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L’accordéoniste et ses contes

Névine Lameï, Lundi, 06 juillet 2015

La jeune chanteuse et accordéoniste Yousra Al-Hawary se produit en solo, le 9 juillet, à l’espace Dekka, à Moqattam. La musicienne va bientôt lancer son premier album.

L’accordéoniste et ses contes
Un accordéon aussi rebelle que la chanteuse.

Elle se veut différente et indépendante, loin du déjà-vu, des restrictions et de l’interdit. Yousra Al-Hawary, 32 ans, a choisi l’accor­déon qui lui réserve une place à part dans le paysage musical égyptien. Et a décidé de ne pas compter sur sa douce voix, mais plutôt sur son savoir-faire. Ses chansons engagées et entraî­nantes, en arabe dialectal, sur la vie quotidienne des Egyptiens, sont davantage contées que chantées. Elle croit fort à l’intégrité de l’artiste lequel propose son propre projet. Egalement parolière, compositrice et animatrice de radio, elle se produit partout, en Egypte comme ailleurs.

Plongée dans la musique, dès sa tendre enfance, Yousra Al-Hawary est née au Koweït, dans une famille égyp­tienne assez mélomane. La musi­cienne en herbe aimait jouer au piano entre amis, à l’école ou à la maison. De retour en Egypte, en 1990, pen­dant la guerre du Golfe, la petite Yousra a fait des études en composi­tion classique, au centre du guitariste Mohamad Al-Tobgui, adoptant le même système pédagogique de l’école royale de Londres. A ce moment, Al-Hawary a eu un fort pen­chant pour l’accordéon. « C’est l’ins­trument que je cherchais. Un instru­ment, à anche libre, avec lequel je respire mon émancipation et mon autonomie musicales. Un instrument capable de me distinguer du reste de ma génération, avec sa musique dite post-révolutionnaire », déclare Yousra Al-Hawary qui a appris à jouer l’accordéon en autodidacte. « Les vidéos sur Youtube de mon idole l’ac­cordéoniste français Yann Tiersen, dont la musique oscille entre valse, tango et java, m’ont beaucoup servie dans mes recherches », ajoute la pas­sionnée de musique française sur accordéon diatonique, notamment les chansons d’Adamo, Piaf et Aznavour.

Ses débuts, avec Al-Tamye
Loin des chansons françaises d’amour, elle soumet son accordéon à ses besoins, optant pour un zeste local. Au visage innocent et à la voix déli­cate, elle refuse d’être emprisonnée dans le monde des princesses, des rêves et des promesses « éventuelles », et préfère élire domicile dans la réalité vécue. C’est dans la troupe théâtrale indépendante Al-Tamye (la boue), que Yousra Al-Hawary a d’abord assouvi, à l’âge de 24 ans, ses besoins de « vol libre ». En 2007, elle fait sa première apparition sur scène, à Saqiet Al-Sawi, avec Al-Tamye, alors qu’elle poursui­vait ses études en design graphique, aux beaux-arts de Zamalek. « Al-Tamye dépend sur la narration des expériences personnelles, les interprétant sur scène comme des contes. Avec cette troupe, j’ai décou­vert Cheikh Imam dont le parcours artistique et les conditions de vie s’avèrent proches de notre génération d’artistes indépendants qui veulent se faire une place et rejettent les diktats du marché », lance Yousra Al-Hawary.

Si au début de sa carrière, elle pui­sait dans le répertoire de Cheikh Imam, avec de nouveaux remix, elle ne tardera pas à se forger une place sur la scène artistique, comptant surtout sur l’autofinancement. Elle crée un groupe musical, favorisant la parole facile, non sans humour, tournant la société en dérision. Une douce ironie qui, loin des paroles « contestataires » et « provocantes », essaie de faire bouger les choses.

En 2010, elle s’est liée au projet The Choir (la chorale), regroupant plu­sieurs amateurs qui voulaient « chan­ter au lieu de se plaindre de tout ». Leurs chansons étaient comme des signes avant-coureurs de la révolu­tion.

Le répertoire de Yousra compte 30 chansons qui ressemblent à des fables, simples et touchantes, sous la forme de courts récits en vers, comme Kanet Ayam (des jours passés), Jessica, Autobus, Bel Mazbout (l’exact), Hatou Kétir (apportez en plus) et Chay Bellabane (thé au lait). « Mes fans aiment beaucoup la chanson Jessica, racontant l’histoire d’une Française qui s’est séparée de son fiancé », dit-elle. Avec la chanson Babtessem (je souris), Yousra a signé le générique du film Fatat Al-Masnaa (la fille de l’usine), de Mohamad Khan. « A travers cette chanson j’ai voulu saluer les femmes qui tentent de réaliser leurs rêves, de partager leurs joies. Quant à ma chanson Al-Sour (le mur), écrite par Walid Taher, elle est la plus demandée dans mes concerts et m’a valu le prix de la com­pétition International Fairplay, en 2012. Elle aborde les murs construits autour de la place Tahrir, au lende­main de la révolution du 25 janvier », explique la musicienne .

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