Dimanche, 26 mai 2024
Al-Ahram Hebdo > Arts >

Déconstruire pour reconstruire

Névine Lameï, Lundi, 23 avril 2018

Le jeune sculpteur Mohamad Abdallah expose, à la galerie Machrabiya, des formes métalliques abstraites. Ressemblant à des carcasses d’insectes ou d’animaux ou à des créatures spatiales qui se dressent dans le vide, elles ont de quoi interpeller les visiteurs.

Déconstruire pour reconstruire
Des formes métalliques libres qui se dressent dans le vide.

Mohamad Abdallah aime donner à ses sculptures une nouvelle étiquette « Art et construction » pour les distinguer d’autres pièces plus traditionnelles du genre. Il entend développer un nouveau concept, reposant sur l’usage de nouveaux matériaux et techniques, qu’il révèle dans sa dernière exposition à la galerie Machrabiya. Sous le titre Surfaces virtuelles, il expose des sculptures en métal très modernes et aux traits réduits. Des barres de fer inoxydables avec un revêtement polymère coloré — rouge, vert, jaune, blanc, etc.

Abdallah crée des formes sculpturales diverses et évocatrices, qui s’intègrent admirablement dans l’espace où elles sont installées, établissant un profond dialogue avec leur entourage. « Le labyrinthe chaotique que l’on trouve dans mes sculptures, réalisées à l’aide de barres en fer, est à la fois contrôlé, ordonné et cohérent, même si l’ensemble peut paraître chaotique. Ce côté labyrinthique nous pousse à nous interroger quant à notre place dans ce monde », lance Mohamad Abdallah, qui transforme le métal, cette matière qui lui est chère, en un vif élément revêtant des formes végétales, animales ou autres assez abstraites, que tout un chacun peut interpréter à sa guise.

Les sculptures d’Abdallah sont dessinées sous forme de croquis, ensuite exécutées sur maquette, puis travaillées à l’aide de plaques d’acier, selon la forme désirée. Et ce, après un long travail d’assemblage et de soudure. Une fois la structure finale atteinte, Abdallah place ses barres de fer autour des plaques en acier pour préciser les contours de sa sculpture. Il enlève ensuite la plaque en acier pour ne laisser que les barres en fer sous la forme d’un animal, d’un insecte ou autres, qui se dresse dans le vide.

Cette forme est alors aérée, telle une carapace qui se détache dans l’air. « Je cherche à déconstruire les formes, d’où l’appellation : déconstructivisme, ce mouvement artistique particulier à l’architecture qui a trouvé son nom dans celui du mouvement littéraire de la déconstruction. Celui-ci assume pleinement la rupture avec l’histoire, la société, les traditions techniques et figuratives. Il en est de même pour mes sculptures. Les espaces vides, aérés, aux lignes épurées dans mes sculptures leur permettent de respirer et de laisser pénétrer la lumière. Je suis un sculpteur qui aime se jeter dans le vide pour provoquer la réflexion, l’imagination et le questionnement », explique Abdallah, dont les sculptures semblent avoir les pieds sur terre.

Elles possèdent des points de résistance qui l’attirent au sol. « Mes sculptures s’inspirent des échafaudages métalliques. Ceux-ci, traités par galvanisation à chaud, permettent aux ouvriers sur les gros chantiers de construction et de maçonnerie de mieux s’accrocher et d’augmenter leur résistance. Il en est de même pour mes sculptures stables, destinées à être placées dans un contexte urbain, tout en restant en harmonie avec leur environnement », souligne Abdallah.

Insectes fascinants

Les sculptures de Mohamad Abdallah ressemblent à des pièces d’un jeu que l’on doit chercher à regrouper et reconstruire. L’artiste sait redonner une deuxième vie aux métaux, particulièrement au fer, en le transformant en un chef-d’oeuvre esthétique. Voici tout un monde absurde, composé de créatures abstraites ou spatiales, d’insectes géants et d’animaux sauvages qu’il anime par ses sculptures. Munies d’ailes légères, d’antennes agiles, avec de longues et minces pattes stables, ces créatures ont quelque chose de fantasmagorique. « L’univers des animaux et des insectes est particulièrement fascinant et mystérieux. Il ne faut pas croire que le monde humain est supérieur à celui des animaux. Dans mon exposition Surfaces virtuelles, l’homme est l’animal qui doit se reconnaître en tant qu’être humain pour le devenir vraiment et développer ses facultés humaines par rapport à son côté animal », conclut Abdallah .

Surfaces virtuelles, de Mohamad Abdallah, à la galerie Machrabiya. Jusqu’au 17 mai, de 10h à 21h (sauf le vendredi). 8 rue Champollion, centre-ville.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique