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Le chemin pour se défaire du stress

Dina Darwich, Lundi, 01 juillet 2013

La méditation compte de plus en plus de pratiquants en Egypte. Une discipline spirituelle, mais aussi un style de vie qui séduit des femmes et des hommes en quête de paix et de sécurité mentale, car épuisés par les turbulences actuelles dans le pays

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La Chaque week-end, au pied de la pyramide de Saqqara, ils se donnent rendez-vous pour une séance de médita­tion. En plein désert et dans un silence que rien ne vient troubler, une soixan­taine de personnes prennent place sur des tapis avant de commencer la pra­tique. « Apprendre à gérer le stress pour engendrer une énergie créative, tel est notre objectif », confie Miral Shaaban, formatrice, qui a obtenu en Suisse une thèse dans ce domaine. Les exercices se déroulent en groupe pour accroître leurs effets. « La règle d’or en méditation c’est d’insister sur l’esprit de solidarité. Par exemple, celui qui pratique la méditation avec 100 per­sonnes, en profite 100 fois plus que celui qui la fait seul », avance-t-elle. L’objectif étant de créer une énergie positive. « Une dose d’espoir dans une société noyée dans le désespoir, surtout après la révolution et les conditions économiques difficiles qui touchent le pays », lance un adepte de méditation présent sur les lieux. « Dans ces moments pénibles que traverse le pays, on se livre à des séances de méditation pour libérer nos cerveaux et être apte à prendre les meilleures décisions », assure une autre. C’est par l’intermé­diaire d’un groupe fermé sur Facebook (méditation transcendantale) que ces pratiquants de la méditation communi­quent et précisent leurs lieux de ren­dez-vous.

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Un sport mental que les adeptes pratiquent 20 minutes , deux fois par jour .

Plusieurs méthodes de méditation existent. La plus répandue en Egypte est la méditation transcendantale, une méthode simple, qui demande peu d’ef­forts et doit être pratiquée les yeux clos. Une méthode qui permet à l’esprit de maîtriser le stress par la pleine conscience, de connaître la source de la réflexion, de permettre à l’esprit de se diriger vers un état de silence infini, de pure félicité appelée conscience pure.

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Organisée par l’Association égyp­tienne pour le développement de la conscience humaine et des capacités, cette séance se déroule une fois par mois. « On adopte une méthode scien­tifique basée sur plus de 600 études. En apprenant à gérer le stress, on pourrait économiser ces énormes sommes d’argent gaspillées dans le traitement de certaines maladies et dont la cause est le stress, comme par exemple le cancer, les maladies cardiaques, l’hypertension, etc. », avance Miral Shaaban. En effet, une étude effectuée par l’Université de Californie aux Etats-Unis sur un échantillon de malades souffrant d’hypertension a prouvé qu’après plusieurs séances de méditation, la tension baissait et les artères s’élargissaient. 11 % d’entre eux ont réduit leur risque de crise car­diaque et 15 % ont échappé à une angine de poitrine. Une autre étude menée par un centre médical du Texas, toujours aux Etats-Unis, a montré que 85 % des per­sonnes souffrant de maladies chroniques ont réussi à atténuer leurs maux, suite à des séances de méditation collective. « Cela rend la vie de l’individu plus gaie, et s’avère être la clé pour le développement social », ajoute Dalia Sayed, 40 ans, pratiquante.

Avant de se rendre aux pyramides, le groupe doit passer par des cours théo­riques. Dans les quartiers de Maadi, d’Héliopolis ou de Zamalek, l’associa­tion donne des cours d’initiation aux règles et aux techniques de la médita­tion (pour toute information contacter [email protected]).

Discipline stricte de l’esprit

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Apprendre la méditation est facile, mais celle-ci ne peut être maîtrisée du jour au lendemain. Car il faut com­prendre d’abord que la méditation est une discipline stricte de l’esprit qui demande un engagement à long terme. Selon Mohamad Adel, éducateur, le pratiquant « doit maîtriser sa respira­tion, s’installer dans une position confortable. Avant la séance, il ne doit boire ni d’alcool, ni de café, mais ava­ler un peu d’eau et prendre un repas léger capable de lui fournir l’énergie dont il a besoin. Côté vestimentaire, il doit porter des vêtements amples, en coton, en soie ou en laine pour donner de l’aisance au corps. Il peut pratiquer la méditation en ayant les yeux ouverts ou fermés. Il vaut mieux pratiquer la méditation le matin, une période que l’on appelle brain-libre, ce qui engendre une énergie positive et apporte le calme et le bien-être ».

