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Maher Zékri : J’ai toujours insisté sur le rapprochement culturel

Névine Lameï, Dimanche, 10 janvier 2016

Le spectacle Café espagnol, récemment donné à l’Opéra du Caire par la troupe espagnole Kafe Pa3, nous fait voyager des Caraïbes jusqu’en Méditerranée. Entretien avec son metteur en scène et coproducteur, Maher Zékri, artiste d’origine égyptienne

Maher Zékri

Al-Ahram Hebdo : Dans Café espagnol, il paraît que vous avez voulu mêler l’histoire de la musique de variété latino-américaine et hispanique à celle d’un ancien café d’Espagne, assez célèbre ...
Maher Zékri : L’idée de Café espagnol est née de l’histoire du café Gijón. Fondé en 1888 par l’Asturien Gurmensindo Gomez, Gijón, situé dans la zone de Castellana, est considéré comme étant le dernier café littéraire de Madrid. Il ressemble un peu au fameux café Riche, du centre-ville cairote. Gijón dont les tables continuent à accueillir des intellectuels, des artistes et des politiciens a témoigné de pas mal d’événements, depuis la guerre civile en Espagne et jusqu’à nos jours. A travers le café, on peut évoquer l’histoire du pays, son présent et son passé. Etant moi-même d’origine égyptienne, naturalisé espagnol, j’ai voulu rapprocher mes deux cultures, par l’intermédiaire de ce spectacle. Après une première représentation, en 2015, au théâtre Dos Hermanas, à Séville, j’ai décidé donc de montrer Café espagnol en Egypte, et puis commencer une tournée en Europe, en Amérique latine, qui s’étend sur toute l’année 2016. Pour introduire le spectacle, j’ai écrit : « Par la musique et le chant, nous pouvons atteindre l’amour et la paix et affirmer que nous rejetons la violence et l’intolérance ». J’ai choisi pour la finale des chansons à caractère humain comme We are the World (nous sommes le monde), de Michael Jackson/Lionel Richie et Yo Viviré (je survivrai), de Freddi Perren et Dino Fekaris. Depuis ma première collaboration avec l’Opéra du Caire, il y a 15 ans, avec le spectacle de flamenco Carmen, une production du Ballet flamenco de Madrid, je n’ai jamais parlé politique, dans mes spectacles, mais j’ai toujours cherché à insister sur le rapprochement culturel.

Comment êtes-vous parvenu à faire le lien entre le passé et le présent dans votre spectacle ?
— Ma première visite du café Gijón était en 1970, lors de mes études en cinéma à l’Université Compluense, à Madrid. Résidant en Espagne depuis plus de 40 ans, j’ai eu la chance de rencontrer à Gijón un bon nombre de personnalités publiques de renommée internationale. A partir de ces rencontres, j’ai eu l’idée de créer un spectacle dont la mise en scène repose essentiellement sur deux éléments : le temps et l’espace. Café espagnol présente Gijón en arrière-scène, tout au long du spectacle. C’est le fond immobile du spectacle, simulant le décor réel de Gijón, avec ses tables, ses chaises, ses chandelles et ses verres à vin. En même temps, il y a tout au fond de la scène un écran sur lequel défilent les photos des personnalités importantes qui ont visité Gijón. Citons-en le chorégraphe Antonio Gades, le réalisateur Carlos Saura, les chanteurs Julio Iglesias et Demis Roussos, la star Omar Sharif, et d'autres. Ensuite, le chant se mêle à la danse montrant Sharif ou Roussos en train de chanter, en espagnol, la même chanson que les interprètes sur scène : Caminito, Velvet Mornings ... J’ai voulu aussi faire un clin d’oeil au public égyptien en présentant So ya So de Mohamad Mounir. Les chorégraphes Pablo Arenas et Emi. G ont conçu des mouvements de la main, similaires à ceux de Mounir.

— Le public égyptien a bien apprécié cet amalgame, en fin de compte ...
— Le chanteur espagnol Alvaro Pardo est un peu le matador du Café espagnol. Il se produit en duo avec Carlos Varela. Puis, il y a les 20 membres de la troupe, entre chanteurs, musiciens et danseurs, qui interprètent des oeuvres assez connues du public égyptien. Ses chansons familières sont susceptibles d’égayer la scène. Je cite : Volaré, de Domencio Modugno, Macarena, de Los del Rio, Zorba de Theodorakis, Bamboleo, du Gipsy Kings, Bésame Mucho de Consuelo Velazquez, Pasadoble Taurino, de Manuel Penella Moreno. Des chansons d’artistes-hôtes de Gijón.

Café espagnol nous fait passer d’un style musical à l’autre. Cela nous renvoie, quelque part, au style des shows de Broadway ...
— La troupe Kafe Pa3 (café pour trois) fondée il y a 15 ans, à Séville, en Andalousie, a présenté plus de 400 concerts. Café espagnol est son premier spectacle musical. J’ai voulu y effectuer un voyage passionnant, passant en revue le tango argentin, la rumba, le flamenco, la salsa cubaine, la musique tropicale, africaine, etc. Bref, opérer un voyage des Caraïbes à la Méditerranée. Café espagnol a un côté glamour méditerranéen, qui diffère du style anglo-saxon, à la Broadway, misant plutôt sur les effets d’éblouissement scénique .

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