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L'étoffe d'un chef d'orchestre

Novine Movarekhi, Mardi, 20 octobre 2015

A 26 ans, Ahmad Farag est considéré comme un jeune prodige de la musique classique. Après avoir été dirigé par Daniel Barenboïm, il espère, à son tour, tenir la baguette de chef d’orchestre.

L
Ahmad Farag, jeune talent de la direction d’orchestre.

Né en 1989 au Caire, dans une famille de non musiciens, Ahmad Farag débute le hautbois à l’âge de neuf ans au Conservatoire du Caire. Il suit l’enseignement d’Eric Kocinski, profes­seur polonais, qui remarque les dons musicaux de son élève et l’encourage par la suite à poursuivre ses études musi­cales à l’étranger. En parallèle, le jeune musicien acquiert sa première expé­rience en tant qu’hautboïste au sein de l’Orchestre de l’Opéra du Caire. Puis en 2007, après l’obtention du diplôme d’études musicales en hautbois, il a eu le privilège de rejoindre les pupitres du West-Eastern Divan Orchestra, fondé et dirigé par Daniel Barenboïm, avec lequel il travaillera jusqu’en 2010.

Lauréat, en 2008, des bourses des fondations Barenboïm-Saïd et Hans Wilsdorf, Ahmad Farag décide de par­faire sa formation en Suisse, à la Haute Ecole de Musique de Genève (HEM). Il y intègre les classes de Roland Perrenoud et d’Alexei Ogrintchouk, respective­ment dans les programmes de bachelor puis de master en hautbois. Très vite, il acquiert un solide bagage musical et culturel, mais aussi la passion du réper­toire et le goût de l’orchestre. C’est un cours d’initiation à la direction d’or­chestre qui le décide à poursuivre dans cette voie et l’amène à s’inscrire au pro­gramme de master. « Deux musiciens de renommée internationale ont inspiré mon choix pour la direction d’orchestre, Daniel Barenboïm et Nader Abbassi ».

S’il est vrai que l’un des meilleurs apprentissages pour être chef réside dans le fait d’être soi-même musicien d’or­chestre, cela ne suffit certainement pas. Image vivante de la partition, le chef joue en réalité un rôle bien plus subtil qu’il n’y paraît : donner une unité, une âme à une oeuvre, mais aussi une cou­leur, un style à un orchestre. Un lien résolument magique et indicible se dégage entre la personne qui dirige et le son émis par les musiciens. C’est ce lien à la fois humain, musical et spirituel qui fascine le jeune Egyptien. « J’aime pro­duire le son avec le hautbois, et plus encore avec la direction ! Diriger est une autre façon de produire le son. Le chef doit faire vibrer, inspirer l’or­chestre, il est une personnalité vivante, il transmet la musique par les mouve­ments. C’est ce qui m’intéresse dans ce rôle », lance-t-il avec enthousiasme. Plusieurs fois mis à l’épreuve devant un ensemble instrumental, Ahmad Farag a su remporter l’adhésion de tous. « Une aisance corporelle frappante, un véri­table don pour la gestuelle et un cha­risme naturel, au-delà d’être un excel­lent musicien, Ahmad Farag possède ces qualités essentielles pour prétendre diri­ger », plaide Laurent Gay, professeur titulaire de la classe de direction d’or­chestre à la HEM.

Sept années de résidence à Genève ont donc marqué le jeune chef à plusieurs niveaux. « J’ai appris énormément, en termes de répertoire. Mais aussi humai­nement et socialement. J’ai également eu la chance de rencontrer des étudiants venant d’horizons divers, d’avoir des discussions passionnantes sur sujets variés, de vivre des émotions fortes ». Sans parler des rencontres avec des grands chefs, compositeurs et musiciens tels que Heinz Holliger et Maurice Bourgue, à l’occasion de leur passage dans la cité de Calvin. Cette ville inter­nationale offre sans aucun doute de pré­cieuses opportunités dans le domaine artistique. « J’apprécie la diversité des projets financés dans lesquels les jeunes musiciens peuvent s’investir ».

Farag a notamment eu l’opportunité de se produire dans divers orchestres et ensembles baroques, classiques et contemporains, ainsi que dans des festi­vals réputés, tels que Les Athéniennes et Les Jardins musicaux. « La Suisse est un grand chapitre de ma vie. J’avais 19 ans quand je suis arrivé ici, et j’y ai résidé jusqu’à l’âge de 26 ans ! Je rentre donc en Egypte en tant qu’une autre per­sonne ! C’est le pays où j’ai appris le français, la musique, la vie, la façon dont fonctionne le monde ».

Belle plume, belle âme

Epris de liberté, ce musicien pas­sionné décèle d’autres talents cachés. Il ne sait pas manier avec aisance seule­ment la baguette mais aussi la plume. Et vient de terminer l’écriture de son premier roman, Gamil Al-Roh (belle âme). « Inspiré de mes propres expé­riences et de celles des autres, ce roman est cependant une fiction, l’histoire d’un jeune homme égyptien qui vient étudier à Genève », dit-il sur un ton amusé. Le roman sera publié en arabe dans un premier temps, puis en fran­çais. C’est donc avec des projets inno­vants qu’Ahmad Farag est de retour au Caire. Parallèlement à ses activités de chambriste et soliste, il souhaite que la découverte et l’accès à la musique clas­sique soient possibles pour un plus large public dans son pays. Dans cette perspective, Ahmad Farag souhaiterait aussi être impliqué dans le domaine de l’enseignement : « Transmettre le goût de la musique classique aux Egyptiens, à travers mes connaissances instru­mentales et de direction d’orchestre, créer au sein des écoles et des universi­tés des activités autour de ce style de musique, afin de le faire connaître à une plus grande population ».

Récemment invité à se produire à la Philharmonie de Berlin sous la direction d’Ahmad Al-Saïdi, l’Orchestre sympho­nique du Caire est de retour en Egypte. Ahmad Farag jouera en son sein durant cette saison qui débute avec les roman­tiques : Beethoven, Schubert, Brahms et d'autres.

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