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Trois chefs-d’oeuvre sortis du chaos

Mohamed Atef, Lundi, 16 novembre 2015

Trois films, deux iraqiens et un syrien, marquent la 37e édition du Festival inter­national du film du Caire. Cette année, l’accent est mis sur l’augmentation du nombre de films projetés et sur la diversité, à l’instar du premier long métrage de Jonas Carpignano, Mediterranea.

Trois chefs-d’oeuvre sortis du chaos
Bagdad en dehors de Bagdad.

L’on dit souvent qu’une conjoncture identique produit une similarité dans la créativité. C’est en tout cas ce qui apparaît clairement dans les films arabes participant à la 37e édition du Festival international du film du Caire. La réalité est, en effet, souvent la même dans toute la région.

La situation prévalant en Syrie et en Iraq a empêché ces deux pays de présenter des oeuvres similaires aux années passées, en raison du manque d’infrastructures cinématographiques, de l’insuffisance de la production gouvernemen­tale et de l’absence de producteurs privés.

Trois chefs-d’oeuvre sortis du chaos
Odyssée iraqienne.

Pourtant, trois oeuvres exceptionnelles prove­nant de ces deux pays figurent en tête de liste des films les plus visionnés par le public : Dans l’attente de l’automne, du réalisateur syrien Jawd Said, Bagdad en dehors de Bagdad du réalisateur iraqien Bassel Hawl, et Odyssée ira­qienne du réalisateur iraqien vivant en Suisse, connu sous le nom de Samir. Ces trois longs métrages résument bien la situation en Iraq et en Syrie. Il ne reste du premier que les souvenirs d’un beau passé, alors que le deuxième essaye malgré tout de survivre.

Dans l’attente de l’automne tourne autour de femmes syriennes à la recherche du bonheur perdu à travers de petites victoires personnelles, défiant ainsi les grandes défaites générales, tels la victoire dans un match de football ou le renouement avec un bien-aimé. Les événements se situent en 2013, après la décision des Etats-Unis de mener une coalition internationale contre la Syrie.

Jawd Said tente d’illustrer, à travers des diver­gences de vue entre les citoyens d’un même village ou des membres d’une même famille, la vérité du conflit en Syrie, où la plupart des par­ties refusent de renoncer à leur patrie. Jawd Said réussit, avec beaucoup d’intelligence, à trans­mettre un message sur la situation sociale en Syrie, animé par des acteurs connus pour leurs orientations politiques, qui affirment qu’il n’y d’autre solution que le dialogue.

Trois chefs-d’oeuvre sortis du chaos
Dans l’attente de l’automne.

Le réalisateur de Bagdad en dehors de Bagdad cherche, lui, à fuir la réalité. Il est en quête du passé. Le protagoniste revit l’épopée de Gilgamesh, ce personnage mythique de Mésopotamie. Les esprits des aïeuls errent avec tristesse et tentent d’inciter les Iraqiens à réaliser les rêves de leur passé glorieux. Le film, qui combine poésie et fantaisie, se termine sur une scène dramatique, lorsque le garde des monu­ments devient impuissant à les défendre, n’étant plus capable de distinguer entre celui venu les piller et celui désireux de les protéger. Il est incapable de tirer sur la bonne personne. Cette scène ferait allusion aux grandes figures ira­qiennes qui ont construit l’Iraq, pays que les Iraqiens d’aujourd’hui sont incapables de sauve­garder.

Quant à Samir, né en Iraq et vivant en Suisse, il part aussi à la recherche du passé, mais de manière plus réaliste. Le protago­niste se révolte contre la représentation docu­mentaire traditionnelle de l’Iraq d’au­jourd’hui.

Il s’écarte des explosions, des scènes de destruction et de ce qui est véhiculé par les médias arabes et occidentaux, qui se plai­sent à confirmer la dévastation totale de l’Iraq. Il emmène le spectateur vers l’Iraq des immigrés, avec sa petite famille bour­geoise et cultivée qui a quitté le pays depuis les années 1950 et qui s’est installée dans les capitales d’Europe et d’Amérique. Il ouvre les albums de photos, écoute les chansons et se rappelle l’Iraq du passé, avec sa mode, son art, sa culture, ses coutumes et les progrès réalisés dans le passé.

C’est un long métrage débordant de nos­talgie ressentie par les spectateurs non seu­lement iraqiens, mais aussi arabes, pour un passé tant regretté, substitué par un présent difficile à comprendre, devenu un ravage politique, social, civilisationnel et culturel.

Dans l’attente de l’automne a été produit par l’Institution publique du cinéma syrien. Bagdad en dehors de Bagdad a été réalisé dans des conditions très difficiles, ce qui lui a valu d’être récompensé. Odyssée ira­qienne est une oeuvre conjointe produite par la Suisse, l’Iraq et l’Allemagne. La Suisse l’avait d’ailleurs choisie pour la représenter à l’Oscar du meilleur film étranger, qui sera organisé début 2016 .

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