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Hocine Boukella : Mes chansons parlent beaucoup de liberté, et surtout d’amour

Névine Lameï, Jeudi, 22 juin 2017

L’auteur, compositeur, guitariste et chanteur algérien Hocine Boukella s’est produit pour la première fois au Caire, durant le Ramadan, au théâtre Al-Guéneina. Avec sa troupe Sidi Bémol, il navigue entre tradition et contemporanéité. Entretien.

Hocine Boukella
(Photo : Mohamad Maher)

Al-ahram hebdo :Quel est le message que transmet le groupe musical Sidi Bémol ?
Hocine Boukella : Depuis mon plus jeune âge, j’aime la musique, j’écoute tous les styles de musique : traditionnel, folklorique, moderne, en provenance de tous les pays du monde. C’est la découverte du rock des années 1970 qui m’a donné envie de pratiquer la musique en amateur, de monter des groupes avec mes amis du lycée. Petit à petit, j’ai commencé à écrire des chansons dans lesquelles j’expérimentais toutes sortes de mélanges. J’imaginais, par exemple, des riffs de guitare saturée sur des mélodies de melhoun (dans un écrin de rock où le chaabi prend une tout autre dimension) ou de raï. J’imaginais des thèmes de danses kabyles, avec le son des guitares blues, etc. Au début, je cherchais un chanteur pour interpréter mes chansons, mais je n’ai trouvé personne, je me suis décidé à les chanter moi-même. Mes chansons parlent beaucoup de liberté, et surtout d’amour, c’est le bien le plus précieux que l’humanité possède. A part cela, je n’ai pas de message spécial à transmettre. Je veux simplement parler d’amour et de liberté.

— Pourquoi avez-vous choisi le nom de Sidi Bémol ? Est-ce pour des raisons humaines et politiques, étant donné que le Cheikh Sidi Bémol est un artiste qui a milité pour l’abolition de la peine de mort ?
— Quand j’ai créé la troupe, en 1992 à Paris, tous les musiciens algériens étaient des « Chab » comme Chab Khaled, Chab Mami, etc. Moi, j’ai choisi « Cheikh » pourchanger un peu. Ensuite, j’ai ajouté Sidi Bémol parce que ça sonne bien musicalement. Je suis contre toute forme de violence et contre tous les châtiments corporels, et donc, je suis contre la peine de mort, qui est le châtiment corporel extrême. C’est pour cela que j’ai chanté El Bandi (libre adaptation de Celui qui a mal tourné, de Brassens) qui est une chanson contre la peine de mort. que la peine de mort sera un jour abolie dans tous les pays du monde. Il y a beaucoup de sujets qui me touchent et que j’aborde dans mes chansons qui témoignent d’un quotidien secoué, entre bilan social et constat politique. Par exemple, j’évoque la souffrance du peuple palestinien dans Wachen Hada (que se passet- il ?) J’aborde aussi le poids disproportionné de la religion dans nos sociétés, etc.

— Vous avez un genre de musique un peu particulier. Un mélange de tout, en fait.Qu’en dites-vous ?
— Je dirais que c’est un style libre et métissé, dans lequel tout est permis, même les fausses notes. J’aime beaucoup la liberté, surtout la liberté de penser, de réfléchir et d’imaginer toutes sortes de musiques, d’histoires, loin des tabous. J’ai voulu rendre compte de mon vécu et de mes émotions urbaines, en quelque sorte, j’ai imaginé comment un rocker anglais ou américain jouerait de la musique algérienne, ma musique, c’est un peu tout ceci.

— Pouvez-vous nous expliquer le terme « Gourbi rock », souvent lié à votre musique ?
— « Gourbi rock » est un mot inventé par le journaliste Aziz Smati, pour désigner la musique que je fais. Le gourbi est une baraque construite avec des matériaux de récupération, des planches, des tôles, des pneus, des pierres, etc. Ma musique aussi est fabriquée, à l’aide de matériaux musicaux de récupération, qui proviennent du blues, du folklore, de musiques anglaise, algérienne, égyptienne, etc. Le plus important est que le gourbi soit avant tout une maison où les gens vivent, s’aiment et font des enfants. De la même façon, ma musique est un gourbi, mais c’est avant tout de la musique qui parle de vie, d’amour et qui fait rêver. Mes trois premiers albums Cheikh Sidi Bémol et Samarkand (1998), El Bandi (2003) et Gourbi rock (2007) sont marqués par l’originalité du gourbi rock, mêlant blues et musiques du terroir (gnawi, berbère, chaabi, etc.) en une synthèse tonique, bourrée d’humour. C’est la touche « Sidi Bémol ».

— Votre frère, Youcef Boukella, est le fondateur de l’Orchestre national de Barbès. Y a-t-il de quoi rapprocher vos parcours ?
— Mon frère et moi, nous avons à peu près suivi la même démarche. Lui aussi mélange toutes sortes de styles internationaux, avec de la musique traditionnelle algérienne, pour créer une musique originale neuve. Moi, j’ai suivi le sentier tracé par le rock et le blues, mon frère Youcef a pris la route du jazz. Il faut dire qu’il est un vrai musicien, formé au conservatoire et à l’école de jazz. Moi, je suis plus un chansonnier, ou peut-être un rocker.

— Qu’est-ce que vous avez décidé de présenter pour introduire votre musique au Caire, pour la première fois, sur les planches
du théâtre Al-Guéneina au Parc d’Al- Azhar ?
— Nous avons fait un large choix de notre répertoire, pour montrer sa diversité. Nous avons chanté des rythmes différents, issus de toute l’Algérie, en arabe algérien ou en kabyle. Parfois, je chante seul, comme les chansons de marins et bien sûr, souvent les autres membres du groupe se joignent à moi. Ensemble nous passons en revue plusieurs genres (jazz, world, électro, rock, musiques de films …) lesquels sont mis au service de la musique de Sidi Bémol .

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