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La vie sur deux roués

Dina Bakr, Mardi, 25 août 2020

« Darragtak, Séhétak (ton vélo, ta santé) », c’est le nom d’une initiative lancée par le ministère de la Jeunesse et du Sport pour encourager la pratique du vélo. Un moyen de locomotion ami de l’environne­ment et bénéfique pour la santé. Focus.

La vie sur deux roues
1 000 vélos ont été réservés au cours de l'initiative lancée par le ministère de la Jeunesse et du Sport.

La ditribution des vélos a lieu au Centre de jeunesse de Guézira, situé à Zamalek. A l’entrée un fonction­naire du ministère de la Jeunesse et du Sport est chargé de vérifier la carte d’iden­tité de chaque client et le numéro d’identifica­tion électronique de sa commande faite en ligne après l’annonce du lancement de l’initia­tive Darragtak, Séhétak (ton vélo, ta santé) pour la vente de vélos à prix réduit. « Une des directives énoncées par le président est d’en­courager les citoyens à pratiquer du vélo pour ses bienfaits sur la santé », déclare Mohamad Fawzi, porte-parole du ministère de la Jeunesse et du Sport. Il ajoute que le réseau routier ayant été rénové, le vélo est le moyen de transport écologique par excellence, très respectueux de l’environnement. Il permet à la personne de se déplacer à moindre prix et ne génère aucun gaz à effet de serre.

Suite à l’annonce de l’initiative sur le site du ministère, les 1 000 vélos programmés pour la première étape ont été réservés et vendus en quelques heures. Actuellement, la seconde étape est en cours avec 2 400 vélos que l’Or­ganisme arabe de l’industrie a prévu de fabri­quer. La Banque du Caire contribue financiè­rement à cette initiative. « Nous espérons atteindre le chiffre d’un million de vélos dans les mois à venir afin de faire progresser la pratique du vélo », déclare Tareq Fayed, prési­dent de la Banque du Caire. 2 types de vélos sont disponibles, le Vélo Tout Terrain (VTT) qui coûte 1 932 L.E. et le vélo hybride, 2 362 L.E. Le client a le choix entre 4 couleurs (rouge, vert, bleu, jaune). Au moment de la livraison, un technicien vérifie les poignées de freins, le boitier du pédalier, les roues, les pneus et demande au client de tester son vélo sur place pour s’assurer que tout marche bien. « Je suis satisfait de ce vélo comme si je l’avais acheté d’une entreprise de fabrication de marque avec un certificat de garantie d’une année qui couvre les défauts de fabrica­tion », se réjouit Islam Nasr, 34 ans, ingénieur. Les réservations des vélos se font par Internet et le payement au Centre de jeunesse de Guézira, une fois que le client a vérifié son vélo et choisi la couleur qu’il aime. Les ren­dez-vous ont été fixés à l’avance pour éviter la foule dans les locaux et permettre surtout aux techniciens de répondre à toutes les questions des acheteurs. Ces derniers sont à l’écoute des clients dont l’âge varie entre 20 et 50 ans.

Joindre l’utile à l’agréable

Pédaler est un bon exercice physique car le vélo sollicite de nombreux muscles : abdomi­naux, pectoraux, bras, dos, fessiers et surtout les jambes. Hadia, 55 ans, traductrice, est venue récupérer son vélo, suite au conseil de son orthopédiste. « Il m’a dit que la kinésithé­rapie est un remède provisoire pour mon mal de dos. Il m’a conseillé de pratiquer du vélo pour fortifier les muscles profonds du dos qui assurent le maintien de la colonne vertébrale. Et que faire du vélo stimule la circulation sanguine », déclare-t-elle. Son déménagement dans un compound l’a encouragée à acheter un vélo pour reprendre l’activité sportive préfé­rée dans sa jeunesse qui est de pédaler sur une bicyclette. Hadia a passé en revue plusieurs catalogues avant de choisir sur Internet le vélo qui lui convient. Elle a constaté que son prix était moins cher par rapport au prix du mar­ché. « Le ministère couvre le tiers du prix du vélo. J’avais économisé la somme de 1 000 L.E. pour l’achat d’un vélo tout terrain, ce qui est en fait une bonne affaire », dit Hadia. Elle ajoute qu’il existe des réductions sur les vête­ments de sport, mais jamais sur les équipe­ments sportifs. Car si ces derniers sont vendus à des prix réduits, leur efficacité serait mise en doute. « Ce genre d’initiative va sûrement contribuer à freiner l’avidité des commerçants et les contraindre à baisser leurs prix », estime-t-elle.

