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Tamer, sourd-muet et militant

Dina Bakr, Lundi, 01 septembre 2014

Diplômé de la faculté des arts appliqués et membre du Conseil national des handicapés, Tamer est sourd-muet. Il défend les droits de cette tranche de la population

Sourd

« Les handicapés, surtout les sourds-muets, ont le droit de faire des études universitaires! Cette catégorie de handicapés subit une grande injus­tice, et la société fait tout pour les écarter de la scène », revendique Tamer Anis, ingénieur sourd-muet et membre du Conseil national des handica­pés.

Cet ingénieur, promu en 1990 de la faculté des arts appliqués, sec­tion design intérieur, est un cas exceptionnel. Il a pu faire des études universitaires en insistant auprès des responsables des uni­versités. « Ma mère avait tellement confiance en ma capacité de réus­sir, elle était mon porte-parole pour revendiquer mon droit à l’en­seignement », ajoute Anis, se sou­venant de sa mère décédée qui l’avait soutenu jusqu’au bout. Effectivement, il a obtenu une men­tion générale Très Bien en dernière année d’études. Cette mère, attristée par le handicap de son fils causé par une erreur médicale, l’a encouragé à déployer un maximum d’efforts pour mener une vie normale comme ses frères.

« J’ai travaillé fort pour combler l’absence d’un interprète, d’autant plus que je n’avais pas d’édu­cation linguistique suffisante me permettant de comprendre les matières d’histoire à la faculté », raconte-t-il. Par contre, il était brillant en mathématiques, il aidait ses collègues, et à leur tour, ils essayaient de trouver moyen de lui expliquer l’histoire. En effet, les sourds-muets connaissent mal la lan­gue arabe, lorsqu’ils sont en 2e pré­paratoire, ils apprennent le pro­gramme d’arabe de la 5e primaire.

Anis a travaillé comme charpentier dans une grande société de construc­tion pendant ses études secondaires. Il rassemblait les dessins et plans sur lesquels les ingénieurs travaillaient et les étudiait chez lui. C’est ainsi qu’il a appris la technique de travail des ingénieurs. A l’époque, il avait obtenu la 3e meilleure place nationale aux examens de fin d’études secondaires pour les han­dicapés avec un pourcentage de réussite de 80%.

Les facultés de pédagogie et d’arts appliqués avaient refusé de l’accueillir, car jamais un sourd-muet n’avait pu atteindre l’enseignement supérieur. Mais grâce à son génie en mathématiques, il a pu y entrer. « Pour être sûr d’avoir bien compris telle ou telle information, je m’adressais à plusieurs collè­gues », raconte-t-il.

Anis travaille aujourd’hui dans une société pétro­lière. A travers une ONG dont il est président, et le Conseil national des handicapés dont il est membre, il cherche à défendre les droits des sourds-muets. « Disposer d’un interprète pour les sourds-muets est un droit. Ceux qui ont les moyens se dirigent vers l’enseignement privé. Ceux qui n’en ont pas, renoncent complètement à l’enseignement supé­rieur », dénonce-t-il.

Anis souhaite qu’en Egypte, les sourds-muets puissent avoir le droit à une vie normale comme dans les pays développés. Enseignement, santé et impôts réduits sont les priorités qu’il veut sou­mettre au prochain Parlement. « Il faut d’abord que l’Etat admette le langage des signes en tant que langue officielle pour les sourds-muets, afin qu’ils aient la chance de faire des études universitaires », conclut-il .

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