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La réconciliation avec la génération des années 1970

Mohamed Atef, Mardi, 09 mai 2017

Al-Nossour Al-Saghira (les aiglons), récemment projeté à Dubaï, est un documentaire égyptien de Mohamad Rachad, abordant le conflit des générations. Le film fait partie des 40 métrages projetés dans le cadre de la manifestation « Les Journées cinématographiques du Caire », prévue jusqu’au 16 mai.

La réconciliation avec la génération des années 1970
Mohamad Rachad et son père dans Les Aiglons.

Le documentaire Al-Nossour Al-Saghira (les aiglons) de Mohamad Rachad, pro­jeté dans le cadre de la programmation Les Journées cinématographiques du Caire, ne raconte pas directement l’histoire des Aiglons ou les membres de l’association de gauche créée dans le temps, afin d’éduquer les enfants de plusieurs activistes socialistes selon les valeurs de leur idéologie. Mais le film souligne quand même que ces jeunes gens formés autrefois pour porter l’étendard d’une idéologie étaient les premiers à se dresser contre la passation du pou­voir de père en fils, c’est dire de l’ancien président Hosni Moubarak à son fils Gamal.

Le réalisateur Mohamad Rachad y aborde le parcours de son propre père qui ne s’est jamais impliqué dans le champ politique et qui ne s’est jamais intéressé aux affaires publiques. Il s’agit en effet d’un point que lui reproche son fils qui aurait aimé que son aïeul ressemble à ces autres pères militants, ceux de ses amis. En parallèle, on suit l’évolution de son rapport avec son père et celle des Aiglons avec les siens, notamment l’activiste Salma Saïd et le réalisateur engagé Bassam Mortada. Le père de Salma, Saïd Abou-Taleb, et le père de Bassam, Mahmoud Mortada, évoquent leur expérience, ayant fait partie du mouvement des étudiants dans les années 1970, déclenché en riposte contre l’après-défaite de 1967.

Au fur et à mesure, en avançant dans les débats, le réalisateur découvre que le rapport entre ces « jeunes aigles » n’était pas plus facile que celui qu’il a entretenu avec son père. Eux aussi avaient leurs différends et leurs parents ne manquaient pas d’exprimer leur regret quant à certaines décisions qui ont bou­leversé leur vie et celle des leurs.

Rachad juge son père, comme dans un tribu­nal. Ensuite, progressivement, leur conversa­tion débouche sur un vrai échange d’idées, moins crispé. Et vers la fin, on parvient à une accalmie, un rapprochement entre le père et le fils qui ont décidé de tourner la page et d’assai­nir leur relation.

Le documentaire est assez touchant de par son côté véridique et sincère. Les idées, les phrases se chevauchent en toute simplicité et profondeur. D’où un document révélateur qui abonde de confessions, passant d’une génération à l’autre.

Le bon dosage
La structure du film est bien maîtrisée, nous livrant une image assez humaine. On connaît mieux le visage humain des personnages : Saïd Abou-Taleb et Mahmoud Mortada dont l’expé­rience miroite l’histoire en Egypte en résurrec­tion. Il en est de même pour le père du réalisa­teur, Rachad Ahmad, qui a assidûment travaillé pour garantir une meilleure vie à sa famille.

Le choix du monteur était aussi bon que celui des personnages. Le copier-coller, doux et intelligemment fait, nous fait passer du témoi­gnage oral des protagonistes aux images qui réitèrent leurs propos. Il nous a épargné les longues digressions, de quoi sauver le rythme du film, notamment qu’on a affaire à des mili­tants des années 1970 qui ont beaucoup à dire et qui aiment parler.

Ces derniers avaient bien compris le dessein du réalisateur et l’ont aidé à atteindre son objectif. Ils ne sont guère montrés réticents, mais ont généreusement participé à son jeu. Cela étant, les spectateurs qui font partie des générations 1970-1980 peuvent se retrouver dans le film ou s’y identifier. Bref, le docu­mentaire donne la parole à deux générations vaincues par la politique, mais qui ont réussi à sauver leur face humaine, et c’est le plus important.

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