Le ministère de la Jeunesse tente de sensibi­liser les citoyens aux bienfaits du vélo sur le corps en leur offrant un moyen de transport sain et à un prix abordable. Une autre facilité présentée par le ministère est de payer à crédit à condition que l’acheteur possède une carte bancaire. « Je fais partie des abonnés de la page Facebook du ministère. Je participe sou­vent à leurs différentes activités : excursions et autres animations. Dès le lancement de l’ini­tiative, j’ai commandé un VTT » explique Ahmad Abdallah, 26 ans, agronome. Ahmad pensait être un des premiers acheteurs portés sur la liste, mais il était le 610e.

« Le vélo joue un rôle important dans ma vie. Il me permet de faire de petites balades l’après-midi, après avoir terminé mon travail initial, et le soir, il me permet de travailler comme livreur pour une application portant le nom de Marsoul afin de gagner plus d’ar­gent », confie Abdallah. Ce dernier évite en cette période d’épidémie d’aller en salle de gym (un lieu fermé). Et comme il tient à gar­der la ligne et la forme, le vélo lui permet de faire du sport dans un espace aéré et d’être surtout autonome, car il peut se rendre où il veut, quand il veut, de jour comme de nuit. Par ailleurs, les frais d’entretien et de réparation d’un vélo ne coûtent pas cher, contrairement à la voiture et le scooter. « Après chaque sortie, je bichonne mon vélo. Je l’astique avec un bon nettoyant et je n’oublie pas de graisser la chaîne du pédalier afin de pouvoir rouler de manière fluide sur la route », dit Abdallah. Il est content d’avoir acheté ce vélo et encourage son frère, qui fait des études de médecine à Assiout, à en acheter, pour pratiquer une acti­vité physique régulière et modérée en parcou­rant son trajet quotidien pour se rendre à l’université.

Rachad Al-Gayar, 23 ans, en dernière année d’études en pharmacie à l’Université d’Al-Azhar, a récupéré son engin et a fait le trajet à vélo de Zamalek jusqu’à son domicile à Madinet Nasr, au 10e quartier, en 45 minutes. « Ce même trajet prend normalement 2 heures avec d’autres moyens de transport. Parallèlement à mes études, je fais un stage dans une pharmacie à Madinet Nasr au 7e quartier. Ce trajet, en conduisant un vélo n’excède pas le quart d’heure, alors qu’en minibus, souvent bondé, cela prend davantage de temps. De plus, lorsque je me déplace à vélo, je n’ai pas besoin de porter de masque ou de respecter la distanciation physique », précise Rachad.

Une initiative qui a eu un écho, surtout dans les cercles des intéressés de ce hobby. Zeinab Nour, entraîneur sportive qui détient plusieurs certificats d’appréciation en aérobic, estime que c’est une bonne chose que l’Etat sensibi­lise les citoyens à pratiquer le vélo car n’im­porte qui peut exercer cette activité sportive et à n’importe quel moment de la journée. Elle ajoute que les bienfaits du vélo sont nombreux que ce soit pour la santé physique ou psy­chique. « Il existe aujourd’hui des endroits qui mettent en valeur les avantages du vélo et ses bienfaits pour la santé. Il existe des centres sportifs qui ont introduit des cours d’aquabi­king également appelé aquacycling ou aqua­vélo. Faire du vélo dans l’eau augmente 6 fois plus la tonicité musculaire : parcourir 50 m dans l’eau équivaut à 300 m à vélo en plein air », précise Zeinab Nour.

Prochaine étape, les pistes pour les cyclistes ?

Cependant, l’usage du vélo fait face à une entrave majeure : le manque de piste cyclable. Mohamad Sami, fondateur de Go Bike et auteur de l’ouvrage Sékkétak Khadra (ta route est verte), dit que cette initiative ministérielle a mis en lumière plusieurs points préoccupants. « Cette initiative est positive, mais il n’existe pas en Egypte d’infrastructure nécessaire pour l’utilisation du vélo (pistes pour cyclistes, par­king, etc.). Il y a eu des tentatives pour instau­rer cette culture du vélo à Ménoufiya en créant une piste cyclable de 15 km, et une autre au Fayoum de 4 km. Ces pistes, considérées comme un prototype financé par le PNUD (Programme des Nations-Unies pour le Développement), sont aujourd’hui utilisées pour garer des voitures. Avec ce genre de pro­jet, il faut créer une loi qui pénalise les contre­venants », déclare Sami.

Les choses commencent toutefois à changer dans les villes nouvelles, où l’Etat met en place ce genre de pistes, comme c’est le cas dans la zone qui se trouve à Hadiqet Al-Darragate (jardin des vélos) à Madinet Al-Mostaqbal, située sur l’autoroute Le Caire-Ismaïliya. Dans cette nouvelle ville, il existe une piste cyclable de 8 km. La Capitale admi­nistrative est elle aussi favorable à la pratique du vélo. Des aménagements de stationnement cycliste et des pistes y sont établis. Des solu­tions nécessaires, selon Sami. « Sans des pistes cyclables protégées du trafic automo­bile, on ne peut pas faire progresser ce mode de transport dans les villes », conclut Sami.

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