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La mascotte de la chanson marocaine

Sabah Sabet avec agences, Lundi, 01 février 2016

En mars 2015, Saad Lamjarrad a décroché le Murex d'or pour la chanson la plus populaire dans le monde arabe. Son clip Lmaallem est le plus en vue sur Youtube.

La mascotte de la chanson marocaine
Une vidéo à la sauce marocaine : une raison du succès.

Le clip du chanteur marocain, Saad Lamjarrad, Lmaallem (t’es le boss) est un véritable succès partout dans le monde arabe, avec plus de 200 millions de vues sur Youtube en 6 mois. « Les filles l’adorent, le trou­vant assez séduisant, c’est pourquoi il est vite devenu célèbre », lance la lycéenne Gilaine Hani. Avec sa copine, Israa, 14 ans, elles apprécient également la voix et la musique du jeune interprète, en dépit de son petit accent marocain. Un accent qui a souvent entravé les chansons en provenance du Maroc, car jugées difficiles à comprendre par le reste des Arabes.

Mais Lamjarrad a eu l’intel­ligence d’opter pour le dialec­tal égyptien, tout en le mêlant à un accent à la marocaine, lui conservant son charme typique. De plus, il a créé une ambiance assez sympathique dans son clip, au niveau des costumes, du décor, des danses, accentuant le style électro-pop de la chanson, écrite et composée par Galal el Hamdaoui. Tourné dans la ville de Marrakech, le clip réalisé par Amir Rouani (L’couple) porte la touche pop art du styliste marocain Hassan Hajjaj, qui a conçu les cos­tumes et les accessoires utilisés. Tous les figurants qui apparaissent dans le clip portent des habits folklo­riques marocains, bougeant dans un décor simple mais attirant. D’ailleurs, c’est l’une des principales raisons du succès foudroyant de la chanson sur Youtube, comme le dit Gamila Hassan, une femme au foyer : « Le clip m’a d’abord attirée, ensuite, j’ai apprécié la musique que l’on a com­mencé à entendre partout, dans les fêtes de mariage, en taxis, dans les discothèques du Caire ... ».

Le succès fut tel que les chanteurs à la mode des mahraganate (musique électro-pop) ont dû modifier leurs oeuvres récentes, sur le marché, afin de mixer les rythmes dans le style de Lamjarrad. Un style mondialisé qui plaît même à ceux qui ne compren­nent pas un mot d’arabe, comme le public chinois qui apparemment aime danser sur ces rythmes. Car de fil en aiguille, la chanson a fait tache d’huile sur les sites Web chinois.

Pourtant, Lmaallem n’est pas la première chanson de Saad Lamjarrad, né en 1985 à Rabat, dans une famille d’artistes. Très tôt, il a appris à jouer du piano et a suivi des cours au Conservatoire national. Après de nombreuses performances en ama­teur, il a participé en 2007 à la 4e édition de l’émission Super Star, réservée à la découverte de talents. Ensuite, il a pris part à un autre concours de chant Lamin Al-Ghinia ? (à qui la chanson ?), ce qui l’a rendu plus proche du grand public.

En 2009, il a sorti un single Waadini (promets-moi) et en a tour­né le clip en Californie, ce qui l’avait introduit sur la scène musicale. En 2012, il a sorti Salina Salina (c’est fini entre nous), un premier grand succès commercial dans le monde arabe. Le 21 décembre 2012, son premier album Wala Alik (ne t’en fais pas) voit le jour. Sa chanson Mal Hbibi Malou ? (qu’a-t-il mon chéri ?) a été un véritable hit, avec plus de 110 millions de vues sur le site d’héberge­ment de vidéos, Youtube. La chanson Enty (toi) en 2014, en featuring avec DJ Van, a été également très appréciée, notamment au Maroc et au Koweït, enregistrant 6 mil­lions de vues sur Youtube en 20 jours.

Pendant de longues années, un chanteur marocain qui voulait être propulsé sur le devant de la scène arabe était obligé de chanter en égyp­tien ou en syro-libanais. Ce fut le cas des divas Samira Saïd, Zikra ou Jannat. Mais Lamjarrad a bouleversé de fond en comble cet état de fait. Avec son équipe, il a pu simplifier le dialecte local pour n’en garder qu’un accent tout en gardant l’ambiance chaleu­reuse et ensoleillée de Marrakech. Il en est de même en ce qui concerne la musique traditionnelle du pays qui s’est métamorphosée sous l’ef­fet des rythmes plus contemporains. Ainsi est-il sorti du local pour atteindre un public plus global ou mondialisé.

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