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Festival des pastèques : Plaisir des sens

Chahinaz Gheith , Mercredi, 25 mai 2022

Rien ne rime mieux avec l’été qu’une pastèque douce et froide. Et rien de mieux pour célébrer ce fruit qu’un festival spécial aux couleurs artistiques. C’est ce que viennent d’organiser les stations balnéaires de Marsa Alam et d’Hurghada. Tournée.

Festival des pastèques : Plaisir des sens
Deux tonnes de pastèques ont été utilisées lors de ce festival auquel ont participé 13 chefs qui ont montré leur dextérité de sculpteurs.

L’ambiance est festive et joyeuse à la plage paradisiaque d’un hôtel 5 étoiles de la ville de Marsa Alam, située au bord de la mer Rouge. C’est le Festival de la pastèque où sont présentés des échantillons de sculptures artistiques sur ce fruit, le plus rafraîchissant de l’été. Diverses spécialités à base de pastèques (confiture, sirop, compote, tarte, crème glacée, cocktails, brochettes, etc.) sont présentées par différents chefs cuisiniers qui tentent de montrer leurs compétences aux touristes, mêlant ainsi plaisirs gustatifs et originalité. A l’aide d’un couteau, les chefs découpent, tranchent et cisèlent la chair du fruit. Alors qu’il paraît déjà difficile d’éventrer une pastèque pour en faire une simple coupe à salade de fruits, ces artistes montrent pas à pas aux touristes comment s’y prendre pour transformer de la simple nourriture en spectacle visuel. Chacun officiant avec des gestes empreints d’une précision extrême pour un résultat dépassant même l’imagination. On dirait que la sculpture de ce fruit est non seulement un art délicat demandant un savoir-faire technique certain, mais aussi une concurrence ayant pour objectif de découvrir les vrais talents.

De vraies sculptures

Regarder ces artistes dessiner et sculpter des portraits des stars comme le joueur célèbre Mohamad Salah, ainsi que d’autres sur des pastèques est impressionnant. «  Combien de temps faut-il pour accomplir ce travail d’orfèvre qui aboutit à une oeuvre éphémère ? », demande un touriste à un chef cuisinier. La question le fait sourire et il justifie sa patience par sa passion. « Il suffit de quatre coups de couteau pour faire sourire un navet ou transformer une fraise en rose », répond Ahmad Saleh, chef cuisinier. Pour lui, sculpter est bon pour l’esprit, parce que cela développe sa concentration et son imagination. Il ajoute : « La pastèque donne des résultats particulièrement intéressants. Le fort contraste entre le vert de la peau qui s’éclaircit graduellement quand on la râpe et le rouge brillant de la chair permet de créer des sculptures très colorées. Celles-ci sont bien sûr éphémères et ne tiennent pas plus de deux jours, mais cela permet aussi de se régaler d’une bonne pastèque sans se sentir coupable de détruire un si beau travail ».


Coloré et minutieux, l’art de la découpe de pastèque attire aujourd’hui de plus en plus d’adeptes. (Photo : Al-Ahram)

Lors de la sculpture sur pastèques, et alors que chacun de ces artistes essaie de mettre sa touche personnelle, Adel Ammar, diplômé de la faculté d’agriculture, essaie d’expliquer à un touriste comment choisir la pastèque la plus juteuse et la plus savoureuse. « Un facteur important parlant de la maturité de la pastèque est le son produit par la baie. Si vous frappez sur une pastèque mûre, le son doit être retentissant, résonnant de l’intérieur. De plus, lorsque vous achetez une pastèque, vous devez demander au vendeur de la couper. La chair de la pastèque cultivée avec des produits chimiques est souvent rose et il est possible de constater des veines blanches au milieu. Cette pastèque ne peut pas être achetée, car ces signes indiquent qu’elle a été cultivée en utilisant beaucoup de pesticides et de névrites. La chair d’une pastèque de qualité est d’une couleur vive », explique avec enthousiasme Adel Ammar.


Une pastèque sculptée, une véritable oeuvre d’art. (Photo  : Al-Ahram)

Une autre façon de promouvoir le tourisme

En effet, ce festival tenu dans les villes touristiques de Marsa Alam et d’Hurghada n’est pas le premier, étant donné qu’il a été organisé à nouveau après le grand succès des autres précédents qui ont eu lieu il y a deux ans. Ses initiateurs ont vu grand et ont affiché l’ambition de présenter des festivals de fruits, y compris celui de la pastèque, afin de promouvoir le tourisme en Egypte et rendre les villes de la mer Rouge de plus en plus attractives aux yeux des touristes, notamment suite à la pandémie de coronavirus. « Ce genre d’événement vise à attirer les touristes en leur offrant de petits moments fugaces et des instants de pur plaisir », explique Hosni Shawky, responsable d’un hôtel 5 étoiles à Marsa Alam, tout en ajoutant qu’environ deux tonnes de pastèques ont été utilisées dans ce dernier festival auquel ont participé 13 chefs qui ont montré leur dextérité de sculpteur.

