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Chants de la périphérie

Névine Lameï, Lundi, 11 avril 2016

Le festival D-CAF sur l'art contemporain du centre-ville promet une soirée exceptionnelle au Greek Campus, en présence des stars du chaabi ou la musique électro-populaire à la mode.

Chants de la périphérie
Stars d’une musique qui dit long sur le quotidien des pauvres.

Ils s’appellent Abdel-Basset Hammouda, Islam Chipsy, Ahmad Al-Swissi et le groupe Studio Stella. Ce sont les stars de la musique égyptienne populaire actuelle, invitées par les organisateurs du festival D-CAF, aujourd’hui à la 5e édition. Le 15 avril, au Greek Camps, les rythmes les plus fous et les plus haletants sont promis. Difficile de ne pas bouger les hanches. D’abord Islam Chipsy, l’un des rois des mahraganate (musique électro-chaabi), crée sur son synthétiseur (clavier) une sorte de hip-hop populaire, bien communicatif et prolifique, avec quelque chose de primitif, d’expérimental et d’improvisé.

Né dans le quartier populaire d’Imbaba, il a à son compte une musique qui a fait le tour des fêtes de mariage et des boîtes de nuit. Il est du genre à « électriser » les foules, mêlant développements mélodiques arabisants et beats-électro.

Autodidacte, Chipsy improvise ses beats et développe, à partir de 2006, sa propre musique, nourrie de références classiques, telles Amr Diab, Oum Kalsoum et musique soufie. « Ma musique est urbaine, abrasive, sauvage, brutale, séduisante et bruyante. C’est le miroir de l’Egypte, de son peuple, du quotidien. Elle réunit tous les éléments de la rue, permet de faire une fête et de faire danser les gens. Et ce, loin du langage et de la contestation politiques, elle est propre à la scène électro-chaabi, associée à la révolution », déclare Islam Chipsy. Durant la soirée du festival D-CAF, il sera accompagné de sa troupe EEK, avec les batteurs Khaled Mando et Islam Tata. Ensemble, ils associent techno acide, rock, pop, trip hop et électro, à une transe maniaque, semi-improvisée, jouée au synthé d’une musique moyen-orientale, pleine de frénésie.

Né en 2008, le groupe musical Studio Stella est lauréat, en octobre 2015, de la compétition Nojoum Al-Mahragane (les stars de l’électro-chaabi), parrainée par la compagnie Stella. Il regroupe cinq musiciens passionnés du chant revendicatif et de la musique interactive, reposant sur des paroles qui reflètent les soucis des jeunes délaissés ou des classes marginalisées tout court. A savoir : Ahmad Zouka, Mohamad Wezza, Moustapha Enaba, Amr Adma et Khaled Zamalkaoui. « En Egypte, les révolutionnaires sont progressivement devenus une jeunesse anarchique sans principe. Nous contestons cet état des choses en partageant notre musique chaabi ». C’est ainsi que les musiciens de Studio Stella aiment se présenter, dans le catalogue du festival. Ils sont des amis issus du quartier informel de Madinet Al-Salam, à la périphérie du Caire. Leur musique martelante se greffe des enjeux sociopolitiques, loin de la culture officielle imposée d’en haut, tout comme celle des rues qu’adopte le fils de la ville Suez, âgé de 21 ans, Ahmad Al-Swissi.

Lassitude
Les chansons de ce dernier se distinguent par une grande richesse expressive, grâce aux paroles et à l’improvisation. Comme pas mal d’autres, il mêle musique populaire et musique électronique, les deux ayant en commun : l’appel à la transe. D’où un chant qui se définit comme un néo-mawal chaabi, puisant dans les tissus sociaux locaux et s’incrustant de rock. « Les textes du néo-mawal sont un reflet des préoccupations des classes laborieuses urbaines. Ils ramassent les ressentiments politiques du moment, tout en étant ancrés dans le folklore (chants religieux, soufis, style rural, musique citadine jouée dans les mariages populaires, les fêtes foraines, etc. », précise Ahmad Al-Swissi.

Les chanteurs populaires ont atteint le sommet des hit-parades. C’est le cas du fameux interprète Abdel-Basset Hammouda, né à Alexandrie en 1960. Ce dernier a fait sa réputation dans les fêtes de mariage populaire et les mouleds (commémoration d’un saint). Ses chansons parlent le plus souvent de chagrin d’amour, dans un langage populaire lancinant. « Laissons le romantisme aux gens riches. Nous, nous n’avons pas le temps de rêver. On a besoin de quelqu’un capable de nous consoler », dit un chauffeur de transport en commun, parmi les nombreux fans de Abdel-Basset Hammouda. Il compte assister au concert donné par D-CAF, suivant le chanteur là où il va l

Le 15 avril, à 20h, au Greek Campus de l’AUC. 28, rue Al-Falaki, Bab Al-Louq, centre-ville.

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