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Aladin n’a plus besoin d’une lampe !

Névine Lameï, Mardi, 17 janvier 2017

Aladin est le tout dernier spectacle de danse créé par la troupe Forsan Al-Charq (les chevaliers de l’Orient). Récemment donné à l’Opéra du Caire, celui-ci reste fidèle au style de la troupe : des chorégraphies contemporaines inspirées du patrimoine arabe.

Aladin n’a plus besoin d’une lampe !
Le conflit éternel entre le bien et le mal. (Photo:Bassam Al-Zoghby)

Aladin et la lampe magique, l’un des plus célèbres contes des Mille et Une Nuits, a été merveilleusement adapté sur les planches de l’Opéra du Caire, par la compagnie de danse Forsan Al-Charq (les chevaliers de l’Orient). Le spectacle préserve les événements du conte original, ainsi que son cachet patrimonial (personnages, décors, accessoires et costumes somptueux). Et la troupe y poursuit son langage corporel contemporain à travers une chorégraphie bien maîtrisée. « Notre théâtre est destiné à tous : aux enfants comme aux adultes. Et comme le théâtre pour enfants souffre à nos jours de négligence, on essaie avec Aladin de le ressusciter en quelque sorte », souligne le metteur en scène et chorégraphe, Tareq Hassan.

En deux actes, le spectacle est bien ancré dans notre temps et est largement repensé à nos jours. Aladin remet sur le tapis la question du bien et du mal, de l’impuissance face au pouvoir (religieux, politique, etc.). Autant de leçons apprises des contes des Mille et Une Nuits interrogent le présent, dans la fin ultime de le changer.

L’histoire d’Aladin est narrée par un enfant, au prénom d’Adam (joué par Omar Razif). Ce dernier est le premier à paraître sur scène. Sur son lit, un livre en main, entouré de son singe malicieux Uzi (joué par Amgad Abdel-Aziz), Adam ne cesse de rêvasser, nous emmenant dans un monde fantasmagorique.

Arrive alors le magicien Jaafar (joué par Mohamad Salem), à la recherche de la lampe magique d’Aladin. Pour la trouver, il doit envoyer un petit garçon dans la caverne aux trésors. Celui-ci trouvera la lampe mais refusera de la donner au magicien qui, furieux, emprisonnera l’enfant dans la caverne.

Au bout de trois jours, enfermé dans le noir, l’enfant découvrira le secret de la lampe en la frottant. Il va faire surgir le génie qui, contrairement au conte des Mille et Une Nuits, ne possède aucun pouvoir magique pour exaucer les voeux.

Dans cette nouvelle version d’Aladin, le génie est plutôt poltron et lâche, mais assez plaisant. « Adam, l’enfant-narrateur, doit dépendre sur soi, tout comme l’enfant enfermé dans la caverne. Le génie ne peut aucunement l’aider, et c’est à lui de savoir se défendre contre le méchant Jaafar. Il doit aussi avoir le courage de sauver Jasmin, sa bien-aimée. Dans l’actuelle mise en scène, Jasmin est le symbole de l’Egypte, dans sa lutte contre le mal (les araignées dans le spectacle). Malgré la présence de toutes ces araignées, le bien existe, il est représenté par Aladin », indique Tareq Hassan.

A Bagdad, sur le tapis volant
Les aventures d’Aladin se poursuivent sans lassitude aucune. Les danseurs sont radieux, la chorégraphie assez expressive, mettant en relief l’amour et la haine. La musique, signée Susanne Fayad, est à cheval entre deux époques : les temps modernes, incarnés par du jazz et des électros vivants, et les temps historiques des Mille et Une Nuits, avec des airs arabo-andalous d’une ambiguïté soufie. « La musique traduit la situation dramatique et l’état psychologique des personnages. La musique douce accompagnant les scènes d’amour entre Aladin et Jasmin n’a rien à voir avec le tempo violent des scènes de conflit entre Aladin et Jaafar », fait remarquer Tareq Hassan.

Tout au long du voyage d’Aladin au coeur de Bagdad, ville aux mille et une richesses, on est fasciné par le décor somptueux et mobile. Il nous transpose d’une scène à l’autre, sans coupure, afin de mieux suivre les péripéties d’Aladin, du palais royal, au souk, en plein désert, dans la forêt ou dans la caverne.

Aladin se sert parfois d’un tapis volant que les techniciens de l’Opéra manipulent à l’aide d’une corde électrique mouvante. Le héros finit par triompher : il fait fortune et gagne en amour. Adam, l’enfant-narrateur, affirme que pour rêver, on n’a pas besoin de fermer les yeux ; il suffit de lire pour mieux comprendre la vie et percer ses mystères .

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