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Le prince du violon

Moheb Gamil, Dimanche, 10 janvier 2016

50 ans après sa mort, Sami Al-Chawa continue d'être considéré comme le virtuose du violon oriental. Deux chercheurs arabes viennent de signer sa biographie. A redécouvrir.

Le prince du violon
Al-Chawa, un violoniste qui défie le temps.

Rares sont les musiciens qui ont réussi ce mélange inextricable de musique soufie, oscillant entre le mysticisme et les rituels de la vie. D’origine syrienne, la famille de Sami Al-Chawa est venue d’Alep pour s’installer au Caire, en 1885. Dans le quartier populaire de Bab Al-Chaariya, il a appris à lire et à écrire, mais aussi à caresser les cordes du violon, son père étant lui-même un passionné de cet instrument difficile. Ce dernier, Antoine Al-Chawa, fut d’ailleurs l’un des meilleurs musiciens d’Alep, convié au Caire pour animer des concerts au palais du khédive Ismaïl. Et son grand-père paternel, Elias, a été le premier musicien arabe à avoir joué la viole d’amour, munie de sept cordes mélodiques et de cinq à sept cordes vibrantes en métal (les violes d’amour ont presque disparu au XIXe siècle, certaines ont été transformées en altos).

Ceci dit, Sami Al-Chawa se prêtait bien à une carrière musicale, ayant l’art dans les veines. Son côté spirituel, il l’a acquis très tôt dans le quartier populaire où il a grandi, en découvrant le chant du muezzin qu’il imitait avec son petit violon pour enfants. Vers 1906, Sami Al-Chawa se produit pour la première fois avec le takht (ensemble oriental) du chanteur Ahmad Saber. L’année d’après, la société Gramaphone lui demande d’enregistrer un premier disque d’improvisations pour violon. Sami effendi a alors formé sa propre troupe, composée de Mansour Awad (au luth oriental), Maqsoud Kalkajian (à la cithare orientale ou qanoun) et lui-même, au violon. Ce fut le début de l’attribution d’un plus grand rôle au violon, au sein des formations musicales orientales classiques. Le musicien n’était plus considéré alors comme un simple accompagnateur d’un chanteur-interprète, mais comme son égal. Al-Chawa était petit à petit placé sur un pied d’égalité avec les stars de la chanson de l’époque. D’où sa célébrité accrue, en Egypte comme en dehors de ses frontières.

Voyages ... voyages
En 1930, il est invité par le Pathé pour animer des concerts en France. Ensuite l’année suivante, il est convié par le propriétaire de la société Baïda Phone afin d’enregistrer un disque à l’Institut musical de Berlin, comme l’a mentionné Qostandi Rizq dans son livre (Al-Mossiqa Al-Charqiya wa Al-Ghénaa Al-Arabi) La Musique orientale et le chant arabe.

D’un voyage à l’autre, sa musique a fait le tour des palais des émirs de Damas et des anciennes demeures de Jérusalem, surtout que la radio de celle-ci n’arrêtait pas de diffuser ses morceaux.

En 1934, dans un article publié dans la revue Kol Chie Wa Al-Donia (le tout dans la vie), Sami Al-Chawa raconte son court séjour aux Etats-Unis : « Aux Etats-Unis, la plupart des gens considèrent l’Egypte comme un pays africain, loin de toute modernité. Ils pensent que tous les Egyptiens sortent la nuit, portant des djellabas et des tarbouches sur la tête. Ils étaient sidérés de m’entendre jouer des compositions orientales à la radio de New York. Ils ne s’y attendaient pas du tout ».

Pour tracer le parcours de ce musicien surnommé « le prince du violon », il a fallu consulter plusieurs oeuvres sur l’histoire de la musique orientale, plusieurs journaux d’autrefois et les épisodes sur ses mémoires édités par le journaliste Akram Al-Qassas. Mais récemment, à l’anniversaire de sa mort, le 23 décembre dernier (il est mort en 1965), deux chercheurs arabes, Ahmad Al-Salhi et Moustapha Saïd, ont publié en arabe, aux éditions Al-Saqi, sa biographie détaillée : (Sami Al-Chawa, Amir Al-Kaman, Hayatoh Wa Amaloh) Sami Al-Chawa, le prince du violon, sa vie et son oeuvre. Une occasion de redécouvrir le répertoire d’Al-Chawa qui a légué, outre ses morceaux musicaux, deux ouvrages pédagogiques en arabe, pour mieux apprendre à jouer le violon oriental, à savoir : Apprendre le violon oriental (1921) et Les Règles artistiques en musique orientale et occidentale (1946).

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