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Chanter, rendre service et s’aimer

Hanaa Al-Mekkawi, Lundi, 31 décembre 2018

Leurs paroles et leur musique annoncent la saison des fêtes, ce sont les chorales des chants de Noël. Outre leur caractère spirituel, ces chorales transmettent un message de paix, de solidarité et d'amour.

Chanter, rendre service et s’aimer

Comme chaque année à cette même date, l’église est remplie de gens, tous les bancs sont occupés et un grand nombre de personnes se tiennent debout. A l’heure prévue, la chorale entre, applaudie par l’au­dience, et prend place sur scène silen­cieusement et avec rigueur. Pendant plus de trois heures, les choristes réci­tent une dizaine de chants avec des voix et des tons différents, parfois doux et parfois forts, utilisant diffé­rents instruments de musique. Avec beaucoup d’enthousiasme, l’audience partage avec la troupe le dernier chant « Vive le vent », puis un tonnerre d’ap­plaudissements retentit pour l’achève­ment du concert. « Chaque fois que j’écoute ces troupes, je me sens comme emportée dans le ciel », dit Catherine Sami, employée âgée de 32 ans. Pour elle, la saison des fêtes qui commence en décembre et se pro­longe jusqu’à la première semaine de janvier ne peut être vécue sans concerts de Noël. Ce sont des can­tiques qui racontent des histoires autour de la naissance de Jésus-Christ et de la gloire du Bon Dieu. Catherine suit les troupes dans les églises, les hôtels ou ailleurs.

Symbole de joie

Chanter, rendre service et s’aimer
Père Boutros Daniel conduisant la chorale de Saint-Josep

« Pareillement au sapin et à la crèche, ces chants de Noël, dits Christmas carols en anglais, sont un symbole important qui reflète la joie des fêtes. Ils sont chantés par des troupes formées de volontaires des deux sexes et de tous les âges », dit père Boutros Daniel, chef du Centre catholique égyptien du cinéma et res­ponsable de la chorale de l’église Saint-Joseph, et qui porte le même nom. Cette troupe se compose de 74 personnes dont l’âge varie entre 5 et 70 ans. Chaque année, selon père Boutros, au mois de septembre, de nouvelles personnes se présentent pour rejoindre la chorale. Tout le monde est accepté à condition d’avoir une bonne oreille musicale. Père Boutros signale que les paroles sont presque les mêmes qu’il y a 500 ans, mais ce sont les rythmes et la manière de chanter qui ont évolué. Et, chaque troupe se distingue par de nouveaux chants contemporains qu’on ajoute de temps à autre, mais de façon limitée. « Pour ce qui est de notre chorale, nous avons ajouté depuis quelques années quelques chants libanais com­posés par les frères Rahbany. Et moi-même j’essaye d’introduire quelques modifications à la musique afin d’atti­rer l’attention de l’audience qui pense savoir en avance ce qui va être chan­té », explique père Boutros. Est-il vrai que les premiers chants de Noël ont été chantés par les anges au-dessus de la crèche pour fêter la naissance de l’enfant Jésus? Est-ce qu’ils remon­tent au temps du prophète David ?

L’origine des chants est un peu de tout cela, mais ce qui compte vrai­ment aujourd’hui pour les membres des chorales, c’est de pratiquer un acte spirituel qui les touche ainsi que ceux qui les écoutent. Saint Augustin a dit au IVe siècle que « celui qui répète les chants prie deux fois ». Marline, qui joue à la flûte et est membre d’une troupe depuis 7 ans, est convaincue que le chant donne plus de valeur à la prière. « Ma participation à la cho­rale me permet de parler à Dieu à ma manière », dit-elle. « C’est un mes­sage de paix et de joie », c’est ainsi que Mario, directeur dans une agence de tourisme, âgé de 35 ans, voit les chants de Noël qu’il chante avec la chorale depuis 15 ans. Il pense que puisque les mêmes cantiques sont chantés dans toutes les églises du monde, ils sont devenus un langage mondial. Et ce qui distingue les chants en Egypte, c’est qu’ils sont présentés en plusieurs langues comme le fran­çais, l’anglais, l’allemand, l’italien et l’arabe. Et, les troupes mêmes sont composées de chrétiens de toutes les sectes et s’adressent à travers leurs chants à toute la société et non pas seulement aux chrétiens. Il est fré­quent de voir chaque année à la saison des fêtes des musulmans assister à ces concerts, que ce soit dans les églises ou ailleurs. « Qui ne veut pas écouter des paroles sur la paix, l’amour de Dieu et l’humanité ? », se demande Karim Peter, en justifiant la foule présente à l’intérieur de l’église à cause du concert des fêtes.

