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Julia Boutros, du pareil au même

Yasser Moheb, Mardi, 20 septembre 2016

La chanteuse libanaise Julia Boutros vient de sortir son nouvel album Ana Min (qui suis-je ?). Oscillant entre textes poignants et chansons orchestrales, ce nouvel opus ravira les fans, mais ne les surprendra pas pour autant.

Julia Boutros, du pareil au même

C’est sans doute l’un des tubes les plus attendus de cette fin d’année. Après des semaines de promotion, la publication de trois singles et quelques concerts, Julia Boutros sort enfin son album Ana Min. Un opus très attendu par les fans de la diva liba­naise, puisqu’il signe le retour de la chanteuse vers les amours de ses débuts ; c’est-à-dire, une chanson engagée, rédigée par le parolier Nabil Abou- Abdou, composée par Ziad Boutros et arran­gée par Michel Fadel, le trio avec qui elle avait déjà collaboré sur son album Hékayet Watan (histoire d’une patrie). Sorti en 2014, cet album avait marqué les esprits et défini le style Boutros. La diva n’a aujourd’hui plus rien à prouver. Tout comme les autres chanteuses de son niveau, elle n’a pas besoin de suivre les ten­dances musicales du moment pour réussir à toucher son public. Et Ana Min en est la preuve : peu intéressée par l’excès de musique électronique qui contamine la scène musicale, la chanteuse semble plutôt chercher à retrouver un son aussi pur que possible. Un ton qui est donné dès la première piste de l’album, Ana Min (qui suis-je ?), première grosse claque.

Dans le premier morceau de son nouvel album, Julia n’a pas hésité à sortir l’artillerie lourde. Les tout premiers accords se font à base de trompette et de violons, comme dans des périodes abo­lies. Une façon de sécuriser ces admirateurs et de dire : Julia Boutros, elle, n’a pas changé. Le second morceau, Deblo Oyouno (ses yeux flétris), accueille déjà une orchestration plus large et annonce la suite de l’album. Pas forcément mémorable, cette chanson permet tout de même aux fans de retrouver une Julia assez romantique et toujours combative en amour. Fredonnant des mots pleins d’obstination à l’homme qu’elle aime, la chan­teuse se contente de poser une mélodie linéaire sous sa voix veloutée, accompagnée d’un air de piano et de guitare espa­gnole et d’un ensemble de violons en arrière-plan, plutôt pop dans les refrains.

Sur un ton balançant entre l’oriental et le maqam libanais, le morceau Jawwaz Bento (il a fait marier sa fille) vient casser le style assez classique qui domine depuis le début de l’album. Surfant sur des sonorités différentes, cette chanson casse légère­ment l’ambiance dans laquelle la chanteuse venait de nous mettre. Pas vraiment indispensable, on préfère passer directement à la suite.

Mention spéciale à Rah Ebäa Haddak (je vais rester à tes côtés), cinquième morceau de l’album. Un texte motivant sur la patrie, comme une ultime glorification offerte au Liban. Assez pop et léger pour une chanson patriotique, ce tube appartenant à un nouveau genre. Une proposition intéressante mais qui laisse tout de même l’auditeur un peu sur sa faim.

Avec une orchestration plus ample, la chanson Ehzar (fais atten­tion) plane elle aussi sur le thème de l’amour de la patrie, mais avec un texte en arabe classique aux messages assez vigoureux. Un avertissement lancé par la chanteuse à n’importe qui, pensant un jour ou l’autre à nuire à sa patrie, sur une mélodie assez riche mais sans aucune nouveauté. Pas vraiment un tube non plus.

C’est sur une mélodie de tango que Taallam Tekhsar (apprends à perdre) arrive comme une douce claque. Un morceau assez tendre malgré le sujet de rupture entre les deux amants. Suivi d’une mélodie encore plus romantique de guitare espagnole et de piano dans le titre Souë Tafahom (malentendu), ce sont les deux titres les plus romantiques de l’album.

Mais il est déjà temps de refermer les portes d’Ana Min et de la douce ballade sentimentale que nous propose son interprète. Julia Boutros signe ainsi un album à son image : tendre et théâ­tral, autant dans les éclats de voix que dans l’orchestration. Il s’agit probablement de l’album que les fans espéraient. Mais si ses albums précédents ont offert des chansons inoubliables, telles que Hékayet Watan (histoire d’amour), ou La Beahlamak (même pas dans tes rêves), on peine à voir quel morceau d’Ana Min réussira à s’imposer pareillement dans les mémoires. Des thèmes de toute évidence chers à la chanteuse, racontés de façon personnelle, même si, encore une fois, la force de cet album reste encore incertaine. Les textes de l’opus sont triés à la manière d’un plat délicieux qu’on connaît par coeur : peu de place à l’innovation ou à la créativité. Que les fans n’essayent pas de chercher quelques messages subliminaux dans les textes : pour la plupart, ils livrent très vite leur message. Mais toutes les chansons, sans exception, valent tout de même le détour.

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