C’est dans l’Egypte Ancienne que les gens connaissaient et cultivaient cette plante, ce qui est confirmé par les fouilles. Ainsi, à l’époque de l’Empire du Milieu au XXe siècle av. J.-C., les pastèques étaient souvent placées dans les tombeaux des pharaons comme source de nourriture dans leur existence après la mort. En plus, la pastèque a été représentée sur les murs des tombeaux et a été mentionnée dans les anciens mythes égyptiens et dans de nombreuses recettes médicales des papyrus antiques. Puis, ce fruit est arrivé en Asie, précisément en Chine, qui est devenue le plus grand producteur de pastèques au monde au Xe siècle. Ensuite, le melon d’eau a été introduit en Europe 3 siècles plus tard, et les colons espagnols se sont chargés de le répandre dans tout le continent américain. Aujourd’hui, elle est cultivée dans 96 pays du monde dans plus de 1200 variétés.

Reine de l’été

Mais pourquoi le choix de ce fruit à la chair rouge et la coque verte pour être la vedette de ce festival ? Sculptée, coupée en deux, épluchée et découpée en cubes ou coupée en quarts en tranches égales, la pastèque, aussi appelée melon d’eau, mérite bien sûr son propre festival. Sans aucun doute, la pastèque, ce fruit originaire d’Afrique du Sud, est très appréciée en Egypte. Quoi de plus beau qu’une pastèque froide et juteuse pendant les chaudes journées d’été. Autrement dit, elle est l’une des friandises estivales préférées non seulement par les Egyptiens, mais aussi par les touristes. « Peu sucrée et gorgée d’eau, la pastèque représente le snack healthy par excellence pour se rafraîchir au plus fort de l’été, étant donné que c’est un fruit désaltérant et sa saveur et sa fraîcheur font du bien au corps et à l’esprit », répète-t-on presque tous à l’unisson.

Selon les chiffres de la Chambre de commerce, les Egyptiens ont consommé l’année dernière un million et demi de pastèques. « Le jus de pastèque est en train de devenir la boisson préférée de l’été, il représente 80% des commandes », dit Mahmoud Moustapha, chef d’hôtel, en affirmant que la pastèque d’Egypte a une saveur très particulière à comparer avec les autres variétés existant dans le monde. Il poursuit que ce fruit, pesant entre 3 et 4 kg, a besoin de beaucoup de chaleur pour se développer, c’est pourquoi on le cultive en Haute-Egypte, à savoir les fruits sont récoltés dans la vallée du Nil durant la saison estivale et en automne dans le sud de la vallée du Nil où la température est plus élevée, et on les consomme entre juin et août.

Un fruit sain et gourmand

Les genres les plus répandus et les meilleurs sont Al-Askata et Guiza. Quant à Al-Tawous, sa qualité gustative est moindre. Il est à souligner que l’Egypte est au 6e rang au niveau mondial dans la production de la pastèque, avec une production annuelle d’un million et 100000 tonnes, soit environ 66000 hectares et 163000 feddans. Et c’est la Chine qui est le plus gros producteur mondial de ce fruit, puisqu’elle cultive 67,54 % de la production mondiale, soit 79 millions de tonnes annuellement.

Les bienfaits de ce fruit ne sont plus à démontrer. La pastèque renferme 92% d’eau, et assure ainsi un apport hydrique précieux. De plus, elle contribue efficacement à l’apport alimentaire en certaines vitamines. A titre d’exemple, une portion de 200 g représente plus de 25% de l’AJR (Apport Journalier Recommandé) pour la vitamine C, et près de 5% pour les vitamines B1 et B6. L’apport de minéraux et d’oligo-éléments variés contribue aussi à satisfaire les besoins de l’organisme.

Plébiscité par les touristes, le festival apparaît comme une formidable opportunité pour attirer les petits comme les grands, afin de partager de bons moments autour de ce fruit frais, symbole de plaisir, de partage et de convivialité. D’ailleurs, si l’Egypte a tenté d’organiser ces dernières années ce genre de festival, il est déjà célébré ailleurs dans le monde, gagnant chaque année de plus en plus d’adeptes. En Azerbaïdjan, la Journée internationale de la pastèque est célébrée chaque année le 3 août. Des pahlevans (des hommes forts) se retrouvent dans un festival pour montrer leur talent en écrasant des pastèques avec leur tête. Il y a aussi le ski avec des pastèques, l’une des activités récréatives proposées en Australie lors du Chinchilla Melon Festival. Pendant 4 jours, chaque année, la ville de Chinchilla célèbre la pastèque. Le festival consacré à ce fruit a accueilli, lors de sa dernière édition, près de 15000 personnes venues participer à des tas d’activités plus loufoques les unes que les autres: lancé de pastèques, concours du plus gros mangeur de pastèques, compétition de crachat de pépins et ski-pastèque.

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