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Rendre la maladie moins accablante

Chahinaz Gheith , Mercredi, 23 février 2022

Offrir un hébergement et un transport gratuits, un soutien scolaire, une perruque … Des initiatives individuelles pour faciliter le quotidien des enfants atteints d’un cancer. Focus à l’occasion de la Journée internationale du cancer de l’enfant, célébrée le 15 février.

Rendre la maladie moins accablante
Am Zaza a transformé son domicile en un refuge pour les enfants atteints de cancer et leurs familles venant de gouvernorats éloignés.

Am zaza ou Al-Moallem Siyam n’est plus. Il est décédé il y a quelques semaines, suscitant l’émoi de nombre d’Egyptiens qui le chérissaient pour son grand coeur et sa bonne conduite envers les enfants cancéreux. Ce boucher qui avait la cinquantaine a mobilisé tous ses moyens pour atténuer les souffrances de ces enfants en garantissant leur transport et leur hébergement. Tout a commencé depuis 3 ans, lorsque Am Zaza a décidé de transformer son appartement situé au quartier de Sayeda Zeinab en un refuge pour les enfants atteints de cancer. Et ce, pour accueillir ceux originaires de gouvernorats et villes éloignés de la capitale, qui n’ont pas où loger au Caire, mais qui sont contraints de venir se soigner à l’Institut des tumeurs et à l’hôpital 57357. Am Zaza avait réalisé que plusieurs familles avaient dû arrêter le traitement de leurs enfants faute de moyens pour payer un loyer. « Voir un enfant allongé à même le sol, se tordant de douleur, en face de l’hôpital m’est insupportable. Qu’il soit contraint, lui et sa famille, de passer la nuit dans la rue parce qu’ils ne peuvent pas se permettre de payer une centaine de L.E. par jour pour louer une chambre. Il est vrai que mon appartement n’est pas luxueux, mais ces enfants ont au moins un toit quand ils viennent pour les séances de chimiothérapie et de radiothérapie », a dit, sur une chaîne satellite, Am Zaza, qui a consacré le premier étage de son appartement, situé tout près de l’hôpital 57357, et l’a doté d’une dizaine de lits, de chaises roulantes et d’autres commodités destinées à permettre une meilleure prise en charge de ces enfants malades qu’il estime vulnérables.


Un transport gratuit pour transférer les enfants cancéreux à l’hôpital 57357.

Am Zaza avait tout le temps des enfants et des familles à héberger. Atteinte de leucémie, Doaa, une fille de 14 ans, originaire d’Assiout en Haute-Egypte, s’est dite impressionnée par le bon accueil qui lui a été réservé à son arrivée au foyer. « La beauté du lieu, les murs bariolés de dessins ainsi que le sourire de Am Zaza, tout cela m’a beaucoup aidée à sortir de l’ambiance macabre et du traitement lourd », lance-t-elle tout en pleurant avec une profonde tristesse et un grand chagrin cette âme charitable. « Nous n’avons trouvé personne qui fasse ce que Am Zaza faisait pour nous. Les gens peuvent vous recevoir et vous aider pendant une semaine ou dix jours, mais pas plus. Nous sommes ici depuis deux mois maintenant. Am Zaza nous a aidés avec les médicaments et les transports. Nous invoquons Dieu qu’il lui fasse miséricorde », lance Soad, la mère de Doaa, attristée par la nouvelle du décès de ce bienfaiteur qui comptait sur la boucherie pour financer son travail caritatif. Et bien qu’il ait souhaité augmenter sa capacité d’accueil, il a toujours refusé les dons proposés par des bénévoles. Sa devise était : « Puisque tu donnes sans retour, tu prendras sans expectation. Fais le bien en silence car demain ton travail parlera de toi à haute voix ».

Une initiative similaire a été organisée à Alexandrie par une vingtaine de chauffeurs de taxi qui ont tenu à fournir un transport gratuit à ceux qui en ont bien besoin, suite aux longues souffrances des malades qui venaient de différents gouvernorats pour se faire traiter à l’hôpital des tumeurs Ayadi Al-Chifaa. D’où les coûteux et éreintants voyages et leurs conséquences sur les patients. « Le cancer est une maladie lourde, longue et coûteuse qui nécessite une prise en charge ainsi que beaucoup d’argent dont de nombreux patients ne disposent malheureusement pas. Avoir le transport en moins à gérer, c’est s’enlever un poids », commente Omar Hassan, fondateur de l’initiative lancée sur les réseaux sociaux intitulée « Taxi Al-Kheir ».