Du service aussi

Chanter, rendre service et s’aimer

En fait, la grande dose de spiritua­lité et les aspects festifs ne sont pas les seuls avantages des chants de Noël. Les troupes qui les chantent jouent aussi un rôle humain. « Les chorales ne sont pas des troupes à l’Opéra, mais des troupes de service », dit Magdi Farkouh, fondateur de la troupe Love & Peace (amour et paix). En composant la troupe, il avait une seule idée en tête: trouver un moyen de rendre les gens heureux, et voilà qu’il le fait depuis 20 ans à travers les chants de Noël. Les membres de la troupe, âgés entre 30 et 40 ans, se rendent auprès des démunis, des orphelins, des malades ou des per­sonnes âgées pour leur faire vivre la fête et leur rappeler qu’ils méritent la joie. Dès que la saison des fêtes com­mence, on les voit se déplacer entre les orphelinats et les maisons de retraite pour répandre la joie et donner le sourire aux visages fatigués. Là-bas, la troupe ne s’installe pas en rangs sur la scène comme elle fait d’habitude, mais les choristes bougent et dansent avec les gens. « Que ce soit des enfants ou des personnes âgées, ils vivent des circonstances difficiles, alors le moins que l’on puisse faire est de leur faire ressentir qu’on les sou­tient moralement et qu’on tient à les rendre heureux. Et nos chants sont les atouts que nous possédons pour faire ceci », dit Farkouh. Il ajoute que ces actes rendent la fête encore plus agréable pas seulement pour les autres, mais pour les membres de la troupe eux-mêmes, car, d’après lui, qu’est-ce qui peut rendre une per­sonne plus heureuse que de voir la joie d’un vieil homme dont les enfants viennent fêter Noël avec lui, ou un enfant qui vit loin de sa famille à cause du manque de moyens, mais qui passe la fête avec ses parents. « Nous contactons les parents pour les inviter à assister au concert et à passer quelque temps avec les membres de leurs familles. C’est le grand cadeau de la fête que l’on offre à ces gens », dit Farkouh.

Loin des fêtes, ces troupes conti­nuent à transmettre un message de paix et de joie en chantant dans les hôpitaux ou n’importe où, où l’on ferait appel à elles. Ces troupes, comme l’affirme Farkouh, sont finan­cées par les donations des membres ou d’autres personnes. Chérine, membre d’une chorale de chants de Noël, avec son mari et sa fille âgée de 11 ans, déclare que sa participation à la troupe est un mode de vie dans sa famille, une activité qui apporte beau­coup de joie à leur vie. « Lorsqu’on donne de la joie, on la reçoit décu­plée », dit Chérine. Chaque troupe est une grande famille comme l’affirme Georges, ingénieur et joueur de drums. « Une famille avec laquelle on vit en priant de plusieurs manières », dit-il. Enfants ou adultes, tous respec­tent et aiment ce qu’ils font et trouvent que les quelques heures qu’ils passent chaque semaine pour s’entraîner ou pour présenter des spectacles ne sont pas du tout du temps perdu, bien au contraire, ce sont leurs moments les plus précieux. « Ma femme, ma famille et tout mon entourage connais­sent l’importance de cette chorale pour moi, c’est une priorité dans ma vie et non pas une activité secondaire que je peux négliger de temps à autre », affirme Mario. Il ajoute que les membres de la troupe sont toujours ensemble, restent toujours en contact, se rassemblent et se rendent visite comme une vraie grande famille.

Cependant, les activités de ces troupes ne sont fleurissantes qu’au Caire ou à Alexandrie, tandis que dans les autres gouvernorats, les chants sont rares et parfois absents. Cela est dû au manque de moyens, comme le voit Magdi Farkouh, qui n’hésite pas à voyager avec sa troupe pour faire entendre les chants de Noël à ceux qui le demandent. Il affirme que même au Caire, le nombre de personnes qui se présentent pour rejoindre les chorales a dernièrement diminué et n’est plus comme avant. « A mon avis, c’est à cause des évolutions matérialistes qu’a connues notre société. L’éducation n’est plus comme avant, alors, on voit moins de personnes qui consacrent leur temps et leur effort aux autres. De plus, les enfants sont davantage attirés par d’autres activi­tés de l’église qui leur paraissent plus intéressantes comme le scou­tisme », dit Farkouh. Une approche qui n’est pas partagée par les respon­sables des autres troupes, comme père Boutros qui affirme que cette année, il a reçu un très grand nombre de volontaires qui voulaient rejoindre la troupe. Quoi qu’il en soit, ces cho­rales ont un grand public qui admire leurs chants et leurs cantiques .

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