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Jadal, ça rock en arabe

May Sélim, Lundi, 10 août 2015

Le groupe musical jordanien Jadal est actuellement en tournée dans plusieurs villes arabes, dont Alexandrie. Le rock se mêle à des paroles arabes exprimant le malaise de la jeunesse.

Jadal, ça rock en arabe
Jadal, des paroles et musiques récalcitrantes.

Ils sèment partout la contro­verse, enflamment la scène et font bouger le public. Ils chan­tent leur jeunesse, mêlent les genres musicaux et attirent de plus en plus de fans de par le monde. Ce sont Mahmoud Al-Radaidah (gui­tare), Ahmad Al-Zoghbi (vocaliste), Kamel Almani (basse) et Laith Nimri (percussions), les membres du groupe jordanien de rock, Jadal (controverse), et qui se produiront à Alexandrie durant les jours qui vien­nent, dans le cadre du festival d’été, organisé par la Bibliotheca. Les paroles sont en arabe et les mélodies, du pur rock.

Le groupe de musique dite alterna­tive a été fondé en 2003 par le guita­riste, compositeur et producteur Mahmoud Al-Radaidah. A cette époque, la scène musicale jorda­nienne favorisait plutôt le pop, la musique commerciale et les chan­sons d’amour. La formation de Jadal, en tant que groupe under­ground, n’était donc pas une tâche facile. Ses musiciens ont dû sur­prendre le public de par le nouvel arrangement du tube du légendaire Abdel-Halim Hafez Al-Toubah. Un choix significatif et intelligent d’Al-Radaidah. Celui-ci a allié les mélo­dies occidentales du rock à des paroles arabes, gravées dans la mémoire collective du public. Ainsi cette chanson a bien introduit Jadal en tant que troupe pionnière de rock arabe.

Al-Radaidah a fait sortir ensuite le single Salma, une chanson qu’il a écrite et composée lui-même, dédiée à sa nièce. Une fois diffusée à la radio, ce tube a propulsé Jadal au-devant de la scène musicale en Jordanie.

Entre 2003 et 2009, les chansons de Jadal étaient influencées par des troupes comme Radiohead, Muse, ColdPlay, Deftones, Tool et autres. En fait, elles effectuent un va-et-vient permanent entre le rock indé­pendant et le grunge. Et les thèmes abordés sont ancrés dans la vie de la jeunesse arabe. A titre d’exemple, l’on évoque la course contre la montre pour travailler et gagner son pain, l’on ridiculise les situations difficiles du pays ou les problèmes qu’affronte la jeunesse. Les vidéo-clips de Jadal expriment souvent une critique acerbe de la réalité à travers des histoires humoristiques.

Fuir l’engagement
En 2009, la sortie de leur premier album Arabic Rocks (rock arabe) affirme ce même style avec 14 chan­sons écrites et composées par Al-Radaidah. La troupe est sollicitée et élargit de plus en plus son public.

Le deuxième album, Al-Makina (la machine), sorti en 2012, témoigne d’un tournant dans le parcours du groupe qui a décidé de fusionner plu­sieurs genres musicaux. « L’évolution est bien naturelle. Mon expérience dans l’écriture et la composition des chansons est devenue plus impor­tante. Donc, parler d’une fusion ou d’un mélange est un produit naturel, non artificiel, allant de pair avec mon évolution personnelle. Je ne m’at­tarde pas trop sur la définition de la fusion musicale. Pourtant, c’est tout à fait mon style d’écriture et de compo­sition. C’est le style de Jadal qui est toujours en progression, suivant les inspirations du temps et celles des musiciens », estime Al-Radaidah.

I’m in Love With Wala Bent (je suis amoureux d’aucune fille) et Ana Bakhaf Men Al-Committement (j’ai peur de l’engagement) sont deux tubes anglo-arabes, basés sur l’hu­mour et le jeu de mots. Ils évoquent les problèmes entre Homme et Femme dans la société d’aujourd’hui. Al-Radaidah explique que le fait d’in­troduire des mots en anglais dans les chansons arabes n’est pas un objectif en soi. « J’écris et je chante comme je parle ou comme j’imagine que les autres parlent. J’entre dans un monde fictif et je donne libre cours aux paroles et aux mélodies. Je ne contrôle pas mes chansons pour plaire ou pour éviter la critique. Je transmets juste un message d’abord sur papier, ensuite au grand public », dit-il.

Leur récente chanson, Sotkom Aala Min Sout Al-Sammaat (vos voix sont plus fortes que les haut-parleurs) a fait fureur sur la toile. Elle est née d’une expérience réelle, vécue par Jadal. La troupe a essayé pendant toute une année d’animer un concert à la capitale, Amman. Mais les orga­nismes officiels ou privés jugeaient que les oeuvres de la troupe sont pro­vocantes. Finalement, après tant d’ef­forts, le concert ne s’est tenu qu’en avril 2015. Les musiciens ont alors chanté leur expérience, racontant leur parcours de combattant, d’où la chan­son Nos Voix sont plus fortes que les hauts-parleurs : « Pourquoi nous craignent-ils? (...) Si quelqu’un nous déteste et s’oppose à ce que les gens nous reconnaissent, il n’a qu’à cou­per le courant et dire aux gens faites marche arrière » .

Le 14 août à 20h à la Bibliothèque d’Alexandrie, Corniche de Chatbi.

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