Prise en charge psychologique

Parallèlement à la charge matérielle, d’autres enfants ont besoin d’un soutien psychologique, voire pédagogique. Autrement dit, éviter le retard scolaire en formant des classes au sein de l’hôpital 57357 permet aux enfants atteints de cancer de ne pas rater l’année scolaire. Cette initiative, prise par toute une équipe de bénévoles et de professeurs, est d’un grand secours pour ces enfants. L’objectif étant de leur éviter de redoubler ou de se détacher de l’école et de leur permettre une réinsertion rapide à la fin du traitement.


Le coiffeur du bonheur offre gratuitement des perruques personnalisées pour dessiner le sourire sur les lèvres des enfants sous chimiothérapie.

La main immobilisée par un cathéter, Hend a du mal à ouvrir les yeux. Pourtant, elle a préparé ses livres pour prendre son cours. A ses côtés, sa maman, qui surveille le flux du liquide passant dans les veines, se presse pour relever son lit. D’une voix douce, la professeure commence par expliquer la leçon avec des mots simples. Une scolarité aménagée à la carte durant laquelle l’élève essaie d’oublier temporairement ses souffrances, en transformant le milieu hospitalier en lieu d’apprentissage. « Guérir et réussir, c’est le double pari », confie Amira Moustapha, l’une des professeurs bénévoles, tout en ajoutant que l’atmosphère familiale et détendue de la classe rassure non seulement les enfants, mais aussi les parents qui sont associés aux moments scolaires. « Ces enfants viennent de loin pour un long séjour à l’hôpital, souvent plusieurs mois. Arrachés de leur monde familier, coupés de ceux qu’ils aiment et de leurs amis, à des centaines de km de chez eux, ils luttent contre la maladie, supportant les terribles souffrances physiques », souligne-t-elle.

Un avis partagé par Sameh Sallam, surnommé « le coiffeur du bonheur », qui estime que le succès d’une thérapie passe aussi par le bien-être psychologique. « Car en plus des effets dévastateurs de la maladie sur leur santé physique, le traitement lourd du cancer a des répercussions très néfastes sur le mental de ces enfants qui ont perdu leurs cheveux », lance Sameh, qui a décidé d’offrir aux petites filles atteintes d’un cancer la possibilité de retrouver des cheveux grâce à une perruque personnalisée, adaptée à chaque fille. Toutes sont faites à partir de cheveux naturels donnés par des femmes, qui sont ensuite assemblés à la main dans son salon de coiffure pour former un ensemble harmonieux et parfaitement naturel. Travaillant gratuitement pour offrir des perruques et masquer les séquelles de la maladie pour des enfants, leur permettant de regagner confiance en eux, Sameh tente aujourd’hui de faire de sa passion un mouvement social et de trouver des volontaires dans toute l’Egypte. Son but est de créer des perruques de cheveux naturels en faveur des enfants atteints de cancer et qui suivent un traitement chimiothérapique. Selon lui, pour réaliser une seule perruque, il faut entre 6 et 10 donneurs, selon la densité voulue. Afin de rendre plus belles, réalistes et durables les perruques, les cheveux donnés doivent répondre aux conditions suivantes : ils doivent avoir au minimum 25 cm de long, être attachés en queue de cheval et fixés par un élastique, et ils doivent être fraîchement lavés et complètement secs, sans produits coiffants. « C’est un très beau geste. Lara, 7 ans, va à l’école, et le fait qu’elle a perdu ses cheveux est un gros problème pour elle, car elle se sent différente de ses amies. Elle avait les cheveux longs, mais à cause de son cancer, elle les a perdus, et cela l’a beaucoup affectée. Et pour vaincre la maladie, elle doit faire preuve de psychisme et pas seulement de traitement », conclut Hassan, père de Lara.

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