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Les mille facettes d’Eve

May Sélim, Lundi, 30 novembre 2015

Les peintres Walid Ebeid et Hend Al-Falafli évoquent un monde féminin abondant d’émotions et de sen­sualité. Leurs dernières expositions dévoilent deux visions distinctes : celle de la femme populaire opprimée et celle de filles rêveuses

Les mille facettes d’Eve
(Photo: Bassam Al-Zoghby)

Les mille facettes d’Eve
Le Proxénète de Walid Ebeid. (Photo: Bassam Al-Zoghby)

Pour les peintres, la femme est souvent une muse, une mère, un modèle, une divi­nité, une fille de joie, une amante, une coquine. Parfois, son corps nu et ses traits reflètent une beauté physique ou évoquent un éro­tisme non sans rappeler des images stéréotypées liées au péché originel. D’autres fois, les artistes se plaisent à révéler sa beauté spirituelle et angélique.

La thématique de la femme est aujourd’hui revisitée dans deux expositions tenues à Zamalek : Un Blog humain de Walid Ebeid, qui vient de prendre fin à la galerie Le Caire Art Contemporain et Beauté invisible de Hend Al-Falafli, à la galerie Safar Khan jusqu’au 5 décembre. Ebeid s’inspire des femmes issues de classes pauvres, écrasées par une société masculine et conservatrice. Al-Falafli dévoile des portraits discrets et assez émouvants.

« Je suis toujours soucieux de représenter la femme comme un être complexe. Elle garde en elle des mil­liers de souvenirs, des détails de la vie quotidienne, des expériences qui se reflètent dans son rapport avec l’autre sexe », explique Walid Ebeid qui propose dans ses peintures à l’acrylique et à l’huile des réflexions propres aux femmes égyptiennes. Celles-ci ne cherchent plus à être séduisantes, elles se présentent plu­tôt comme des créatures terre à terre, issues du monde réel. Ebeid dépeint des corps charnus et voluptueux qui respirent la souffrance.

Le Proxénète, Une Prostituée hon­nête, Femme libre en prison sont des toiles riches en couleurs et en dou­leurs. Les postures de ces femmes traduisent une soumission, une peur et une certaine faiblesse. Ces der­nières luttent pour survivre, souvent manipulées et contrôlées par des hommes de leur entourage. La plu­part de ses modèles ont un petit fichu sur la tête, couvrant bien les che­veux. « Mes femmes sont issues d’un milieu populaire. C’est là que l’on retrouve les vraies Egyptiennes qui maintiennent les traditions du pays et traduisent les problèmes locaux ».

Sa toile Besoin d’une étreinte montre un couple allongé qui s’em­brasse au bord d’un lit. On ne voit pas les visages, mais on remarque à proximité du lit les pieds d’un enfant qui les regarde. L’oeuvre est sen­suelle, mais laisse échapper une grande affection, notamment à tra­vers les yeux de l’enfant.

Le corps nu d’une fille qui contemple un voile de mariée dans Le Rêve de toute jeune fille fait une allusion directe à l’attente du prince charmant. Ce corps palpitant repose sur un divan, sans grand espoir, comme celui d’autres femmes, épui­sées par le quotidien et le poids des rêves. Elles sont belles ces femmes, mais agissent avec nonchalance, ou plutôt avec résignation.

Tiraillement

Les mille facettes d’Eve
Un Cadeau de Hend Al-Falafli. (Photo: Bassam Al-Zoghby)

Hend Al-Falafli, pour sa part, nous fait découvrir ses portraits de femmes sensibles et rêveuses. L’artiste mêle dessin et peinture acrylique et se concentre sur les bustes de femmes, de la tête à la poitrine. « C’est le cerveau et le coeur de la femme que j’essaye de mettre en relief, le conflit entre la raison et les sentiments ».

Le contraste entre le noir et le blanc, avec quelques touches bleuâtres, sert à mieux souligner ce tiraillement. C’est d’ailleurs le cas de la grande toile intitulée Pressions, poussant le jeu de contraste à l’ex­trême. Souvent, les femmes de Falafli ferment les yeux pour échap­per aux fardeaux de tous les jours.

Le noir, le blanc et le rouge … Les trois couleurs du drapeau égyptien couvrent le visage de la femme dans Perspicacité. C’est l’Egypte à l’affût d’un avenir meilleur.

Les traits de la plupart des visages sont typiquement égyptiens. Quelques dorures leur accordent une certaine vitalité, un air romantique, parfois rêveur. Tantôt, la femme dia­logue avec un papillon coloré, tan­tôt, elle lui sourit ou se replie sur elle-même. « Le papillon vient absorber le nectar de la femme comme celui d’une fleur. Il capte la beauté invisible de toutes ces femmes, touche à leurs secrets », souligne l’artiste qui nous propose un monde féminin original, nette­ment éloigné de celui de Walid Ebeid.

Beauté invisible, jusqu’au 5 décembre, de 10h à 21h (sauf le dimanche), à la galerie Safar Khan, 6, rue Brésil, Zamalek. Tél. : 2735 3314

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