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Chasser ses propres démons

May Sélim , Lundi, 27 février 2017

Al-Galsa, Choghl Afarit (la séance, une affaire de démons) est la première pièce présentée par le chorégraphe Monadel Antar, en tant que dramaturge et metteur en scène. Il mêle mythes populaires et croyances religieuses, pour raconter le monde des humains et des diables.

Chasser ses propres démons
Danse des démons. (PHOTO:Bassam Al-Zoghby)

Murmures, gémissements et soupirs accompagnent les spectateurs faisant leur entrée dans la petite salle du théâtre Al-Talia. Des talismans indéchiffrables sont affichés partout sur les murs. Un éclairage sombre accentue l’aspect mystérieux de la pièce. Le dramaturge et metteur en scène, Monadel Antar, prépare ainsi le public à la séance d’exorcisme qui suivra. Avec la troupe de danse contemporaine de l’Opéra du Caire, il avait déjà approché ce monde captivant des djinns, en adaptant le best-seller d’Ahmad Mourad, L’Eléphant bleu. Depuis, Antar est devenu obsédé par ce monde. Il a même monté un deuxième spectacle de danse sur ce même thème Acham Ebliss (espoir du diable). Les deux shows ont connu un grand succès, ayant attiré les gens par le conflit éternel et intrigant entre l’homme et satan. Et le voilà reprendre la même thématique, dans la pièce de théâtre Galsa, Choghl Afarit (la séance, une affaire de démons), écrite en 2015. Antar tâche d’aborder tant de questions, en rapport à ce monde énigmatique. Il mêle alors croyances religieuses, mythes concernant les saints et rites traditionnels, à travers l’histoire d’Emma, une jeune fille possédée par un démon.

Pour retrouver son salut, elle a recours à l’aide d’un cheikh et d’un prêtre, réputés pour leurs capacités à épurer les âmes et à chasser les démons. Cette Emma fait partie de la descendance de Marie Madeleine, celle que Jésus-Christ a libérée de ses sept démons et qui est devenue par la suite son adepte fidèle. Un va-et-vient s’opère entre le passé et le présent, pour dire que d’une certaine manière l’histoire des hommes se répète.

Des scènes peu justifiées
Antar a soulevé tant de questions énigmatiques, dans son texte. Il est tombé parfois dans le piège de vouloir tout évoquer à la fois, sans de vrais liens dramatiques. Par exemple, dans l’une des scènes, le démon appelle le prophète Saloman et tue ses petits enfants, sans raison. Simplement, le metteur en scène est hanté par la superstition.

Au niveau de la mise en scène, Antar a réussi à capter l’attention du public qui retient son souffle, tout au long du spectacle. Il multiplie les espaces de jeu, grâce au décor de Amr Al-Achraf. Au fond de la salle, la scène est divisée en deux niveaux : en bas c’est la cave d’où sortent les démons. Et au-dessus, c’est l’espace de jeu où s'affrontent les différentes forces. Les comédiens jouent avec brio. L’expression corporelle complexe, conçue par le danseur et chorégraphe, Amr Al-Patrick, fut l’une des surprises de la pièce. Les jeunes comédiens ne sont pas des danseurs, à l’origine. Pourtant, ils font preuve d’une grande souplesse. Al-Patrick a réussi à monter des danses diaboliques sur les rythmes trépidants du zar (séance d’exorcisme). Les costumes conçus par Marwa Auda attribuent un petit air contemporain au spectacle. Le conflit s’accentue entre les hommes de religion et le diable. Ce dernier libère sa victime, Emma, mais celle-ci se perd dans les dédales de l’amour. Elle est prise dans les lacets d’un autre diable .

Tous les soirs à 19h (relâche le mardi), dans la petite salle du théâtre Al-Talia, place Ataba, centre-ville. Tél. : 25937948

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