Action ! Premières projections, montées des marches, conférences de presse, débats et polémiques : le Festival de Cannes est donc lancé.
Si Pierre Lescure, le nouveau président succédant à Gilles Jacob, et Thierry Frémaux, le délégué général, ont promis, lors de la présentation de la sélection officielle du Festival en avril, de présenter une « édition cannoise riche et différente », cette promesse va — jusqu’alors — dans la direction d’être bien tenue.
Dès ses quelques premiers jours, le Festival de Cannes offre à son public belles surprises avec maintes tendances et premières : une première de voir une présidence du jury tenue par deux personnalités fortes, puisqu’il s’agit des deux réalisateurs américains, les frères Joel et Ethan Coen, visiteurs habituels de la Croisette, dignes représentants des fratries du septième art depuis Auguste et Louis Lumière. Toutefois, s’ils sont complémentaires dans la création et la réalisation de leurs films, comment vont se dérouler les délibérations, non seulement entre eux, mais de même avec les autres jurés ? D’ailleurs, constitueront-ils deux voix dans la nomination, ou bien une seule ? C’est à attendre de savoir donc lors du palmarès.
Deuxième première : les deux présidents du jury annoncent leur refus pour l’idée qu’il puisse y avoir un meilleur film. « Attribuer un titre de meilleur film c’est quelque chose qui me semble assez étrange de la part d’un artiste, surtout quand on récompense des gens qui exercent le même art que nous. Nous ne sommes pas des critiques, il ne s’agit pas de détester des films, mais de se mettre d’accord sur un film que l’on aime tous et que l’on a envie de célébrer. C’est comme ça que je vois notre rôle ici », a déclaré Joel Coen.
C’est cet esprit de nouveauté et de rébellion qui domine en fait les premières activités cannoises, tout à travers un film d’auteur en ouverture et trois femmes dans la sélection. Ce festival connu par son penchant à choisir le plus souvent de grosses productions pour ouvrir son bal, tels que Moulin rouge, Là-haut, Les Aventures de Robin des bois ou Grace l’an dernier, c’est pour la première fois qu’un film d’auteur français vient prendre la relève à l’ouverture : La Tête haute d’Emmanuelle Bercot, qui n’est pas toutefois en compétition. Nouveauté également : le film est réalisé par une femme, dans une première qu’une réalisatrice ouvre les festivités, avec un sujet grave, dans lequel Catherine Deneuve interprète le premier rôle, d’une juge pour enfants. Autre particularité : la réalisatrice du film, Emmanuelle Bercot, est également comédienne et est en lice cette année également pour le Prix d’interprétation féminine, puisqu’elle partage l’affiche d’un autre film français, Mon Roi de Maïwenn.
Il est à souligner également une autre initiative bien importante du festival, celle de créer un nouveau prix spécialement dédié au documentaire, L’OEil d’or, alors que le genre est de plus en plus abondant et rencontre un succès en croissance dans les salles internationales.
Une cuvée éclectique
A part ses nouveautés, cette édition cannoise 2015 s’annonce être une cuvée éclectique, assez riche à travers l’éventail de plusieurs genres. Le programme du festival commence assez fort pour la compétition de cette édition avec des réalisateurs talentueux, même si leurs oeuvres font diviser la presse. Le premier de ces cinéastes en lice pour la Palme d’or : l’Italien Matteo Garrone avec son film Tale of Tales (conte des contes). Deux fois Grand Prix du jury, pour Gomorra en 2008 et Reality en 2012, Garrone mise dans ce nouveau film sur la féerie qui vient d’offrir un effet spécial à l’écran solennel de Cannes. Voici un roi qui chasse un monstre marin ; une reine (Salma Hayek) qui se désespère de ne pas avoir d’enfant, mais qui mange le coeur du monstre marin tué par son mari — comme recommandé par un sorcier — puis accouche dans la nuit ; un autre roi (Vincent Cassel) qui court après les belles et trouve la plus mystérieuse de toutes, et voilà une princesse qu’un ogre emporte sur son dos jusqu’à son nid d’aigle ! Sortis d’un beau livre d’images, ces personnages paraissent alors comme des animateurs ou plutôt des troubadours venus divertir le royaume cannois du cinéma. Une plongée donc dans des aventures légendaires et fantastiques au parfum d’enfance qui, malgré son charme et l’originalité de sa présentation à Cannes, laisse la médiocrité visuelle s’imposer vite, puisque le film tombe vite tant dans la longueur que dans la lourdeur, avec une mise en scène qui perd subitement l’imagination et une interprétation vacillant malheureusement entre crédibilité et froideur.
Retrouvaille attendue
Après quatre ans d’absence depuis Restless en 2011, le réalisateur américain Gus Van Sant revient à Cannes. Laissant de côté les ados — principaux héros de la plupart de ses oeuvres, il s’attaque cette fois-ci au thème du suicide, dans un drame romantique et existentiel qui concourt pour la Palme d’or. Un sujet assez profond qu’il excelle à discuter à travers l’histoire de deux gens qui se rencontrent par hasard au Japon dans la fameuse forêt d’Aokigahara surnommée « la forêt des suicides ». Le héros principal (Matthew McConaughey) est un mari américain qui, face à la mort de sa femme — interprétée par Naomi Watts —, décide de prendre l’avion pour le Japon pour mettre fin à ses jours. Une occasion pour voir le réalisateur exposer quelques belles idées sur la mort, la solitude et l’amour manqué. Néanmoins, sans être une totale déception, La Forêt des songes n’est pas à la hauteur des attentes des fans de Gus Van Sant, connu par ses oeuvres souvent sophistiquées. Toutefois, le film excelle à présenter le plus simplement possible des idées assez profondes sur la relation entre les gens, et le regret de perdre une âme proche à nous, avant que nous ne puissions la connaître vraiment. Une fibre romantique dans une allure mystérieuse mais fascinante qui mérite qu’on se perde quelques minutes dans cette Forêt des songes et des sentiments humains assez nobles, tout en attendant de voir le comédien Matthew McConaughey parmi les premiers candidats au prix de l’interprétation masculine .
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