Samedi, 20 juillet 2024
Al-Ahram Hebdo > Arts >

Internet à la conquête du 7e art

Yasser Moheb, Lundi, 17 octobre 2016

En diffusant directement Titanic, Al-Noskha Al-Arabiya (Titanic, la version arabe) sur le web, sans passer par les salles obscures, le réalisateur Mohamad Khedr et le tandem d’acteurs, Bouchra et Chadi Sorour, viennent de surprendre et de bousculer la profession. Une première du genre, toutefois sans saveur.

Internet à la conquête du 7e art
Bouchra et Chadi Sorour, un jeu exacerbé dans une parodie excessive.

« Titanic, version arabe est le premier film en ligne produit et tourné par des caméras et des équipements de cinéma ». C’est ainsi que l’équipe du court métrage, exclusivement diffusé sur Internet, introduit son oeuvre, constituant une première du genre en Egypte. Produit par la société DigiSay, un peu entre amis, le film met en vedette la comédienne Bouchra et l’une des fameuses stars des médias sociaux, Chadi Sorour, également auteur du scénario. Il s’agit d’une parodie du film hollywoodien légendaire, Titanic, réalisé il y a 20 ans environ par l’Américain James Cameron. Dans cette version arabe, Sorour incarne le rôle de Jack – interprété dans la version principale par Leonardo DiCaprio — un jeune homme pauvre de la ville de Port-Saïd, obsédé par le rêve de faire fortune. Bouchra tient le rôle de Rose, soit l’équivalent de Kate Winslet dans le film américain : une jeune fille riche qui a grandi dans les pays du Golfe. Contrairement à la romance originale, misant surtout sur l’amour entre deux jeunes gens d’horizons très différents, la version arabe met surtout l’accent sur les stéréotypes du monde arabe. Elle plonge donc dans les clichés sur les richissimes du Golfe et ceux sur le côté radin des habitants de Port-Saïd. D’où une caricature scénaristique excessive et un jeu exacerbé de la part des comédiens. Même la chanson principale du film — en référence à celle iconique présentée par la fameuse canadienne Céline Dion dans la version hollywoodienne — est présentée ici par la troupe musicale Al-Madfaaguiya (spécialiste de la musique électro-populaire à la mode, ces dernières années en Egypte).

Une première ratée
Techniquement, le film contrarie tous les plans de production et de distribution traditionnels, puisqu’il a été diffusé uniquement sur YouTube, sans avoir été projeté dans les salles obscures. Bien que les commentaires du public sur le film — visionné seulement par 4,3 millions d’internautes en plus de quatre semaines — aient varié entre l’enthousiasme, la moquerie, l’indignation et l’admiration, le réalisateur du film Mohamad Khedr a déclaré : « Je n’attends pas forcément à être acclamé par la critique ou par les internautes, vu qu’on lance là une expérience hors normes. Il nous faut des mois et des mois, avant d’évaluer les retombées de cette expérience sur l’industrie du cinéma égyptien ». Et d’ajouter : « Nous avons l’honneur d’être les premiers à introduire l’e-cinéma en Egypte ». En effet, l’e-cinéma fait assez rapidement son nid partout dans le monde. D’une semaine à l’autre, on voit se multiplier les annonces de films sortant directement sur Internet ou sur d’autres plateformes numériques, telles que VOD ou S-VOD. Mais, à la différence de la VOD classique, même s’il utilise les mêmes plateformes de diffusion, l’e-cinéma désigne des films qui sont distribués directement en ligne, sans passer par les salles de cinéma ni par la télévision. « La folie du partage de films sur les réseaux peer-to-peer (P2P) prouve qu’il existe inévitablement une demande pour le visionnage de films par Internet », souligne Ahmad Abbas, chargé de superviser la production. Et d’expliquer : « Les différentes offres de distribution de vidéos et d’ouvrages artistiques via Internet s’efforcent de répondre aux diverses attentes d’un public assez varié, en Egypte comme partout dans le monde. C’est pourquoi on a pris la décision de franchir cette zone, jusqu’ici inexploitée par les cinéastes égyptiens ». D’autres expériences similaires aideront probablement à faire des conclusions. En fait, tout dépend de la capacité des prochaines oeuvres à faire l’équilibre entre la nouveauté du support et l’originalité artistique.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique