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L’Orient vu par les cineastes

Novine Movarekhi, Lundi, 18 avril 2016

La 11e édition du Festival International du Film Oriental de Genève (FIFOG) célèbre cette année la liberté sous toutes ses formes, à travers la production cinématographique en provenance d’une trentaine de pays. Une manière de briser les frontières entre Orient et Occident

L’Orient vu par les cinéastes

Présidé à titre honorifique par l’écrivaine algérienne Ahlam Mosteghanemi, le Festival international du film oriental de Genève propose ce mois d’avril une centaine de films célébrant la liberté. Un thème cher aux artistes, car la liberté est bien au coeur de l’expression artistique. Par ailleurs, elle touche toutes les sociétés humaines. « La liberté, c’est avoir les moyens de s’épanouir personnellement et de se réaliser collectivement. Ce thème concerne aussi les Européens qui voient leurs libertés fondamentales réduites au nom de la sécurité », note Tahar Houchi, fondateur et directeur artistique du FIFOG.

Fidèle à la vision énoncée lors de la première édition, l’objectif du FIFOG est de promouvoir le dialogue entre Orient et Occident, renforcer la connaissance et la reconnaissance mutuelles en mettant l’accent sur les sociétés civiles plutôt que sur les querelles politico-économiques. « C’est avant tout une manifestation cinématographique, dont la portée politique n’est pas à négliger. Le cinéma présenté est cependant centré sur l’humain, l’universel », précise le directeur artistique. « La manifestation a donc une portée sociale et humaine, car elle prône le dialogue des cultures et des civilisations ». A l’origine de ce festival, il y a une volonté de dévoiler des talents émergents ainsi que des cinémas oubliés ou peu présentés en Suisse et en Europe. Au départ axé sur le Maghreb, le FIFOG couvre aujourd’hui une vaste région qui va du Maroc à la Chine.

« L’Orient représente d’abord une aire culturelle, et non pas seulement géographique. Il s’agit de casser les frontières et de partager un langage cinématographique », explique Tahar Houchi. Toujours dans le souci de contrebalancer les images médiatiques et de montrer qu’il existe une jeunesse qui mène un combat de vie non violent. Une manière élégante de donner la parole à ceux qui ne l’ont jamais. Et cette année, en particulier aux cinéastes des pays du Levant — le Liban, la Syrie, la Palestine et l’Iraq — où il est singulièrement difficile de réaliser des films. Une occasion de découvrir, parmi tant d’autres, Very Big Shot du réalisateur libanais Mir-Jean Bou Chaaya, ou Omar du Palestinien Hany Abu-Assad. « Face au chaos, à l’absence de sens et à la mort, l’art reste la voix du salut. Ce festival se présente comme une vitrine pour les artistes courageux, et à la fois comme une fenêtre pour les spectateurs d’ici », ajoute le directeur.

Organisée autour de sections thématiques, la programmation de l’édition 2016 donne matière à réflexion sur des sujets brûlants : migration et intégration. Le conflit syrien et l’Etat islamique, avec notamment la projection de deux documentaires français de Kamal Redouani. Le regard féminin et la force de la femme sont également à l’honneur à travers plusieurs documentaires, dont celui réalisé par des journalistes marocaines de Global Girl Media Maroc sur le harcèlement sexuel. Sous forme de séries de courts métrages, la section Orient-Express dévoile des cinéastes émergents ou confirmés, parmi lesquels des Egyptiens, comme Amr Fouad et Mansour Al-Chérif. Les films présentés dans Regards croisés cherchent à rendre compte de la richesse des liens et des influences existant entre les cinéastes orientaux et occidentaux, notamment entre le cinéma suisse et l’Orient.

Décentraliser le cinéma et cibler les jeunes
Le festival ne vise donc pas exclusivement un public occidental. « L’idée est de concocter un programme, afin que les gens se mélangent. Au-delà d’une ville multiculturelle, je souhaite que Genève devienne une ville interculturelle », lance Tahar Houchi. Autre événement très attendu de cette édition : l’hommage rendu à Omar Sharif, légende égyptienne, perçue comme un véritable pont culturel, qui a marqué le cinéma en Orient comme en Occident.

En diversifiant sa présence et en décentralisant davantage les projections au-delà de Genève, jusqu’en France voisine, le FIFOG souhaite s’ouvrir à de nouveaux publics et renforcer son rôle de lieu d’échanges et de réflexion. Avec 23 lieux de projection dans plusieurs quartiers, cafés et écoles, la manifestation veut cibler les adultes, mais aussi les adolescents et les enfants. Dalila Choukri, présidente du FIFOG et enseignante de Médias Images dans un lycée de Genève, souligne : « Le cinéma permet aux élèves de déconstruire les clichés. La présence du FIFOG dans les établissements scolaires leur donne l’occasion de découvrir l’existence d’une jeunesse qui crée, et l’extraordinaire foisonnement de ces cinémas d’ailleurs. Ces jeunes constituent donc un public phare ». Bénéficiant du soutien de 200 partenaires, cette initiative est accueillie avec enthousiasme par Ahmad Fawzi, directeur du service de l’information des Nations-Unies à Genève. La présence du festival au Palais des Nations peut, selon lui, contribuer positivement aux négociations de paix qui sont en cours. « Les événements culturels tels que le FIFOG créent un environnement propice à la réconciliation et au rapprochement. Ils touchent l’opinion publique. Et les gouvernements se doivent de servir le public », dit-il. Devenu un événement incontournable, le FIFOG se prépare sans aucun doute à relever de plus grands défis dans l’avenir. « La programmation est un poème qui se compose et se recompose. Mais elle est surtout une dune de sable, qui change au gré des influences. Il s’agit donc de s’adapter au fil des années », confie Tahar Houchi, avant de conclure sur une paraphrase de Victor Hugo : « Sauvons le cinéma ! Le cinéma sauve le reste ».

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