Le nombre de personnes pratiquant la méditation en Egypte ne dépasserait pas les 3 000 personnes, selon les chiffres avancés par l’Association égyptienne pour le développement de la conscience humaine et des capaci­tés. Cette ONG voudrait attirer 1 % de la population et répandre cette culture dans les différentes classes sociales. « J’ai enseigné la méditation à des illettrées, pour des enfants de 6 ans, pour d’autres plus âgés. En fait, le stress n’épargne personne », explique Shaaban qui a donné des cours à un grand nombre de chauffeurs et de femmes de ménage. « Beaucoup d’entre eux ont pu consta­ter les bienfaits de la méditation. Ils sont devenus plus calmes et moins agressifs », poursuit-elle.

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La journée mondiale de la méditation commence le dernier samedi d'avril.

Les avantages sont incontestables mais font l’objet de confusion. « On a tendance à confondre cette pratique avec la méditation religieuse alors qu’il s’agit en fait d’une technique scientifique qui n’a aucune relation avec les croyances. Et le groupe est constitué de personnes de toutes les tendances : musulmans, chrétiens, athées, etc. Cependant, certains esti­ment que pratiquer le matin, c’est faire l’apologie du soleil, source d’énergie sur la terre, ce qui pourrait avoir une signification étroitement liée à cer­taines religions anciennes. C’est pour cela qu’on insiste à dire que la médita­tion peut se faire n’importe quand et n’importe où et sans qu’on ait besoin de rituels, c’est la sérénité de l’âme qui compte le plus. Et ceux qui la pra­tiquent de façon continue arrivent à mieux se concentrer dans leurs prières et jeûnent comme il faut », explique Miral Shaaban, tout en ajoutant que les prophètes utilisaient la méditation comme sorte de prière. « Le prophète Mohamad s’est réfugié dans la grotte de Hiraa dans la montagne et a passé le temps à méditer l’univers », précise-t-elle.

Répandre une culture

Malgré tout, la méditation semble s’imposer. Suite à la révolution du 25 janvier 2011, le gouvernorat d’Assiout en Haute-Egypte a, par exemple, accueilli des pratiquants à l’occasion de la Journée mondiale de la médita­tion. Une occasion annuelle qui débute le dernier samedi du mois d’avril en Nouvelle-Zélande, au bout du monde pour faire le tour du monde et s’ache­ver à Hawaï. Cette pratique remonte à 1999 et touche plus de 70 villes ; elle a pour objectif de répandre une culture de la méditation et ses techniques. Un appel universel pour la coopération en faveur de la santé.

A Port-Saïd, un autre gouvernorat en pleine effervescence, certains activistes ont rejoint la tendance. Islam Ezz, bles­sé lors des violences de la rue Mohamad Mahmoud en novembre 2011 au Caire, a guidé les adeptes lors d’une séance de méditation, dont le but est de se débar­rasser de toutes les charges négatives qui pèsent sur cette ville.

Assis en tailleur, face à son ordina­teur, Riham profite d’un moment de pause pour une courte séance de médi­tation. « Musique … Musique … Musique », répète Riham doucement jusqu’à parvenir à se détacher du monde extérieur. Ce mantra lui per­mettra d’aller au plus profond d’elle-même. Chaque pratiquant a le sien, choisi avec son formateur, après avoir répondu à plusieurs questionnaires. C’est le coeur de la technique qui faci­litera cette union harmonieuse entre le corps, l’âme et l’esprit. Le terme n’a aucune signification symbolique pour Riham, c’est plutôt l’effet phonétique qui compte. Ainsi, elle se concentre et communique avec elle-même. Lors de cette séance de méditation, qu’elle pratique 2 fois par jour durant 20 minutes, elle tente d’accéder à une concentration maximum. Une auto-purification ? Peut-être. Mais pour cette femme d’affaires de 40 ans, cette pratique apporte une brise qui balaiera les tourments de la vie quotidienne. « Etre en quête de paix et de sécurité, c’est reposant », confie-t-elle .

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