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Une sieste de rêve

May Sélim, Lundi, 04 avril 2016

La cinquième édition du Festival du centre-ville pour les arts contemporains (D-CAF) accorde un intérêt particulier au son. Le spectacle A l’ombre des ondes de Kristoff K. Roll et l’exposition Sounds as if … (des sons comme …) nous font explorer les sonorités de la ville et les voix de ses habitants.

Une sieste de rêve
Le duo Kristoff K. Roll en attente du public. (Photo:Alain Kilair)

Il n’est question ni d’une pièce dramatique ni d’un spectacle musical. Le duo de la musique électroacoustique français Kristoff K. Roll (composé de Carole Rieussec et J-Kristoff Camps) élabore des siestes parlantes et présente au public égyptien un théâtre sonore au vrai sens du terme à travers le spectacle A l’ombre des ondes dans le cadre de la cinquième édition du Festival D-CAF. Allongés sur des transats, les auditeurs ayant des casques sur les oreilles regardent l’architecture de l’espace, entendent des sonorités instantanées et écoutent attentivement des récits de rêves d’une certaine empreinte musicale. Les auditeurs ou plutôt les « siesteurs » sont invités à voyager dans un monde de cinéma sonore. Durant une demi-heure, ils vont encore plus loin et s’adonnent à leur imagination à partir d’éléments et de sons réels. « La création de ce spectacle remonte à 2007. Nos projets sont en perpétuelle évolution. Nous avons improvisé pendant la présentation du spectacle. Donc, c’est évolutif. De plus, on enregistre régulièrement les récits de rêves des gens et cela enrichit notre bibliothèque. Ce qui fait qu’on ne se lasse pas. Il y a toujours une nouveauté », explique J-Kristoff Camps.

Donner libre cours à l’imaginaire
Les récits de rêves sont souvent collectés et retravaillés, édités et marqués d’une empreinte musicale pour accompagner l’auditeur dans sa traversée onirique. Carole Rieussec précise : « Nous avons commencé à enregistrer des récits en Italie. Puis on a décidé de faire le tour du monde pour enregistrer des récits de rêves dans toutes les langues. Ce sont des récits qui donnent libre cours à l’imaginaire, qui sont bien dits, dans la musique de chaque langue, etc. Il y a plein de paramètres au niveau du son et du contenu. Et ce, parce qu’on a remarqué qu’il y a peu de récits qui peuvent entraîner les gens dans un imaginaire collectif qui ne soit pas très personnel. Ces récits sont aussi porteurs de traces de la culture du pays. Le rêve est quelque chose d’intime. Mais nous le déplaçons dans l’espace public où il devient un objet qui va être collectivement partagé ».

Avec une formation de musique acousmatique, le duo s’est réuni dans les années 1990 dans le but de « faire quelque chose en lien avec la scène. Nous avions envie de monter sur scène avec tous les sons réels que nous avons enregistrés. Ainsi, cette scène devient la rue », souligne Carole.

A une petite distance du groupe des « siesteurs », le duo Kristoff K. Roll est installé avec ses dispositifs électroacoustiques, pour une improvisation issue de la sonorité du paysage.

La séance commence par une amplification du paysage : passants, mouches, vélos, moteurs, rires, rumeurs, cris, rires, pas, soupirs, conversations, feuillages. Et puis l’univers glisse vers un ailleurs où la

rumeur ambiante ne disparaît jamais totalement. « Parfois, il y a des moments de décalage entre ce qu’on voit et ce qu’on entend et parfois il y a des synchronismes, et les moments de flou entre les deux nous intéressent », lance Kristoff.

Chaque sieste est un projet très contextuel. « Le fait de pouvoir jouer n’importe où est lié à notre dispositif fait de 80 casques qui sont comme une toile de chapiteau. Et étant donné que l’architecture de l’espace ou son environnement sont des composants importants de ce théâtre sonore, nous jouons beaucoup dans des endroits différents », déclare Carole. A chaque endroit, il y a un imaginaire et une sieste différents.

Pour cela, le spectacle peut être donné partout. Au Caire, les organisateurs du festival ont toujours voulu explorer le centre-ville et ont choisi quatre espaces : sur le toit d’une maison dans la rue Abdel-Khaleq Sarwat, dans une cour devant le cinéma Radio, sur le toit de l’immeuble de l’ancien consulat français et au campus grec de l’Université américaine à Tahrir. Quelques jours avant la première de A l’Ombre des ondes au Caire, le duo était présent pour sélectionner des récits de rêves en arabe des volontaires. A ne pas manquer .

Le 6 avril à 14h30, 16h et 17h30 devant le cinéma Radio,
rue Talaat Harb.
Le 7 avril à 14h30, 16h et 17h30 à l’ancien bâtiment du Consulat français, 5, rue Al-Fadl.
Le 8 avril à 14h30, 16h et 17h30 au Campus grec, rue Mohamad Mahmoud, place Tahr

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