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Walid Aouni : La nouvelle version d’Icare est plus égyptienne et plus proche de l’actualité arabe

May Sélim, Lundi, 02 avril 2018

Pour célébrer le jubilé d’argent de la Troupe de danse contemporaine de l’Opéra du Caire, son fondateur, le chorégraphe et metteur en scène libanais Walid Aouni, présente une nouvelle version de son spectacle La Chute d’Icare, donné en 1993, le liant davantage à l’actualité.

Walid Aouni
Aouni avec les membres de la Troupe de danse contemporaine pendant les répétitions. (Photo : Bassam Al-Zoghby)

Al-Ahram Hebdo : Pourquoi avez-vous choisi de reprendre La Chute d’Icare et d’en faire une nouvelle version 2018 ?

Walid Aouni : Cette année marque le 25e anniversaire de la Troupe de danse contempo­raine de l’Opéra du Caire. J’ai fondé cette troupe en 1993, et l’ai appelée à l’époque la Troupe de danse-théâtre. La Chute d’Icare était alors notre toute première production. Après 25 ans, j’ai voulu reprendre le même spectacle, jugé trop abstrait et expérimental à l’époque. Lors de sa présentation dans les années 1990, le spectacle a suscité beaucoup de controverses, de quoi avoir donné l’impres­sion que la danse-théâtre ne serait jamais appréciée en Egypte. Mais quand même la troupe a continué à exister.

Ma chorégraphie actuelle propose une relec­ture du mythe gréco-romain. J’ai longtemps pensé à ce personnage mythique et ses rêves de voler vers le soleil, à sa philosophie et com­ment l’exprimer par la danse.

Le premier spectacle, datant de 1993, était interprété par Nancy et Karim Al-Tounsi, Noura Amin, Samia Allouba et d’autres. En 2018, je travaille avec une nouvelle généra­tion. J’ai gardé presque toute la chorégraphie et la musique originales du spectacle, beau­coup plus spirituel qu’avant et beaucoup plus égyptien, tout en le liant à l’actualité du monde arabe. Ainsi, j’ai ajouté deux ou trois scènes, afin de lier l’histoire d’Icare et l’actualité. J’ai ajouté les personnages de deux hôtesses de l’air (nouvelle version du rêve de voler) et j’ai également évoqué le terrorisme de Daech.

— Comment évaluez-vous le travail actuel de la Troupe de danse contemporaine de l’Opéra ?

— Rien n’est comme avant, en Egypte comme dans tout le monde arabe. Aujourd’hui, les membres de la Troupe de danse contempo­raine, sous l’effet des contraintes sociales et économiques, sont moins passionnés par ce qu’ils font. Ils cherchent simplement un gagne-pain.

Au niveau de la danse, la troupe, sous la direction du chorégraphe Monadel Antar, semble cibler un public plus large et local. Au départ, on disait que les chorégraphies d’Aouni exigeaient un public élitiste d’intellectuels. Pourtant, j’ai créé des spectacles qui essayaient d’approcher le public ordinaire, en puisant dans la culture égyptienne. Or, il faut préciser que ce n’est pas un défaut de cibler l’intelli­gentsia, c’est grâce à elle que nos oeuvres artistiques parviennent au reste du monde. Antar a réussi à transformer les best-sellers littéraires en des spectacles chorégraphique qui ont attiré un public beaucoup plus large, en suivant des règles de jeu différentes.

— Après avoir démissionné de la direction de la Troupe de danse contemporaine, quelles sont vos activités actuelles ?

— J’ai continué à travailler en tant qu’artiste indépendant, même après avoir quitté l’Opéra du Caire en 2011. Cela m’a permis d’avoir plus de temps pour voyager, réfléchir, collaborer avec la compagnie de Sofia City Ballet, reprendre certains de mes anciens spectacles, comme Qassem Amin et Mahmoud Mokhtar, et de les retravailler avec les jeunes danseurs de la Troupe de danse contemporaine.

Mon rêve de départ était de vieillir avec cette troupe de danse-théâtre que j’ai fondée, mais le destin en a décidé autrement. Aujourd’hui, je constate que ce n’est pas la troupe qui compte le plus à mes yeux, mais plutôt l’Egypte. Les 25 ans passés en Egypte m’ont beaucoup influencé. Je ne peux plus vivre dans un autre pays, même au Liban. Lorsque j’y vais, je ne reste que de courts jours et je cherche ensuite à revenir en Egypte.

Le 4 avril, à 20h, dans la grande salle de l’Opéra du Caire, Guézira.

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