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Reprise de la omra : Entre satisfaction et deception

Dina Bakr , Mercredi, 06 avril 2022

Bonne nouvelle : après une suspension de près de deux ans, il est à nouveau possible pour les Egyptiens d’effectuer le petit pèlerinage. Mauvaises nouvelles : des prix élevés, un nombre de pèlerins réduit et certaines restrictions toujours présentes.

Reprise de la omra : Entre satisfaction et deception
Le ministère de Hadj a allégé les restrictions, tout en observant l’évolution de la pandémie.

Zeinab zeidane, une retraitée, a dû intégrer plusieurs groupes WhatsApp d’agences de tourisme pour s’enquérir des modalités prévues pour le voyage, les programmes et surtout les prix, qui ont excessivement augmenté. Elle ne cache pas son étonnement en raison des nombreuses formalités à respecter face à la pandémie de coronavirus. « J’avais un désir ardent de me rendre à La Mecque, après plus de deux ans de suspension imposée par l’Arabie saoudite à cause de la pandémie », confie-t-elle.

Or, le petit pèlerinage, qui était quasiment accessible à tous, n’offre plus les mêmes avantages en termes de prix. Pour une omra pas chère, il faut compter 35 000 L.E. Pour plus de confort, pas moins de 45 000 L.E. « Il est mentionné dans le programme omra à 45 000 L.E. que le lieu d’hébergement se trouve à 2 km de Beit Allah (Kaaba). Un aller-retour à faire à pied 5 fois par jour pour les cinq prières. A mon âge, je n’ai pas la force de le faire », dit Zeinab, âgée de 70 ans. Et même si la plupart des oulémas avancent qu’il est possible de faire sa prière n’importe où et à l’intérieur de n’importe quelle mosquée car toute La Mecque est une terre sainte, Zeinab ne veut pas être loin de la Kaaba qui se trouve au coeur de Al-Masdjid Al-Haram. Ce lieu est très spécial et lui procure un sentiment de bien-être indescriptible. Elle a donc dû passer au forfait supérieur et casquer 55 000 L.E. pour être logée à proximité des mosquées Al-Haram Al-Makki et Al-Nabawi. Et ce, contre une somme de 15 000 L.E. avant la pandémie ! Mais Zeinab ne le regrette pas ; lors de cette omra de Ragab, elle a vécu des moments intenses de prières, de récitation du Coran et de dévotion.

Porter le masque reste obligatoire dans les lieux saints.

Des pèlerins moins nombreux et des prix plus chers

En effet, les agences de voyages avaient annoncé, deux mois avant le mois lunaire de Ragab, que les réservations étaient ouvertes pour 2022 tout en indiquant le nombre limité de pèlerins pour chaque agence, ne dépassant pas 15 personnes.

D’autres fidèles n’ont pas eu la même chance, à l’instar de Mounir, un fonctionnaire. « J’avais économisé 20 000 L.E. pour faire le petit pèlerinage. Je pensais que cette somme allait suffire, mais j’ai été choqué en apprenant que les frais du visa seulement s’élevaient à 18 000 L.E., alors j’ai été obligé de tout annuler », relate-t-il, non sans déception. Idem pour Hoda. Cette femme, qui travaille à la Télévision égyptienne et qui désirait faire le petit pèlerinage pour se ressourcer, a dû reporter ses plans. « J’ai dû revoir mes comptes et économiser autrement. Il y a quelques années, la somme de 35 000 L.E. permettait d’aller à La Mecque pour faire le hadj ou le grand pèlerinage », souligne-t-elle en déplorant que la hausse des prix de la omra ne permet pas aujourd’hui aux personnes à faible revenu de se rendre en Arabie saoudite. « Je vais devoir économiser la moitié de mon salaire et annuler mes vacances d’été en famille au bord de la mer pour espérer aller faire la omra du Mouled, moins chère, l’année prochaine ». Elle envisage mettre de côté 2 000 L.E. par mois, en plus de toutes les primes qu’elle perçoit, pour faire ce voyage spirituel.

La levée de la suspension du petit pèlerinage a provoqué un grand soulagement.

Les agences de voyages s’expliquent

Du côté des agences de voyages, on explique cette hausse des prix par les conjonctures actuelles. D’après elles, ce sont les tests PCR et l’assurance médicale qui ont fait flamber les prix. En effet, les personnes qui visitent les lieux saints doivent payer une assurance médicale pouvant atteindre les 100 000 L.E. Trop, beaucoup trop, disent les candidats au voyage.

« D’après les directives du ministère du Tourisme, le nombre de passagers par avion, par bus ou par chambre hôtelière est réduit à 15 par agence, et toute différence de prix est assumée par le pèlerin », précise Nasser Torki, propriétaire d’une agence de voyages. De son côté, Bassel Al-Sissi, membre à la Chambre du tourisme au comité de hadj et omra, affirme qu’il s’agit d’une saison inhabituelle et explique l’augmentation des prix. Le voyageur doit payer par exemple des frais administratifs qui s’élèvent à 3 200 L.E. à la Chambre du tourisme contre 700 L.E. avant la pandémie. En plus, la banque retient 1,5 % de la somme du transfert des frais des services accordés aux voyageurs se rendant à La Mecque dans un portefeuille électronique, qui n’était pas en vigueur avant le coronavirus.

