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La nature et ses états émotionnels

Névine Lameï, Mardi, 04 avril 2017

Dans un jeu contrasté à l’instar de la vie et ses métamorphoses, Nazli Madkour peint son propre jardinage poétique à la galerie Picasso. L’imagination et la réalité se mêlent, dans une gamme de couleurs, aux accents fleuris et délicats.

La nature et ses états émotionnels
L’art de Madkour dans un bouillonnement de couleurs chaudes/froides, clair/foncé.

Dans ses peintures merveilleusement travaillées avec des couches pâteuses superposées et denses en acrylique, entre le lisse et le rude rigoureux, rien n’est planifié d’avance. Nazli Madkour est une peintre délicate qui aime laisser libre cours à sa spontanéité et qui est inspirée en premier de la nature bucolique, notamment égyptienne, à l’état pur. L’artiste expose à la galerie Picasso un large éventail de peintures méditatives d’évocation, adressées à l’être humain dans ses divers états d’âme entre mémoires et désirs, passions et solitudes. « Inspirées de la nature, mes peintures nouent un rapport étroit avec toutes les émotions et les sensations humaines que nous vivons au quotidien, entre passion et colère, haine et amour, douceur et force. D’un tableau à l’autre, l’un des sentiments prend le dessus. Des sentiments humains qui se livrent dans mes toiles à des dialogues permanents et imprégnés de contradictions toujours en mouvement », déclare Nazli Madkour. Son art fait l’objet de réflexions, d’imaginations et d’analyses existentielles d’une réalité cachée et chimère qui remonte à la surface.

Et qui dit existence, dit quotidien librement interprété selon la vision personnelle de chaque artiste. Pour Madkour, il s’agit non pas d’un impressionnisme classique, mais d’un impressionnisme moderne qui se veut réaliste. Un impressionnisme moderne qui, choisissant ses sujets de la vie contemporaine, s’adonne intensivement au jardinage, au feuillage et à la végétation fluviale d’une manière originale, en signes, couleurs, allégories et symboles liés à une iconographie égyptienne. D’ailleurs, les pinceaux de Madkour et sa palette de couleurs vives et lumineuses, tristes et gaies, claires et foncées, chaudes et froides ne connaissent pas de normes. Techniquement, cette approche se traduit par la fragmentation et la juxtaposition des couleurs et de leur complémentarité, procédé visant à produire des vibrations colorées. Des vibrations de couleurs improvisées, abstraites, mouvementées, contrastées. D’où des peintures qui évoluent inlassablement et différemment d’une toile à l’autre, allant de pair avec le vécu. Entre le clair et l’obscur, l’ombre et la lumière, si dense et si fragile, si doux et si touchant, Madkour travaille son art, miroir de la vie et ses métamorphoses. Voici que l’artiste peint métaphoriquement les quatre saisons de l’année qui ne sont en effet que des pures sensations humaines. Une manière d’exprimer la nature dans ce qu’elle a de mouvant et de transitoire.

Beaux contrastes

La nature et ses états émotionnels

Chez Madkour, le jaune est marié au gris, le blanc est marié au noir, l’ocre est marié au bleu, et le jaune orangé est marié au rouge … Autant de beaux contrastes dans le tourbillon de la vie, ses torrents, ses tempêtes perturbées, mais aussi dans son arc-en-ciel serein. Dans ces multiples compositions admirablement assorties, des fleurs tantôt flétries tantôt brillantes, des déserts, des maisons rurales, ou encore l’incarnation d’êtres humains qui, grâce à des reflets infinis d’ombres et de corps, se multiplient, meuvent, se fondent et se confondent sur la toile par joie ou par crainte ! Sous l’effet d’un beau clair de lune ou encore d’éclatants rayons de soleil qui s’embrassent, une masse touffue de branches d’arbres et de fleurs entremêlées arrête cette lumière lune/soleil, la renvoie, la brise, la rompt, la disperse sur les troncs, sur le sol, afin de produire une variété infinie d’ombres fortes et moins fortes, de parties obscures et moins obscures, éclairées et moins éclairées. Entre le fort et le doux, le laid et le beau, le piquant et le suave, Madkour partage sa toile magique et ses moments poétiques les plus extasiés, les plus enchaînés et les plus enchantés .

Jusqu’au 13 avril, de 10h30 à 21h (sauf le dimanche). 30, rue Hassan Assem, Zamalek. Tél. : 27367544.

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