Vendredi, 01 mars 2024
Al-Ahram Hebdo > Arts >

Mona Burkhardt : Sur scène, je suis la cavalière de la danse

Névine Lameï, Dimanche, 13 août 2017

Mona Burkhardt chante et danse surtout le flamenco et le paso doble. L›interprète qui a l›allure d›une Espagnole est cependant une Egyptienne qui a grandi à Alexandrie. Entretien.

Mona Burkhardt
(Photo: Mohamad Adel)

Al-Ahram Hebdo : Votre famille ayant des origines alexandrines, vous avez passé votre enfance et une partie de votre jeunesse dans cette ville cosmo­polite, comment ceci a-t-il influencé votre carrière artistique ?
Mona Burkhardt : Je suis égyptienne, née au Caire, mais mes parents se sont déplacés pour vivre à Alexandrie. C’est dans cette ville méditerranéenne cosmo­polite que j’ai passé mes études scolaires, à l’établissement Saint-Joseph, puis à la faculté des lettres, section d’anthropolo­gie. Toute petite, je ne ratais pas une occasion pour me rendre au théâtre de l’école pour danser et faire des claquettes. Déjà, le flamenco m’attirait beaucoup. N’oublions pas qu’au Moyen Age, l’An­dalousie, grâce aux influences de la culture arabo-andalouse, était le centre de la culture méditerranéenne. J’ai appris le flamenco en autodidacte. C’est une danse libre, comme les mouvements incontrô­lables de la mer. Je regardais les danseurs de flamenco à la télévision ainsi que des multiples enregistrements là-dessus chez mes parents. Plus tard, j’ai perfectionné ma technique du flamenco, en travaillant avec les professeurs de l’école Dar Ttanz Schule, en Allemagne, pays où je vis depuis 2011. J’y réside depuis mon mariage avec un ingénieur allemand qui travaillait en Egypte, jusqu’à la révolution du 25 janvier 2011, dans une com­pagnie de filtration d’eau potable.

— Dans vos concerts, vous privilégiez le patrimoine espagnol (danse et chant) que vous présentez côte à côte avec d’autres genres musicaux …
— Le patrimoine espagnol est assez riche et varié. C’est également un genre apprécié du public égyptien, étant proche du maqam (mode oriental) : hegaz. Même si l’auditeur ne com­prend pas la langue chantée, davantage l’espa­gnol ou le français, il est facilement emporté par les mélodies jouées, porteuses d’un état de chagrin. Le patrimoine espagnol, bien qu’enra­ciné dans le folklore andalou, est un genre tel­lement stylisé et complexe. En Egypte comme en Allemagne, les deux pays où je me produis régulièrement, les gens me prennent pour une Espagnole, probablement à cause de ma perfor­mance scénique, ma maîtrise de la langue espagnole, mon look et mes longs cheveux noirs. Mais, même la langue espagnole, je l’ai apprise en autodidacte.

Mon répertoire offre également une grande variété musicale : Paso doble, Tchatcha, Rumba, Gipsy, chansons latinos classiques des années 1950-1960, etc.

— Quand avez-vous décidé de lancer votre troupe Mona Burkhardt & El Melodias Encantadoras Orquesta ?
— J’ai créé El Melodias Encantadoras Orquesta (orchestre des mélodies agréables) en Egypte, en 2014, avec le soutien de mon agent et mon ami depuis 25 ans, le pianiste de l’or­chestre, Amr Hassan. C’est lui qui a découvert mon talent pour la danse et le chant espagnols. Depuis 1993, nous avons fait tous les deux, Amr et moi, le tour des hôtels en Egypte, chan­tant une série d’anciennes chansons des années 1960-70, sous le titre Old is gold. En 2005, s’est joint à nous le percussionniste Amr Rached (jouant bongos, congas et timbales latines). On a ensuite renoncé à la série Old is gold, pour plonger dans un autre style, assez singulier. J’ai soigneusement choisi les membres de l’orchestre, tous des musiciens professionnels.

— Vous jouez beaucoup de paso doble, pourquoi ?
— Le paso doble est inspiré des marches militaires. C’est une danse qui va de pair avec ma personnalité agitée, tenace et autonome. Apparu en Espagne, vers la fin du XVIIIe siècle, le paso doble est l’une des danses les plus authentiques du patrimoine espagnol. Habillée d’une robe rouge dorée, je danse seule, sans partenaire, alors que normalement dans cette danse, il est censé porter la muleta ou le drap de serge rouge monté sur un bâton pour attiser le taureau. Sur scène, je suis la cavalière de la danse.

— Et où avez-vous étudié le chant ?
— J’ai une voix de soprano. Je suis disciple du fameux ténor Sobhi Bédeir, mon professeur de chant, que j’ai rencon­tré à l’Opéra du Caire en 1997. Je prenais avec lui des leçons particulières de voca­lise. Et en même temps, je suivais des cours de chants au Centre du Caire de la Musique, à Héliopolis, dirigé par Mohamad Al-Tobgui, alors guitariste de la troupe Al-Massiya qui accompagnait Abdel-Halim Hafez. Ce dernier centre enseigne les mêmes techniques que l’Ecole royale du chant à Londres, en Angleterre.

— Qu’avez-vous programmé pour le concert, prévu le 18 août, dans le cadre du Festival de la Citadelle ?
— Toujours du paso doble, du flamenco, chants latino-américains des années 1950 et 60. J’interpréterai, à titre d’exemple, Arrinconamela, Andares De Reina, Granada. Le Gitans. La Virgen de la Macarena, Amado Moi ... Mes concerts visent d’habitude à tou­cher un large public, à la différence de sa culture et de son niveau social. Et le Festival de la Citadelle est une manifestation populaire de qualité .

Le 18 août, à 20h, au Festival de la Citadelle du Caire.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique