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Plus vaste que la mer bleue

Névine Lameï, Mardi, 15 novembre 2016

A la fois chaleureuses et inquiétantes, les peintures profondément humaines d’Ahmad Morsi, exposées à la galerie Ofoq1, se placent loin du chaos, des maux de la société et des souffrances accablantes du quotidien.

Plus vaste que la mer bleue
Le poète.

La galerie Ofoq1, annexée au musée Mamoud Khalil à Guiza, accueille une rétros­pective de l’artiste-peintre alexandrin, Ahmad Morsi, sous le titre de Le Retour au passé, 65 ans de créativité. Et ce, dans le cadre de l’événement mondial « Quand l’art devient liberté : les surréalistes égyptiens (1938-1965) », regroupant une série d’expositions en Egypte, comme ailleurs, sur le groupe des surréalistes égyptiens et leur prolon­gement. De toute façon, qui dit sur­réalisme et expressionnisme concep­tuel, dit par excellence Ahmad Morsi, ce pluridisciplinaire, à la fois peintre, poète, critique d’art et tra­ducteur.

L’exposition révèle un large éven­tail d’oeuvres, toutes de grands for­mats, variant entre peintures, esquisses et gravures, et s’étendant des années 1950 jusqu’à nos jours. De quoi permettre d’aborder l’évolu­tion de l’Egypte en images, selon le regard sociopolitique de l’artiste. Une énergie intense se dégage des toiles, saturée par les sensations d’un monde mythique, oscillant entre le ciel, la mer et le désert. Ce monde est d’ailleurs incarné par des person­nages assez poétiques, comme des âmes qui flottent en l’air. Ceux-ci font écho à un au-delà métaphy­sique, calme et spacieux, pur et rêveur. Ils se placent loin du chaos, des maux de la société et des souf­frances accablantes du quotidien. C’est le cas des peintures Nostalgie (1975), Joueur de flûte (1968), Robe rouge (1994), OEil du temps (2000), Pégase (2004), Femme en noir (2008), Homme et mannequin (2011), Cheval blanc (2014) et L’Homme bleu (2015).

Des hommes et des femmes, aux corps nus et sans fronts, se croisent dans le monde abstrait de Morsi, dominé par des pigments grisâtres, violets et surtout bleus. Car le peintre est un passionné du bleu de la mer de sa ville natale, même s’il l’a quittée depuis 1974 pour s’installer à New York. Sur ses toiles, il continue à exprimer sa nostalgie, quant aux beaux jours cosmopolites de son Alexandrie, celle des années 1940 et 1950.

Cela étant, l’oeuvre phare de la rétrospective est sans doute : Pigeon blanc, peinte en 2012, à New York. Un énorme champ vide est parsemé de personnages mythiques, de motifs populaires et d’oiseaux géants en noir et blanc, symboles du bien et du mal, faisant référence à l’histoire alexan­drine.

Le patrimoine à jamais

Le style de Morsi reste influencé par Gamaat Al-Fan wal Horriya (le groupe de l’art et la liberté), fondé en Egypte en 1937, en réaction à l’im­mobilisme politique et aux carcans académiques et artistiques. D’où un surréalisme abstrait et un néo-expressionnisme lesquels s’engagent en douceur dans des compositions aux couleurs chaudes qui abondent en symboles identitaires très drama­tiques, issus de l’héritage culturel populaire égyptien (poisson, chats, nains, cheval, ...).

Sa profonde spiritualité et sa tra­duction mystique de la valeur du temps constituent ce qu’il appelle « l’âme égyptienne unique » contre « l’enfer de New York, avec ses vitrines froides ». On trouve du coup cette âme égyptienne, représentée par l’oeil de Horus qui veille sur à peu près tous les tableaux. Cet oeil protec­teur réputé pour éloigner l’envie et la malédiction, dans la tradition popu­laire, est partout en train de contem­pler le monde, de l’interroger, depuis l’exil new-yorkais du peintre. Un exil délibéré qui l’attache davantage aux sources.

Jusqu’au 20 novembre, de 10h à 21h (sauf vendredi et samedi). 1, rue Kafour, Guiza, musée Mahmoud Khalil.

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