Il aime Nahed — jouée par Roubi — sa voisine, la jeune infirmière, qui essaie de le convaincre pour qu’ils se marient et bâtissent leur foyer de rêve. Dans leur ruelle, vit également le vagabond Fathi — Khaled Saleh — ce majzoub (fou) est rejeté par la plupart des habitants de la rue. Il reste expulsé jusqu’au jour où Rossi perd l’un de ses yeux dans une bagarre. Il tente alors de profiter de l’insanité de Fathi pour lui voler son oeil. Alors, ce qui ne devait être qu’une plaisanterie cruelle se transforme vite en une histoire et ouvre un nouveau chapitre dans la trame du film : le trafic des organes.

Même si l’histoire est originale sur le papier, avec des décors, de l’ambiance et des personnages qui semblent profonds, tout le reste laisse à désirer. Certains événements paraissent peu crédibles, faisant basculer les scènes dans l’action, ensuite dans le romantique ou dans le méditatif, avec des détails clichés.

Bien que l’oeuvre opte pour le réel emballé de comédie, l’ensemble s’avère parfois plat et fade. Comme si on avait ramassé des idées par-ci et par-là, pour les tricoter dans un même tableau. La souffrance quotidienne des marginalisés, la philosophie des hommes de main, la déchirure interne du truand entre sévérité et romantisme, le monde des majazib (fous), la loi de la forêt, les trahisons complexes et les châtiments divins ... Toutes ces idées sont bouclées dans une même histoire de 100 minutes. Néanmoins, plusieurs idées et questions dramatiques restent sans réponses et sans explication dramatique.

Les deux protagonistes Salah et Fathi comme Salah et Nahed ont une certaine alchimie, mais on peine réellement à croire à leur couple, même s’ils s’en sortent bien. C’est la faute à un film qui se dissipe entre drame, comédie et romantisme, sans traiter profondément l’un ou l’autre de ses aspects.

Comédiens prépondérants

Le personnage de Rossi débute le film de manière directe, en s’adressant à la caméra, tutoyant le spectateur et présentant l’ambiance générale. Il est le plus gâté de tous : ivrogne, autodestructeur et énigmatique, par contre Fathi, campé par Khaled Saleh, reste le plus attirant sur le plan visuel. C’est le prototype de l’homme opprimé, qui porte le poids du monde sur ses épaules.

Le film joue alors sur ces deux tableaux, se voulant profond mais est trop éparpillé et diffus. Puis la fin arrive trop morale, à la Dostoïevski !

Le scénariste Ahmad Abdallah montre simplement une image clichée des personnages tous déconcertés, haletants, ennemis et caricaturaux.

L’histoire, creuse en gros, aurait pu être un bon moyen pour des situations plus riches et plus profondes. Le film oscille entre moments sérieux et humoristiques, mais hélas souvent on ne sait sur quel pied danser.

Côté interprétation, c’est le tandem Al-Sawi-Saleh qui réussit en fait à attirer l’attention. Il paraît bien clair que le désir de présenter des rôles différents les domine tous deux : une hantise qui les pousse parfois au style d’interprétation exagéré, voire théâtral.

Enfin, la réalisation donne un sentiment d’inachevé, malgré les bonnes intentions. Mohamad Moustapha signe avec ce film son premier long métrage, après trois télé-feuilletons.

Conscient de diriger deux comédiens d’un certain rang, le jeune réalisateur fait parfois monter la pression en réglant des assemblages ou des contradictions visuelles, des jeux de couleurs, des compositions de plans parfois sans grande valeur esthétique.

Toutefois, une note spéciale peut être adressée au chef de la photographie, Ihab Mohamad Ali, ainsi qu’au compositeur Amr Ismaïl pour sa bande musicale, qui vient servir des sentiments et des idées assez bouleversés.

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