Et face aux frais excessifs que le voyageur doit payer pour effectuer la omra, 1 400 agences de voyage ont refusé de l’organiser. « Parmi les exigences imposées aux voyageurs, faire des prélèvements PCR qui coûtent cher, soit 4 000 L.E. En fait, ces tests sont répétés plusieurs fois au cours de ce voyage. J’espère que le ministère du Tourisme oeuvrera à réduire ces frais pour ne pas asphyxier les fidèles », déclare Magdi Sadeq, propriétaire d’une agence de voyages. Selon lui, il est illogique de payer 20 000 L.E. pour aller en Turquie et casquer 35 000 L.E. pour une omra. « Il faut revoir les critères réglementaires de la omra et prendre en considération la guerre en Ukraine car les agences de voyages ont perdu une clientèle active provenant d’Ukraine et de Russie », déclare Sadeq.

Tawakalna et Eetamarna sont des applications sur smartphones mises en oeuvre pour les pèlerins.

Certaines restrictions allégées

Du côté de l’Arabie saoudite, ajoute Sadeq, les procédures de visite en Terre sainte ont été allégées afin d’atteindre l’objectif de 20 millions de pèlerins durant le mois de Ramadan, provenant de tout le monde islamique.

Outre la hausse des prix, le petit pèlerinage, après sa reprise, voit aussi arriver de nombreuses nouveautés. Pour plus de transparence, le ministère saoudien du Hadj publie sur les réseaux sociaux les statistiques quotidiennes concernant les autorisations, la omra, les prières du jour et les visites. En une journée seulement, le nombre de pèlerins effectuant la omra peut atteindre plus de 65 000 individus, et ceux qui sont venus faire la prière s’élève à plus de 84 000. Ces chiffres concernent les Saoudiens et les étrangers. D’après le ministère saoudien du Hadj, le nombre de pèlerins égyptiens arrivés à La Mecque en 2019 durant les mois de Ragab, de Chaabane et de Ramadan était estimé à 541 951. Cette année, les agences de voyages en Egypte devaient se restreindre à 60 000 durant les 3 mois de la haute saison du petit pèlerinage.

Le ministère explique aussi que certaines restrictions ont été levées à partir de la seconde moitié du mois de Chaabane, une levée qui se poursuivra durant le Ramadan, comme celles d’annuler les autorisations de prière au Haram de La Mecque et celles liées aux visites à la mosquée du prophète. Il faut avoir seulement une autorisation pour effectuer la omra et une autre pour visiter Al-Rawda Al-Charifa (lieu qui se trouve entre la tombe du prophète et sa tribune). Autre annulation, celle des mesures de distanciation sociale à La Mecque et à la mosquée d’Al-Haram Al-Nabawi, mais les pèlerins doivent porter des masques à l’intérieur des lieux. Et, il ne sera plus nécessaire de présenter un résultat de test PCR négatif et accrédité ou le test antigène rapide et la vérification du certificat de vaccination à l’entrée de Beit Allah ou à la mosquée du prophète. Une autre annulation concerne la mise en quarantaine ou l’isolement à domicile pour ceux qui arrivent de l’étranger. Ces mesures sanitaires sont soumises à révision en continu par les autorités sanitaires au sein du Royaume, selon l’évolution de l’épidémie. Une petite bonne nouvelle pour les fidèles égyptiens : l’annulation de l’obligation de la période d’isolement pourrait réduire les frais de 6 000 à 10 000 L.E.

Des nouveautés

L’Arabie saoudite tente également de faire le nécessaire pour faciliter les rites. Et pour être à jour, plusieurs applications sur smartphone aident les pèlerins. Chahira, 55 ans, a accompagné sa tante de 78 ans pour effectuer la omra du mois de Ragab. Elle remercie Dieu de l’avoir escortée, car elle ne savait pas comment utiliser les applications sur smartphone. Ce petit pèlerinage nécessite pas seulement de l’argent, il faut avoir aussi des personnes autour de soi qui savent utiliser efficacement le numérique pour arriver à compléter les rites. « Dès que nous sommes arrivées en Arabie saoudite, nous avons téléchargé l’application Tawakalna sur laquelle les étrangers remplissent des formulaires en détaillant leur identité et les vaccins qui leur ont été administrés dans leurs pays », explique Chahira. Tawakalna est liée à l’application Eetamarna qui organise les horaires de la omra, les moments des prières et valide les autorisations de circuler à l’intérieur du lieu saint. Les agents de sécurité réclament ce laissez-passer, téléchargé sur le portable pour entrer dans l’espace sacré de ce lieu très saint.

« Le tawaf autour de la Kaaba (faire 7 tours autour de la Kaaba) ne se fait que durant la omra, alors que la sunna (le modèle à suivre pour la plupart des musulmans) exige de faire le rite de la circumambulation avant chaque prière, ce qui n’est plus admis. Autre mesure, avant chaque prière, il faut renouveler l’autorisation sur l’application pour se rendre à la mosquée et faire sa prière sans tourner autour de la Kaaba », décrit Chahira, ajoutant qu’il a des étages consacrés aux prières et d’autres à la omra. Et les portails de la mosquée Al-Haram ne sont pas tous ouverts afin de mieux contrôler les pèlerins.

Bref, une omra plus chère, un peu différente, mais toujours avec la même ferveur et la même spiritualité tant attendues.

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