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Une musique, un film : la dernière mode

Walid Abou El Séoud, Mardi, 05 février 2013

Mettre des tubes populaires dans des films à succès : ce nouveau phénomène a le vent en poupe. La tendance est au divertissement et à la légèreté, sorte d’échappatoire au climat politique ambiant.

Films-Albums
Al-Alman.

Le succès des tubes musi­caux des films Al-Almani et Abdo Mota et, avant eux, la réussite de chan­teurs populaires tels Saad Al-Saghir et Hamada Baarour dans les pro­ductions des frères Sobki sont, semble-t-il, les points de départ d’un phénomène nouveau dans le monde du 7e art : le film-album. Un genre qui va puiser dans un album de musique populaire un scénario cinématographique.

Quelles sont les raisons du succès de ce genre qui, selon toutes prévi­sions, envahira les salles lors de la prochaine saison ?

Ahmad Ismaïl, réalisateur d’Al-Mamalik (les mamelouks), affirme que 4 chansons seront insérées dans la trame du film et 2 sont destinées à servir sa campagne publicitaire.

Les 4 chansons du film sont inter­prétées par Mahmoud Al-Husseini, lequel doit sa renommée à deux titres : Al-Abd qal lel chaïtane (l’homme a dit à Satan) et Ana cha­reb 3 Stella (j’ai bu 3 bières Stella). Al-Husseini jouera dans le film et interprétera 2 chansons en solo et une en duo avec Vénus, une nouvelle venue sur la scène. Le titre final du film sera chanté par la star Somaya.

Le réalisateur Ahmad Ismaïl réfute le fait que les interprètes versent des cachets pour que leurs chansons soient diffusées dans un film. Il reconnaît en revanche que ce genre de film-album est un phénomène temporaire qui sera, tôt ou tard, voué à disparaître.

Awad Maher, producteur des films Heissa, (brouhaha) et Sabbouba (gagne-pain), précise que le premier comprend deux chansons interpré­tées par Khaled Hamzaoui et Randa Al-Béheiri, une troisième par Ragab Al-Prince et une quatrième par un nouveau chanteur populaire, Khaled. Mais le film n’est pas pour autant une comédie musicale : le nombre de chansons est lié au rôle de l’acteur principal, Khaled Hamzaoui.

Le nouvel essor du film-album repose sur un public qui cherche avant tout à se défouler, à échapper à l’état de déprime générale qui sévit en ce moment. « C’est un genre en vogue actuellement qui résulte du succès des chanteurs des films Al-Almani et Abdo Mota. On a toujours vu de nouveaux genres émerger. Chacun a le droit de choisir la voie qui lui convient et qui peut le mener à la célébrité. Surtout après la percée de certains noms comme Poussy, Semsem Chéhab, Saad Al-Saghir, Emad Baarour, Al-Husseini et Al-Leissi », explique Maher.

Un marketing efficace

Dans beaucoup de cas, les chan­sons populaires se sont avérées plus bénéfiques pour le film que les cam­pagnes publicitaires. On propose au spectateur un menu copieux de chan­sons pour atténuer les risques d’échec du film. « Une chanson pla­cée comme bande-annonce permet un plus grand visionnement que les campagnes classiques de promotion. Pour mon film Al-Almani, la cam­pagne publicitaire sur Facebook a attiré un demi-million de specta­teurs, alors que la chanson a été visionnée par 3 millions de per­sonnes. Le coût est quasiment le même, mais la chanson garantit une diffusion plus large », avance Alaa Al-Chérif, réalisateur d’Al-Almani (l’Allemand).

Selon lui, le recours aux chansons dans le film n’est pas fait pour drai­ner les recettes des titres musicaux. « L’idée est de trouver la bonne chanson et, en général, on opte pour des chansons déjà composées. Dans mon prochain film, Pussy Cat, j’ai acheté des chansons et j’ai mis en avant le fait que ces chansons soient les stars du film ». Si les offres sont nombreuses, seuls les bons titres sont, in fine, sélectionnés.

Pour Al-Chérif, « l’art fait la chro­nique des temps actuels. La plupart des chansons qui ont eu le vent en poupe pendant les 2 dernières années reflètent l’intérêt actuel des gens. On a commencé à interpréter des paroles que l’on ne pouvait ima­giner mettre en musique aupara­vant ».

Cinéma commercial

Films-Albums
Saad Al-Saghir et Nicole Saba.

Al-Mamalik d’Ahmad Ismaïl, Heissa de Walid Abdel-Qader, ou Tramadol, ces films-albums ne sont pas sans rappeler le cinéma commer­cial « de bas étage » qui s’est répan­du dans les années 1970 et 80, au lendemain de la défaite de 1967. Aujourd’hui, il semble normal de voir le phénomène resurgir, avec quelques modifications, notamment sous l’effet des chaînes musicales et des vidéo clips à la mode.

Parfois, la chanson phare du film remporte un succès inattendu. Portée par le film, elle peut gagner en noto­riété comme ce fut le cas pour le groupe Mahraganate, dont les chan­sons étaient uniquement connues dans les quartiers informels et les mariages populaires. Aujourd’hui, et grâce à leur insertion dans des films, elles commencent à convaincre d’autres publics. Ce fut le cas de la chanson phare de Game over, avec Yousra et May Ezzeddine. Leurs auteurs ne se sont fait connaître qu’après la sortie en salles de la comédie sociale. Un phénomène à suivre.

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